Devenir mère bouleverse profondément l'identité féminine et amène son lot de peurs. Décryptage et conseils d'Anne-Chantal le Polain, psychologue.

De nombreuses futures mamans éprouvent des angoisses pendant ces 9 mois si particuliers. "Il y a tellement de raisons d’être angoissée pendant la grossesse, en déplaise à l’image d’Épinal qui voudrait que la femme enceinte soit pleinement épanouie", explique Anne-Chantal le Polain, psychologue et consultante à l’Espace Parentalité de l’Association Dolto.

Généralement, ces jeunes femmes craignent de faire une fausse couche, d’avoir un bébé en mauvaise santé ou encore tout simplement, le moment d’accoucher et la douleur occasionnée. “C’est aussi le stress d’avoir à chercher une crèche alors que le bébé est toujours bien au chaud dans son ventre. C’est devoir déjà penser à se détacher de ce petit être dont on ne voit encore que l’image à l’échographie. Une oreille attentive peut aussi entendre des ambivalences par rapport à la venue de ce bébé qui va modifier bientôt l’organisation familiale et professionnelle. Enfin, la femme enceinte se demande quel type de mère elle sera et s’interroge sur sa capacité à s’occuper du nouveau-né. Pour les personnes ayant vécu une enfance douloureuse, ces questions sont difficiles et les modèles manquent. Toutefois, toutes les femmes ne sont pas angoissées durant cette période. Certaines sont, au contraire, particulièrement radieuses lorsqu’elles sont enceintes. Elles vivent leur grossesse comme une promotion, une occasion d’accomplissement personnel. Elles vont bientôt accéder au statut de mère et donner plus de sens à leur vie “, continue la psychologue.

Selon cette dernière, un peu de stress n’est pas mauvais pour le fœtus. Néanmoins, à un certain stade, ces inquiétudes peuvent être défavorables au bébé à cause du passage de l’hormone du stress, le cortisol, à travers la barrière placentaire. "Les contractions vont augmenter. En effet, le stress est incriminé dans l’accouchement prématuré. De plus, si ces angoisses perdurent au-delà de l’accouchement, la relation entre la maman et son bébé risque d’être perturbée. En effet, ce dernier est très sensible aux états psychiques de sa maman", développe Mme le Polain. Par conséquent, le développement de l’enfant peut connaître des répercussions négatives, comme des troubles des rythmes alimentaires et du sommeil et par la suite, des troubles d’hyperkinésie et de l’attention.

Baby-blues quand tu nous tiens

Après l’accouchement, les femmes vivent le fameux baby-blues. “C'est un état d’émotivité importante dans lequel plongent beaucoup de femmes 2 à 4 jours après l’accouchement. Il arrive alors que la maman se mette à pleurer et à se sentir complètement incompétente. Heureusement que cette mini-dépression ne dure que quelques jours et est sans lendemain. La fatigue et les importants changements hormonaux jouent certainement un rôle dans cette hyperémotivité. Du point de vue psychologique, il se peut que cette petite déprime soit l’expression d’une difficulté de la maman à vivre la transition entre son état de femme enceinte et celui de mère. Peut-être éprouve-t-elle aussi à ce moment la peur de ne pas savoir bien s’occuper de son enfant ainsi que celle d’être une mauvaise mère ?", commente la psy.

Et le papa, dans tout ça ?

Pendant la grossesse, l’entourage soutient plus généralement la future mère que le père. Et pourtant, celui-ci, bien que ne vivant pas la gestation de l’intérieur, peut également connaître des périodes de stress. "Les pères vivent autant d’angoisses que leurs compagnes mais c’est plus caché. Certains appréhendent le fait de devenir papa, ne sachant sur quels modèles se calquer, d’autres craindront de devoir assurer brusquement de si lourdes responsabilités. Ce n’est pas si facile pour un homme de sortir de la relation duelle qu’il avait avec sa femme et de permettre à son bébé de se glisser entre eux. Ce que je conseillerais aux pères ? Je souhaite qu'ils profitent de ce moment très émouvant et unique de leur existence pour s’ouvrir pleinement à leurs ressentis plutôt que de se laisser guider par mes conseils de psy “, déclare-t-elle, tout sourire.

Se faire aider

Pour gérer au mieux ces peurs intimes, la personne peut demander à son compagnon de l'écouter et de la soutenir. Si celui-ci n’est pas réceptif à cette demande, elle peut se tourner vers des professionnels : un psychologue, son médecin traitant ou même une sage-femme. “Pour les futurs parents, c’est intéressant d’apprendre quelques techniques de relaxation, de sophrologie ou de mindfulness [NDLR. Thérapie cognitive basée sur la pleine conscience] pour vivre mieux la grossesse et l’accouchement. Ce serait aussi bénéfique qu’ils puissent rencontrer d’autres couples ayant les mêmes préoccupations et avec qui ils pourront échanger", conclut Mme le Polain.