Washington va évacuer ses alliés afghans, les talibans disent contrôler un poste-frontière clé

Publié le à Washington (AFP)

Les Etats-Unis ont annoncé mercredi l'évacuation prochaine des Afghans qui ont aidé l'armée américaine, au moment où les talibans poursuivent leur offensive tous azimuts contre les forces afghanes et disent s'être emparés d'un poste-frontière clé avec le Pakistan.

"Les vols au départ de l'Afghanistan commenceront la dernière semaine de juillet pour les candidats" ayant fait une demande de visa spécial et leurs familles, qui devraient ainsi avoir quitté le pays avant le 31 août, date à laquelle l'armée américaine veut achever son retrait, ont fait savoir les autorités américaines.

La porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki a salué en ces Afghans "des individus courageux" et assuré que l'administration Biden voulait "reconnaître l'importance du rôle qu'ils ont joué" lors des vingt années de présence des forces américaines en Afghanistan.

Le départ programmé des derniers militaires étrangers a ravivé les inquiétudes de ces interprètes, chauffeurs ou sous-traitants ayant assisté l'armée américaine, qui craignent des représailles de la part des talibans.

Et face à la progression rapide de ces derniers, le sort des quelque 18.000 Afghans susceptibles de bénéficier du programme de visas spéciaux, se fait pressant. Avec leurs familles, le nombre de personnes à évacuer pourrait dépasser les 80.000, mais seule une fraction des candidats potentiels a déjà déposé une demande de visa.

Et le temps presse.

Les insurgés, qui avaient affirmé samedi contrôler 85% du territoire de l'Afghanistan, ont dit avoir pris le contrôle mercredi du poste-frontière entre les localités de Spin Boldak, en Afghanistan, et Chaman, au Pakistan.

Les autorités afghanes ont démenti, mais un responsable des forces pakistanaises de sécurité ayant requis l'anonymat indiqué à l'AFP que les talibans avaient "hissé leur drapeau et retiré le drapeau afghan" de ce poste-frontière.

Le point de passage que les talibans disent avoir pris relie l'Afghanistan à la province pakistanaise du Baloutchistan (sud-ouest), réputée abriter une partie de la direction des talibans dans la ville pakistanaise de Quetta, ou recevoir les blessés talibans.

Nos "combattants se sont emparés de (...) Weish, dans la province de Kandahar. Désormais, la route reliant Chaman, Spin Boldak et les douanes de Kandahar sont sous leur contrôle", a annoncé dans un communiqué Zabihullah Mujahid, un porte-parole des talibans.

"Les terroristes talibans ont fait mouvement près de la zone frontalière" dans le district de Spin Boldak mais "les forces de sécurité ont repoussé leur attaque", a rétorqué auprès de l'AFP un porte-parole du ministère afghan de l'Intérieur.

Il était impossible dans l'immédiat de vérifier sur place la situation du côté afghan de la frontière, mais un commerçant du marché de Weish, Raz Mohammad, a rapporté à l'AFP que les talibans étaient présents "partout" depuis mercredi matin.

"Je suis allé à mon magasin ce (mercredi) matin et j'ai vu que les talibans étaient partout. Ils sont au marché, au QG de la police, dans les locaux des Douanes", a-t-il déclaré, ajoutant "entendre le son des combats non loin".

- Etat d'alerte -

Plusieurs heures après l'annonce des talibans, environ 150 de leurs partisans, juchés sur des motos ou entassés dans des voitures et agitant les drapeaux du mouvement, se sont massés du côté pakistanais de la frontière, demandant aux gardes-frontière pakistanais de les laisser entrer en Afghanistan, a constaté un journaliste de l'AFP au poste-frontière pakistanais.

Les forces pakistanaises sont "en état d'alerte élevée de (leur) côté" de la frontière et "toujours en train d'évaluer la situation", a indiqué à l'AFP le responsable sécuritaire pakistanais.

Le Pakistan est depuis longtemps accusé de soutenir les talibans et de leur donner refuge.

Depuis qu'ils ont lancé début mai une large offensive contre les forces afghanes, à la faveur du retrait des forces étrangères, les talibans se sont emparés de vastes portions rurales du pays et de postes-frontières clés avec l'Iran, le Turkménistan, le Tadjikistan.

Privées du soutien aérien américain, les forces afghanes n'ont jusqu'ici opposé qu'une faible résistance et ne contrôlent plus essentiellement que les axes majeurs et les grandes villes, dont plusieurs sont encerclées.

La province de Kandahar, berceau et bastion historique des talibans, est le théâtre depuis plusieurs jours d'intenses combats qui se sont rapprochés de la capitale provinciale.

Les insurgés ont récemment attaqué une prison des faubourgs de la ville, quelques jours après s'être emparés début juillet du district-clé de Panjwai, à une quinzaine de kilomètres de la ville de Kandahar, puis ont attaqué une prison des faubourgs de la capitale provinciale avant d'être repoussés.

Mardi soir, la France a appelé ses ressortissants à quitter immédiatement l'Afghanistan, invoquant "l'évolution de la situation sécuritaire" et les "perspectives à court terme".

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