Yémen: une résolution du conflit peu probable malgré l'engagement de Biden

Publié le à Dubaï (AFP)

Les belligérants au Yémen ont réaffirmé leur volonté de mettre fin au conflit après l'engagement du président américain Joe Biden à soutenir les "efforts diplomatiques", mais une solution apparaît toujours hors de portée à ce stade, affirment vendredi des experts.

Le conflit au Yémen oppose depuis plus de six ans les rebelles Houthis aux forces gouvernementales, soutenues depuis 2015 par une coalition menée par l'Arabie saoudite.

Il a fait des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés, selon des organisations internationales, et provoqué la pire crise humanitaire au monde, selon l'ONU.

Dans son premier discours de politique étrangère depuis qu'il a succédé à Donald Trump, Joe Biden a mis fin jeudi au soutien américain à la coalition, appelé à renforcer les efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit et confirmé la nomination d'un diplomate chevronné, Timothy Lenderking, comme émissaire pour le Yémen.

"Cette guerre doit cesser", a-t-il martelé, annonçant l'annulation de ventes d'armes à l'Arabie saoudite.

Le gouvernement yéménite, reconnu par la communauté internationale, a salué ces annonces, soulignant "l'importance de soutenir les efforts diplomatiques" et saluant la nomination de M. Lenderking comme une "étape importante" pour "mettre fin à la guerre causée par les Houthis soutenus par l'Iran".

- "Prudemment optimistes" -

L'Iran, ennemi juré des Etats-Unis et cible d'une campagne de "pression maximale" de la part de l'administration de Donald Trump, nie fournir des armes aux Houthis mais ne cache pas son soutien politique aux rebelles.

Les Houthis, qui contrôlent une grande partie de l'Ouest et du Nord dont la capitale Sanaa, ont apporté leur soutien à l'approche de la nouvelle administration américaine, qui a indiqué en janvier qu'elle reconsidèrerait la décision de M. Trump d'inscrire les rebelles sur sa liste des "organisations terroristes".

"Nous sommes prudemment optimistes", a indiqué à l'AFP Hammed Assem, un responsable Houthi.

"Nos missiles ne s'arrêteront pas tant qu'il n'y aura pas de cessez-le-feu (...) Ce sont eux qui ont commencé la guerre, ce sont eux qui doivent y mettre fin", a-t-il toutefois prévenu en référence aux forces gouvernementales et leurs alliés.

Sans mentionner la fin du soutien américain à la coalition, Ryad a salué "l'engagement" de M. Biden "à coopérer avec le royaume pour défendre sa souveraineté et contrer les menaces contre elle". L'Arabie saoudite est depuis des mois la cible d'attaques répétées menées par les rebelles.

Adel al-Jubeir, ministre d'Etat saoudien aux Affaires étrangères, a exprimé sur Twitter sa "hâte" de travailler avec les "amis américains pour mettre fin aux conflits".

Mais sur le terrain, une solution apparaît quasiment impossible.

"La guerre ne prendra pas fin, personne ne veut y mettre fin. C'est de la propagande", assène Huda Ibrahim, femme au foyer de 38 ans qui habite la ville portuaire de Hodeida, par laquelle transite l'essentiel de l'aide humanitaire.

- "Parler aux Iraniens" -

"Comment un conflit peut-il prendre fin si les affrontements ne s'arrêtent même pas pour une seule nuit", déclare-t-elle à l'AFP.

Dans la capitale Sanaa, Ayman al-Shamy craint que rien ne change vraiment sur le terrain. "On ne peut pas se fier aux annonces de Biden", estime cet habitant. "Il n'y a pas de paix sans mettre fin à la guerre."

"Les annonces de Biden (...) sont une excellente première étape", tempère Annelle Sheline, spécialiste du Moyen-Orient au Quincy Institute for Responsible Statecraft.

"Mais le diable est dans les détails, il faut voir ce que +fin à tout soutien américain aux opérations offensives+ veut dire dans la pratique", ajoute-t-elle, citant le président Biden.

"Mettre fin au soutien américain et mettre fin à la guerre sont deux choses très différentes (...) pour vraiment mettre fin à la guerre, nous avons besoin de diplomatie, et pour cela, nous devons être capables de parler aux Iraniens à nouveau", conclut l'experte.

Pour Maged al-Madhaji, directeur du Centre d'études stratégiques de Sanaa, les annonces américaines "donnent un élan sans précédent" à une solution politique dans le pays.

Mais "décrire ces annonces comme un engagement plein et entier à mettre fin à la guerre ne semble pas vrai", nuance-t-il. "La déclaration dit que les Etats-Unis maintiennent leur politique traditionnelle de soutien à l'Arabie saoudite, ils continueront à la soutenir militairement en cas d'attaques extérieures."

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