Réquisitoire "ferme" contre les "chevilles ouvrières" des attentats

Publié le à PARIS (France)

"Chacun a sa part de responsabilité dans ce processus mortifère": au procès des attentats de janvier 2015 en France, le parquet national antiterroriste a appelé lundi à une réponse "ferme" à l'encontre des 14 accusés."Il y a des procès plus que d'autres qui font trembler la voix, qui font que le coeur se serre, des témoignages qui nous font écraser des larmes derrière un masque", a déclaré l'avocate générale Julie Holveck, en préambule de son réquisitoire devant la cour d'assises spéciale de Paris. "Chacun sait ce qu'il faisait" le jour des attentats. "Ce fut un tremblement de terre dont nous avons senti les répliques à trois reprises au cours de ce procès", avec notamment la décapitation le 16 octobre du professeur Samuel Paty, a poursuivi la magistrate. Les 7, 8 et 9 janvier 2015, les frères Saïd et Chérif Kouachi et Amédy Coulibaly portaient le combat jihadiste en France en attaquant successivement l'hebdomadaire satirique Charlie Hebdo, une policière de Montrouge, en banlieue sud de Paris, et la supérette juive Hyper Cacher, faisant 17 morts. Cette série d'attentats nous a "volé notre bien le plus précieux, notre sécurité", a martelé Julie Holveck, lors de ce réquisitoire à deux voix avec son collègue, Jean-Michel Bourlès. Mais "de l'horreur de ces faits, on doit s'en extraire" pour "juger des hommes", a-t-elle insisté. Jugés depuis le 2 septembre, les 14 accusés sont poursuivis pour leur soutien logistique présumé aux frères Kouachi et à Coulibaly. Trois d'entre eux sont jugés par défaut, dont Hayat Boumeddiene, ex-compagne de Coulibaly, introuvable depuis sa fuite en Syrie avant les attentats. Que savaient exactement ces accusés des projets d'attentat ? "Il n'est pas question de faire payer aux vivants les fautes des morts" mais "ayez en tête que, sans eux, notre trio n'était rien", a martelé l'avocate générale, en détaillant longuement les éléments à charge contre les accusés. Dans le box, Ali Riza Polat est celui qui risque le plus gros. Jugé pour "complicité" de crimes terroristes, ce Franco-Turc de 35 ans était "présent à chaque étape de la préparation jusqu'à la veille des attentats", selon le parquet. Multipliant à l'audience les invectives et les coups de sang, cet ami proche du tueur de l'Hyper Cacher, qui encourt la perpétuité, a réfuté toute responsabilité dans les attaques, assurant n'avoir rien su des objectifs d'Amedy Coulibaly. L'enquête, sur laquelle la cour est longuement revenue depuis le 2 septembre, a permis d'identifier deux "filières" impliquées dans la fourniture des armes retrouvées en possession d'Amedy Coulibaly: l'une "belgo-ardennaise", l'autre "lilloise". Plusieurs déplacements entre Paris, Lille et la Belgique ont ainsi été mis au jour à l'aide de la téléphonie, clef de voûte de l'accusation. Quelques traces d'ADN ont par ailleurs été retrouvées, ainsi qu'une liste d'armes établie et rédigée par Ali Riza Polat. La façon dont cet arsenal a transité puis atterri entre les mains des jihadistes reste toutefois peu claire. Et de nombreuses zones d'ombre entourent le dossier, que les déclarations contradictoires et parcellaires des accusés face à la cour n'ont pas permis de lever. Le réquisitoire doit se poursuivre mardi matin, avec le quantum des peines réclamées par le parquet. Verdict attendu le 16 décembre. (Belga)
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