Alors que le laser reste la technique de référence, des alternatives de détatouage "sans douleur et sans cicatrice" font le buzz sur la Toile. Ce qui alerte les dermatologues.

Le tatouage est désormais ancré dans les mœurs. Seulement voilà, nombreux sont ceux aussi qui veulent effacer ces peintures cutanées. "Le détatouage est un acte médical, rappelle le Dr Véronique Gassia, dermatologue. Et aujourd’hui, le laser reste le traitement de choix en termes d’efficacité et de sécurité."

Le laser, la voie royale

Cette technique élimine les pigments sans altérer la peau. Grâce à son action ciblée, le laser les fragmente en microparticules, qui sont digérées par des globules blancs, les macrophages, puis éliminées par les ganglions lymphatiques. Si la première génération (Q-Switched) peinait à gommer certaines couleurs, les nouveaux lasers (PicoSure) ont désormais une meilleure efficacité.

Des couleurs pâles difficiles à effacer

"Si le praticien est équipé des deux types de lasers et si l’encre n’est pas trop épaisse, on peut effacer quasiment toutes les couleurs avec un minimum d’effets secondaires, même les plus difficiles à enlever comme le turquoise ou le bleu. Il suffit d’adapter la longueur d’onde du laser à la teinte", explique le Dr Hervé Brunet, dermatologue.

Les limites ? Le blanc, les tons chair ou rose pâle, qui virent au vert sous l’effet du laser, et les gros tatouages polychromes. Dans le cas d’un dessin réalisé avec dix teintes différentes sur toute la surface du dos, certains praticiens préfèrent ne pas se lancer, conscients que le traitement s’étalera sur plusieurs années.

Un processus long et coûteux

On ne peut l’ignorer, se faire détatouer reste une démarche longue, coûteuse et douloureuse. Il faut compter entre 150 et 300 euros la séance sur un tatouage basique de 10 x 10 cm, sachant que le prix et la durée augmentent avec la surface à traiter. "Le nombre de séances dépend de la profondeur, de la densité et de la couleur, mais on peut espérer obtenir un détatouage complet avec un minimum de six à douze séances", dit le Dr Véronique Gassia, dermatologue. "En revanche, dans les cas plus compliqués de tatouages très chargés en pigments, il peut rester une ombre ou une trace."

Les effets secondaires potentiels

"S’il est vrai que les hyperpigmentations post-inflammatoires sont transitoires et disparaissent en quelques mois, des dépigmentations définitives peuvent survenir quand le laser délivre un rayon trop fort", prévient le Dr Thierry Fusade, dermatologue. "Il faut donc éviter les puissances de tir trop élevées. Enfin, les soins post-traitement, c’est-à-dire les pansements gras cicatrisants, et l’éviction solaire limitent le risque cicatriciel." Quant au "tatouage fantôme", trace blanchâtre de dépigmentation, il apparaît quand le praticien n’envoie pas assez de puissance pour atteindre les pigments profonds ou s’il ne respecte pas le délai requis entre deux séances, d’un à deux mois selon le type de laser.

Un risque de toxicité ?

Que répondre à ceux qui évoquent la possible toxicité des particules libérées dans l’organisme? "Aux États-Unis en effet, certains ont posé la question de la dangerosité du détatouage en raison de rarissimes cas de lymphomes décrits après de très nombreuses séances de lasers sur de grands tatouages. Mais aucune étude scientifique n’a été publiée sur le sujet, et nous n’avons jamais rencontré ce problème", rapporte le Dr Brunet.

3 choses à savoir sur le détatouage chimique

Sur le Net, des publicités vantant les vertus de ce dé tatouage pour effacer tous les pigments, sans douleur et en quelques séances, pullulent. "Vendue" comme étant plus soft et plus efficace que les lasers, la technique semble alléchante.

Le procédé. Il s’agit d’une injection d’acide lactique dans la peau pour détruire des cellules du derme. Les pigments sont expulsés dans la croûte de cicatrisation qui se forme.

Le doute. Il n’existe aucune publication scientifique sur l’efficacité de ces méthodes dites d’extrusion. Et si le "groupe laser" de la Société française de dermatologie a décidé de lancer une étude visant à recenser les effets secondaires du dé tatouage chimique, il y a de quoi s’interroger…

Les cicatrices inévitables. Un dé tatouage à la crème, efficace sur toutes les couleurs, cela peut sembler magique. "La peau aura bel et bien blanchi, dit le Dr Fusade. Mais elle sera forcément cicatricielle car une effraction du derme induit un processus de cicatrisation et une marque. Stricto sensu, on fait partir le tatouage, mais au prix d’une cicatrice et d’un risque de dépigmentation." En clair, on remplace le tatouage par une cicatrice ou des taches blanches. On comprend mieux pourquoi aucun dermatologue n’utilise cette technique d’extrusion.