Yémen: avancée majeure des rebelles sur la ville stratégique de Marib

Publié le à Dubaï (AFP)

Les rebelles Houthis ont pris vendredi le contrôle d'une montagne aux alentours de Marib, dernier bastion du gouvernement dans le Nord du Yémen en guerre, une avancée majeure dans la bataille pour conquérir cette ville stratégique, selon des sources militaires loyalistes.

Les rebelles ont "pris le contrôle du mont Hilan qui surplombe Marib à l'issue de combats qui ont fait des dizaines de morts et de blessés" parmi les combattants, a indiqué un responsable militaire des forces gouvernementales à l'AFP.

Après plus de six ans de guerre, les Houthis, soutenus par l'Iran, ont relancé le 8 février leur offensive contre la région de Marib, qui abrite d'importants champs pétroliers, entraînant des combats meurtriers avec les forces du gouvernement, soutenues par une coalition militaire menée par l'Arabie saoudite.

Marib est située à environ 120 kilomètres à l'est de la capitale Sanaa, contrôlée depuis 2014 par les Houthis, tout comme une grande partie du nord du pays.

La perte du mont Hilan est "une menace directe sur les premières lignes de défense de Marib", a déclaré un autre responsable loyaliste, ajoutant que les Houthis avaient "coupé les lignes d'approvisionnement sur certains fronts" et que les combats faisaient désormais rage à l'ouest de la ville.

Marib "est en danger", a ajouté ce responsable.

- "Chute peu probable" -

Après la prise du mont Hilan, la coalition dirigée par Ryad a mené une dizaine de frappes aériennes sur des positions houthies, a indiqué une autre source gouvernementale. La chaîne de télévision Al-Massirah, contrôlée par les Houthis, a confirmé ces frappes. Les rebelles communiquent rarement sur leurs pertes.

Malgré cette avancée, les experts restent prudents, arguant que la force de frappe aérienne de la coalition pourrait retarder une éventuelle victoire des rebelles.

"Une chute imminente de Marib reste peu probable", affirme à l'AFP Majed al-Madhaji, du groupe de réflexion Sanaa Center, confirmant toutefois que la prise du mont Hilan représentait "une avancée importante qui met une pression supplémentaire" sur les forces gouvernementales.

L'offensive des rebelles sur Marib a entraîné la mort de centaines de combattants et la fuite de centaines de familles dans cette région désertique. La ville avait été relativement épargnée pendant les premières années du conflit, devenant un refuge pour plus d'un million de déplacés.

A Marib, les habitants sentent les combats se rapprocher. "Nous condamnons ce qui se passe. Nos enfants sont terrifiés", a déclaré à l'AFP Oum Ali, une résidente. "Marib restera inébranlable", a lancé un autre habitant, Mohammed Yahya, rappelant l'histoire de la ville.

La prise de Marib représenterait un coup dur pour les forces progouvernement et pour l'Arabie saoudite. Elle permettrait par ailleurs aux rebelles de disposer d'une nouvelle source de revenus et d'une position de force à la table d'éventuelles négociations.

- "Aucune chance de paix" -

Les Houthis ont multiplié les attaques contre le territoire saoudien ces dernières semaines, demandant jeudi à Ryad la fin du blocus aérien et maritime imposé à leur pays comme condition préalable à un accord de cessez-le-feu.

Ce blocus est notamment imposé, selon l'Arabie saoudite, pour empêcher l'arrivée d'armes depuis l'Iran bien que Téhéran nie armer les rebelles.

Jeudi, le Conseil de sécurité de l'ONU a condamné une "escalade" des affrontements armés à Marib, mettant en garde contre une aggravation de la crise humanitaire.

La bataille de Marib "fait courir un grave danger à un million de déplacés dans le pays et menace les efforts destinés à parvenir à une solution politique, à un moment où la communauté internationale est de plus en plus unie pour mettre fin au conflit", a estimé le Conseil dans un communiqué.

Depuis l'arrivée de Joe Biden à la Maison Blanche, les Etats-Unis tentent de relancer les négociations. Dans un effort d'apaisement, la nouvelle administration américaine a annoncé la fin de son soutien à la coalition militaire menée par l'Arabie saoudite.

Mais si les Houthis prennent Marib, "il n'y aura aucune chance pour la paix dans les trois ou quatre années à venir", ajoute l'expert Majed al-Madhaji.

La guerre a plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU, et fait des dizaines de milliers de morts, d'après des ONG internationales, sans oublier les millions de déplacés et une population au bord de la famine.

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