RDC: il faut être de "mauvaise foi" pour nier qu'il y a eu un "génocide" en RDC

Publié le à KINSHASA (COD)

Le prix Nobel de la Paix Denis Mukwege a estimé jeudi qu'il fallait être de "mauvaise foi" pour nier les crimes contre l'humanité, voire le "génocide" commis en République démocratique du Congo, en défendant la création d'un tribunal pénal international pour son pays. "Nier qu'il y ait eu des crimes contre l'humanité et des crimes de guerre en République démocratique du Congo, nier même qu'il y ait eu un génocide en RDC, c'est être de mauvaise foi", a déclaré le gynécologue par audioconférence, depuis sa clinique Panzi à Bukavu. Entre deux opérations, il a répondu à quelques rares entretiens à l'occasion du dixième anniversaire d'un rapport des Nations unies sur "les plus graves violations des droits de l'homme" commises en RDC (ex-Zaïre) entre 1993 et 2003. Oublié depuis dix ans, ce rapport "mapping" est devenu l'arme de guerre du prix Nobel de la paix 2018 contre l'impunité dans son pays. "Ce rapport a cartographié les crimes qui ont été commis en République démocratique du Congo", détaille-t-il. Les auteurs "ont proposé un tribunal pénal international pour le Congo ou des chambres mixtes spécialisées avec juges congolais et des juges internationaux". Le rapport est rejeté par le Rwanda, un des acteurs-clé avec l'Ouganda des deux guerres du Congo (1998-2003) qui ont fait des "millions de morts" selon M. Mukwege. "S'ils pensent que ce rapport a été mal fait, acceptons qu'il y ait une juridiction indépendante" pour que "les Congolais puissent porter plainte devant cette juridiction", insiste-t-il. "S'ils sont accusés, qu'ils viennent avec des arguments pour les blanchir", ajoute-t-il sur les réticences du Rwanda. Fin juillet, le docteur Mukwege avait fait état de menaces après avoir dénoncé une tuerie quelques jours auparavant dans le village de Kipupu, dans sa province du Sud-Kivu. "L'affaire de Kipupu était juste un prétexte. Le noeud du problème c'est le rapport mapping. Je suis menacé depuis très longtemps", juge-t-il. "Il y a toujours des bourreaux dans l'armée et dans la police qui continuent d'intimider des victimes qui sont obligées à garder le silence. J'ai subi la même chose de la part des bourreaux qui essaient de m'intimider et d'inverser les rôles", a-t-il assuré. Le célèbre gynécologue, surnommé "l'homme qui répare les femmes", est co-lauréat du prix Nobel de la Paix 2018 pour les soins qu'il apporte à des milliers de femmes victimes de violences sexuelles. Denis Mukwege dénonce sans relâche l'impunité des auteurs de tueries et de violences sexuelles dans l'Est de la RDC, déstabilisé par des conflits depuis 25 ans. (Belga)
© 2020 Belga. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par Belga. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de Belga.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info