Affaire Regeni: le procès de policiers égyptiens suspendu sine die

Publié le à Rome

Le procès par défaut de quatre policiers égyptiens accusés du meurtre de l'étudiant italien Giulio Regeni en 2016 au Caire a été suspendu sine die dès son ouverture jeudi à Rome.En janvier 2016, Giulio Regeni, âgé de 28 ans, avait été enlevé par des inconnus et son corps retrouvé torturé et atrocement mutilé quelques jours plus tard dans la banlieue de la capitale égyptienne. Cet étudiant faisait des recherches sur les syndicats en Egypte, un sujet très sensible dans ce pays. Les accusations contre les quatre hommes membres de la Sûreté nationale - le général Tareq Saber, les colonels Aser Kamal et Hicham Helmi et le commandant Magdi Cherif- vont de l'enlèvement à la conspiration pour commettre un meurtre et infliger des lésions corporelles graves. Réuni dans une salle sécurisée de la prison de Rebibbia à Rome où se déroulent généralement des procès de mafieux, le tribunal a constaté après sept heures d'audience l'impossibilité de poursuivre: en vertu de la loi en effet, les quatre hommes doivent avoir été officiellement informés de la procédure à leur encontre. Or l'Egypte s'est toujours refusée à fournir leurs coordonnées à la justice italienne. Laquelle ne peut donc par apporter la preuve que les officiers se sont volontairement soustraits à leur obligation de comparaître. Au cours d'une audience préliminaire en mai, un magistrat avait pourtant estimé que la couverture médiatique de cette affaire avait permis aux quatre accusés d'en être informés, les renvoyant en justice. Le dossier repart désormais au magistrat instructeur qui devra s'assurer des moyens de notifier aux accusés leur mise en cause, a expliqué à l'AFP un avocat de la défense commis d'office. "La décision laisse un goût amer", a réagi Claudio Francavilla, de l'ONG Human Rights Watch. "Mais elle doit être respectée. Elle montre ce qu'est un procès juste, ce qui ne pourrait jamais arriver en Egypte aujourd'hui", a-t-il dit à l'AFP. "C'est un revers, mais nous n'abandonnons pas", a de son côté affirmé Alessandra Ballerini, l'avocate de la famille Regeni, citée par l'agence de presse Ansa. Dans un geste symbolique de soutien à la famille Regeni, les services du Premier ministre italien Mario Draghi avaient annoncé, la veille du procès, que le gouvernement se portait partie civile. Selon les enquêteurs italiens, les agents des services secrets égyptiens ont "torturé [l'étudiant] pendant des jours en lui infligeant brûlures, coups de pied, coups de poing et en usant d'armes blanches et de bâtons", avant de le tuer. Une thèse vivement rejetée par Le Caire. Ils avaient identifié en 2018 cinq suspects, tous membres des services de renseignement. Le parquet italien, qui avait classé sans suite le dossier de l'un des cinq suspects, estime que l'étudiant est mort d'une insuffisance respiratoire provoquée par les coups portés par le commandant Cherif. Piétinant sans cesse, l'affaire a longtemps empoisonné les relations entre Le Caire et Rome, l'Italie accusant régulièrement les autorités égyptiennes de ne pas coopérer, voire d'orienter les enquêteurs italiens vers de fausses pistes. (Belga)
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