Ces Japonais qui ne pensent qu’à… ne pas manger au pays de la tentation : le rapport compliqué à la nourriture s'expose au Bota

Ils veulent manger des nuages dans la hantise de grossir : la photographe Katherine Longly a étudié la relation de femmes et d’hommes à l’alimentation lors d’un long séjour au Japon. Un pays où la minceur est une règle implicite alors que la street-food est partout.

Extrait de «To tell my real intentions, I want to eat only haze like a hermit » par Katherine Longly.
Extrait de «To tell my real intentions, I want to eat only haze like a hermit » par Katherine Longly. ©Katherine Longly

C’était il y a quelques années, lors d’une résidence d’artiste au Japon. La photographe belge Katherine Longly qui aborde chacun de ses travaux avec un regard de sociologue y était venue avec l’idée d’interroger le rapport à la nourriture des Japonais dans ce pays où la nourriture est omniprésente, où le corps est contrôlé au centimètre près et où presque personne n’a un rapport simple aux aliments. “Notre rapport à la nourriture peut prendre différents visages. Il est intimement connecté à nos affects, et agit en subtil révélateur de notre histoire sociale et familiale. Mais où pose-t-il ses fondations ?”, s’est-elle demandé en regardant ces mille et un magasins de friandises, ces vendeurs de street-food, cette omniprésence de la junkfood qui répondent aux magazines pour ados où les dimensions et les poids censés être “parfaits” d’un avant-bras, d’une cuisse, d’un cou, d’un mollet sont affichés en grand…

Croque-monsieur coloré, ultra-transformé ou… rien ?

Extrait de «To tell my real intentions, I want to eat only haze like a hermit » - Katherine Longly
Extrait de «To tell my real intentions, I want to eat only haze like a hermit » - Katherine Longly ©Katherine Longly

Après plusieurs résidences, un rapport fort de confiance avec Ren, Yuki, Mina ou Kenichi, a donné lieu à un livre d’art autour de 10 femmes et hommes qui avaient eu la sincérité de livrer leur histoire en pointillé. Et en photo, leurs errances alimentaires, leur douleur de se priver sans cesse : exemples exsangues de laissés-pour-compte dans un monde d’ultra-consommation. Certains aussi ont réussi à renouer avec la joie et une alimentation qui leur a permis de renouer avec leur passé et leur famille. Au fil de ses séjours, Katherine Longly a aussi acquis une incroyable documentation (documents administratifs, magazines pour jeunes, …) sur la société japonaise, où la pression exercée sur les corps semble plus intense qu’ailleurs. Un ouvrage poétique, un peu mystérieux, comme sorti des limbes. Mais aussi un témoignage à vif sur une société où tout semble osciller entre surpoids et sous-poids, aliments à tous les coins de rue et contrôle sans merci de l’apparence. Un constant déséquilibre des chiffres et des esprits en quelque sorte.

”To tell my real intentions, I want to eat only haze like a hermit”, fait main par la photographe (une semaine entière de travail pour un livre, sorti à 61 exemplaires !) a rapidement été sold-out. Mais cette matière va s’exposer dans son intégralité à partir de ce jeudi 26 avril dans la galerie du Botanique. Vous y verrez les photos des “assiettes” de celles et ceux qui veulent manger de l’air, prises par eux-mêmes avec des appareils jetables, les photobooth de rue qui permettent d’amincir les corps, les lectures des jeunes à qui on “apprend” instamment à ne pas dépasser tel cm au niveau du mollet ou de l’avant-bras !

Impressionnant et questionnant bien sûr, car le rapport au corps et à la nourriture est rarement simple…

A voir du 26/01 au 05/03, Galerie du Botanique, 236, rue royale – 1210 Bruxelles. Site de Katherine Longly

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