Ayant poursuivi mes études à l‘Université Libre de Bruxelles dans le quartier du cimetière d’Ixelles au début des années 80, c’est là que j’ai pu véritablement faire connaissance avec la cuisine vietnamienne. Un nombre assez invraisemblable d’établissements de cette nationalité avaient en effet élu domicile dans ce coin de la capitale, proposant aux pauvres students que nous étions, une cuisine aussi variée qu’abordable, histoire de changer de temps en temps du mauvais bolo à la belge ou du paquet de frites de fin de soirée arrosée.

Parmi ces petites ambassades de la gastronomie asiatique, certaines tiraient plutôt mieux leur épingle du jeu et, ayant continué à habiter dans les parages, j’ai vu s’ouvrir tout particulièrement une enseigne qui, plus de trois décennies plus tard, se profile toujours comme plus que recommandable, à savoir l’Orchidée Blanche.

Voici en effet près de trente-quatre ans que Katia Nguyen ouvrait ce qui, aujourd’hui encore, est considéré par nombre de spécialistes comme un des meilleurs restaurants asiatiques de notre pays, un titre consacré en 2015 par mes distingués confrères de Gault&Millau.

C’est que l’Orchidée dont je vous parle n’est pas à proprement parler une quelconque mangeoire pour guindailleurs. Par son cadre, pour commencer, qui se décline en fait en trois ambiances différentes.… Celle du rez-de-chaussée d’abord, claire et contemporaine, avec néanmoins quelques touches authentiques subtilement mises en valeur.

Et puis, celle de l’étage, nettement plus dépaysante, qui renvoie insensiblement à celle d’une belle maison des bords du Mékong : un décor que l’on croirait tout droit sortie du roman L’Amant de Marguerite Duras.

Ceci bien sûr sans oublier, à la belle saison, la lumineuse cour-jardin qui permet de profiter sans vergogne de la douceur d’une belle soirée estivale…

Trois atmosphères agréables au possible donc, d’autant plus que les charmantes membres de l’équipe féminine de service sont toutes revêtues du fameux Ao Daï, la belle tunique colorée portée sur un pantalon, assurant un service aussi précis qu’élégant, tout de gentillesse subtile et de discrétion, à l’image de la manière dont Katia dirige sa maison depuis l’ouverture.

Mais soyons clairs, au-delà de cet aspect, il en est un qui est à mes yeux encore plus important, c’est celui de la qualité de la cuisine, ici irréprochable sur toute la ligne. Une certaine conception de l’excellence lorsque l’on sait que les deux cheffes de la maison, Bui Trinh et Y Duyên, sont constamment en relations avec des chefs au Vietnam pour échanger des idées et des suggestions.

Des spécialités méconnues 

Et lorsque les circonstances le permettent, ces spécialistes pointues n’hésitent pas à retourner dans leur pays d’origine pour voir et apprendre toujours plus sur la cuisine de leurs origines.

C’est comme cela que la maison peut proposer à ses hôtes, au-delà des grands classiques incontournables, une série de spécialités régionales pointues qui sortent largement des stéréotypes. Ainsi, après un parfait potage aux Wan-Tan (8 €, ici garni de beaux raviolis de crevettes), ou encore après les tout simplement délicieuses roulades de bœuf parfumées aux feuilles deLalot, on peut se diriger vers le Sud avec les succulentes crêpes de riz fourrées (15 €). Ou encore, se déplaçant au Centre, découvrir les délicieuses grosses crevettes au sel et au poivre (12 €). À moins qu’en provenance du Nord, on ne craque pour les raviolis vietnamiens sur base de pâtes fraîches de riz. (10 €)

En grosse pièce, impossible de ne pas s’extasier devant la magnifique daurade entière cuite à la vapeur dans des feuilles de bananier (20 €) ou encore, devant le très goûteux canard laqué au basilic thaï (16,50 €)…

A moins bien sûr, si l’on est au moins deux, que l’on ne cède devant ces généreux et grands incontournables de l’Orchidée Blanche que sont la Fondue du Golfe du Siam (55 € pour 2 couverts), la Fondue Vietnamienne impériale (54 € pour 2 couverts) ou encore la riche table de riz conviviale (50 € pour 2 couverts…).

En résumé, une cuisine tout à fait réussie donc, servie avec une gentillesse et une grâce sans pareille et arrosée des jolis vins d’un livre de cave court mais plutôt exceptionnel dans ce style d’établissement, à l’image du très bon sancerre rouge du domaine Daulny (36 €), dégusté lors de ma dernière visite…

En savoir plus:

L’Orchidée Blanche, 436 chaussée de Boondael à 1050 Bruxelles. Tél. 02/647.56.21. www.orchidee-blanche.com Fermé le samedi midi.