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Encore faut-il savoir précisément de quel genre de petit-déjeuner on parle...

Le petit-déjeuner est le repas le plus important de la journée, manger 5 fruits et légumes par jour est bon pour la santé, prendre un laitage au goûter, c'est bon pour la croissance. Toutes ces affirmations, on les connaît par cœur depuis que l'on est petit. Celle qui place le petit déjeuner comme un apport conséquent à une bonne santé date même de... 1917 si l'on en croit un article de Libération répondant à une question dans sa rubrique Checknews. La question : " L'idée selon laquelle le petit déjeuner est le repas le plus important vient-elle d'un lobby ?"

Lorsque l'on sait que la fête des pères a été lancée en France par une marque de briquets, que la fête des Grands-Mères a tenté de percer grâce à Jacques Vabre, on peut se dire qu'effectivement, tout est possible ! Et la journaliste abonde dans ce sens, arguant dans un article fouillé que l'idée selon laquelle "le petit déjeuner est le repas le plus important de la journée" est aperçue pour la première fois en 1917 dans le magazine américain Good Health appartenant... au Dr Kellogg ! On y vante les mérites des aliments "faciles à digérer", exactement ce que vont lancer les frères Kellogg avec les célèbres Cornflakes. Et toutes les déclinaisons que l'on connaît par la suite.

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Des études sponsorisées par l'agro-industrie

Plus proche de nous, nombre d'études "ont été menées depuis cette époque qui lient la prise régulière d’un petit-déjeuner à une bonne santé, à une perte de poids ou même à de plus faibles risques de problèmes cardiaques ou de diabète", explique Libération mais presque toutes ont une méthodologie peu convaincante et surtout, elles sont quasi-intégralement financées par Kellogg's et d'autres compagnies de céréales, d'après la nutritionniste américaine Marion Nestle sur son blog Food Politics.

Depuis 100 ans, on serait donc enjoint à manger le matin pour des raisons commerciales plutôt que de santé (et de plaisir) ? Nous avons posé la question à une nutritionniste travaillant pour la clinique du poids idéal, au CHU Saint-Pierre à Bruxelles.

Quel genre de petit-déj ?

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"Il faut savoir de quoi l'on parle précisément. Effectivement, si l'on parle d'un petit-déjeuner constitué de céréales apparentées à des sucreries, venant de l'industrie agro-alimentaire, ce n'est pas du tout ce que l'on peut appeler un petit-déjeuner travaillant à la bonne santé de celui qui le mange", explique en préambule le docteur Laurence Fruytier,

En revanche, elle l'affirme sans conteste, le petit-déjeuner reste un repas important. "Il est utile pour rompre le jeûne de la nuit". Et doit se composer non d'aliments sucrés mais bien d'un apport céréalier brut, de protéines et de fruit frais. "Quand je parle de céréales, il faut comprendre des céréales entières, non industrielles donc non enrichies en sucres, pas précuites, ... Par exemple de l'avoine, du quinoa, du sarrasin", poursuit le docteur Fruytier. On peut également préférer du pain multi-céréales ou du pain au levain.

A cela, on ajoute un apport en protéines : "Je peux conseiller du lait, du yaourt, du fromage, c'est à la préférence du patient". Et des fruits. "Des fruits frais et pas un jus, même frais, pour conserver la matière et les fibres", indique la nutritionniste. Cela provoque plus facilement un pic glycémique.

Salé plutôt que sucré ?

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Et un petit-déjeuner salé plutôt que sucré, c'est bon ? "Le moins sucré possible de toutes façons", sourit-elle. On peut bien sûr manger des œufs et même un avocat ("c'est un très bon fruit pas sucré") et/ou du saumon et même tirer ses protéines du maquereau ou de la sardine, souligne la praticienne. "Il faut s'adapter au patient et ouvrir le champ des possibles pour donner de la variété et de l'envie", conclut-elle.

Et si l'on n'a pas faim le matin en se levant ? "Aucun problème à décaler jusque 11h pour manger", estime pour sa part Marion Nestle.