Avant d’entrer dans la nouvelle micro-brasserie de l’abbaye de Grimbergen, il faut emboîter le pas du père Karel Stautemas. Cette force de la nature est proviseur de l’abbaye depuis 2010 et est en passe de terminer ses études de brasseur avec une thèse qui lui aura pris des années, intitulée « Le 4e Phénix – La bière et l’Abbaye de Grimbergen à travers les siècles ». Le phénix, c’est cet oiseau de feu, qui symbolise la renaissance après avoir été consumé par les flammes. Ce qui arriva par trois fois à l’abbaye au cours des siècles et à chaque fois reconstruite par ses moines prémontrés, sans faillir. L’oiseau légendaire est devenu son emblème depuis 1629. Il orne toutes les étiquettes des bières de Grimbergen.
C’est donc le père Karel qui, il y a plus de quatre ans lança l’idée de réintégrer la fabrication de la bière au sein de l’abbaye. Bien sûr, on ne parle pas là de la production conséquente des fameuses bières d’abbaye, produits par la brasseur Alken-Maes pour la Belgique et Carlsberg pour le reste du monde ! Mais d’une bien plus petite production, pas plus de 10 000 hectolitres, soit quelque 90 000 bouteilles et 35000 fûts , « pour réintégrer la bière au sein de l’abbaye et développer une microbrasserie à la croisée de la tradition et de l’innovation », explique le père Karel.
L’enthousiasme et l’expérience de l’ecclésiastique ; l’histoire brassicole qui s’écrit à nouveau, le savoir-faire séculaire et l’assurance de faire naître des bières en éditions limitées surprenantes surent vite convaincre les gros brasseurs de l’intérêt de cette microbrasserie. La bière n’avait plus été brassée à Grimbergen depuis 200 ans ! En mars 2021 eut donc lieu le premier brassage. Une équipe de 4 personnes s’occupent désormais de ce laboratoire d’innovation et de liberté. « Je suis là pour travailler avec mon équipe, je ne suis pas payé par Alken-Maes ni Carlsberg, cela me donne beaucoup de liberté pour jouer avec la marque et l’héritage », souligne le père Karel.

Expérimentations d’hiver

© DR

Pour l’heure, la microbrasserie est au repos, elle tourne bien plus activement l’été. Le houblon du jardin de l’abbaye a été récolté il y a quelques semaines. Les cuves sont remplies, cela sent bon le malt dans cette ancienne salle des fêtes spacieuse et claire. « 70 % de la production part en fûts pour le Fenikshof, la brasserie-restaurant attenante et 30 % en bouteilles », explique Marc-Antoine Sochon, qu’on trouve sur le site Prik & Tik, dans les magasins spécialisés en bières belges et de plus en plus dans la grande distribution. « Mais on va à l’avenir gagner les bars et l’horeca pour des cuvées limitées », se félicite le maître-brasseur.

Pour les fêtes, un coffret rassemble les trois nouvelles bières et un verre : « Un an de conception pour offrir une dégustation optimale », se rappelle le proviseur. La première s’appelle la Magnum Opus Brut, la plus sophistiquée, riche de saveurs de poire juteuse, de zestes d’orange et d’arômes de vanille qui viennent compléter un malt légèrement sucré. La Grimbergen Ignis Quadruple joue sur des malts fumés sur bois de hêtre et la Grimbergen Astrum Pale Ale est la plus rafraîchissante et marie le houblon Galaxy de Tasmanie à ceux de Flandre !

Autre nouveauté, un Brewery Experience Center ouvrira le 9 décembre prochain pour les visiteurs. On pourra y découvrir le patrimoine de l’abbaye et même déterminer quelle Grimbergen vous fera le plus plaisir !

© DR