Vote de confiance: Valls risque d'obtenir une majorité étriquée

Publié le à Paris (AFP)

Cinq mois après avoir obtenu la confiance de l'Assemblée nationale, Manuel Valls la redemande mardi pour tenter de rebondir après une rentrée catastrophique, au risque de n'obtenir qu'une majorité étriquée.

Le Premier ministre, qui s'exprimera à 15H00 devant les députés avant un vote en fin d'après-midi, oscille entre dramatisation pour mobiliser le gros des troupes et marginaliser les "frondeurs", et message de sérénité et de volontarisme. M. Valls sera l'invité du JT de TF1 mardi à 20H00.

Il a affirmé qu'il assurerait sa mission de Premier ministre "jusqu'au bout" et dénoncé un manque de "sérieux" de propos rapportés par Le Monde lui faisant dire que "ce serait foutu" sans inversion de la situation en France d'ici trois à six mois.

Des propos alarmistes qui rejoignaient sa phrase, celle-là pleinement assumée, prononcée le 7 septembre en Italie: "En France, l'extrême droite et Marine Le Pen sont aux portes du pouvoir".

C'est d'ailleurs la gravité de la situation - crise gouvernementale fin août, indicateurs économiques et financiers dans le rouge, chômage au plus haut, brûlot de Valérie Trierweiller, affaire Thévenoud, sondages qui le rapprochent de François Hollande dans l'impopularité - qui l'a amené à quêter une nouvelle légitimité auprès des députés, alors que la Constitution ne l'y obligeait pas.

La même Constitution prévoit que faute de confiance, il devrait démissionner, hypothèse très peu probable mais pas totalement à exclure, même si le chef de file des députés a à nouveau appelé mardi à "faire pack".

Lors de sa première déclaration de politique générale, le 8 avril, Manuel Valls avait obtenu une large majorité: 306 voix pour, 239 contre, 26 abstentions, 6 députés ne prenant pas part au vote. Qu'en sera-t-il cette fois-ci ?

- "Une trentaine d'abstentions" PS -

Le groupe socialiste, après l'expulsion de Thomas Thévenoud, compte 289 membres et apparentés, exactement la majorité absolue des 577 députés. A ce chiffre, il faut ajouter les radicaux de gauche et des élus divers-gauche, et retrancher les frondeurs PS.

Seulement onze députés de l'aile gauche du PS s'étaient abstenus le 8 avril. Un de leurs chefs de file, le député Christian Paul, a prévu mardi matin qu'ils seraient "probablement une trentaine", vu que la politique qu'ils critiquent a été plutôt "durcie".

Les trois députés chevènementistes, apparentés au groupe socialiste, qui avaient voté pour en avril, s'abstiendront aussi cette fois-ci.

Les 18 écologistes, dont la majorité avait soutenu le gouvernement en avril, ne choisiront qu'au dernier moment entre les trois options: pour, contre, abstention.

Pour que Manuel Valls soit en danger, il faudrait qu'au moins une dizaine d'écologistes se joignent à l'UMP, à l'UDI, au Front de gauche et à quelques non-inscrits pour rejeter la confiance, et que le nombre d'abstentionnistes de gauche dépasse la cinquantaine. Un "rassemblement hétéroclite", a pointé le patron du PS Jean-Christophe Cambadélis.

En tout état de cause, le score du chef du gouvernement sera bien inférieur à celui réalisé il y a cinq mois.

Lundi, lors d'un séminaire du groupe socialiste en présence de Manuel Valls, socialistes frondeurs et légitimistes campaient sur leurs positions.

"+Moi ou le chaos+, ça n'est pas un argument", avait tranché M. Paul, en répétant que la politique gouvernementale n'était "pas juste, pas efficace" aux yeux de "l'immense majorité des Français".

Le président PS de la commission des Lois de l'Assemblée, Jean-Jacques Urvoas, s'est agacé mardi de "l'escalade" des frondeurs. Pour son collègue Eduardo Rihan-Cypel, "refuser la confiance serait une rupture incompréhensible".

Paradoxalement, l'UMP Benoist Apparu qui votera contre, "espère" que Manuel Valls obtiendra la confiance pour éviter un "risque institutionnel majeur": dissolution, voire démission de François Hollande.

La course d'obstacles qui suit est impressionnante: conférence de presse du président jeudi, annonce en fin de semaine de la candidature de Nicolas Sarkozy à la présidence de l'UMP -qui peut fournir une diversion, Cambadélis parlant ainsi d'une "séquence nouvelle"-, difficiles débats budgétaires.

Pour tordre le bras à sa majorité, Manuel Valls n'exclut pas de recourir à l'article 49.3 de la Constitution qui permet au gouvernement de faire passer un texte sans amendement, à la seule condition d'avoir engagé sa responsabilité et de ne pas être battu par une motion de censure.

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