Food Méconnue il y a encore quelques années, la gastronomie syrienne a réussi à s'imposer et séduit.


Georges Baghdi Sar est chef cuisinier à Bruxelles. Il dirige My Tannour et C’Chicounou, deux restaurants consacrés à la cuisine syrienne, pays où il a vu le jour il y a 30 ans. En novembre dernier, il reçoit le prix Pop du guide Gault et Millau pour My Tannour, une récompense qui couronne des restaurants au concept moderne et accessible.

La succès story est belle, les débuts plus compliqués. "Quand j’ai ouvert mon restaurant il y a six ans, on m’a déconseillé d’inscrire ‘cuisine syrienne’. La Syrie, ça ne disait rien aux gens. Maintenant c’est l’inverse” admet Georges. Dans le métier depuis plus de dix ans, il a assisté à l’évolution de la cuisine syrienne. “Elle a pris de d’ampleur. Elle est devenue plus créative, plus chic. Et puis, beaucoup de Syriens sont arrivés dans le pays ces dernières années.” 

Parmi ces nouveaux arrivants, il y a Obada Otabashi. Né à Damas, la capitale syrienne, il y a 22 ans, ce jeune homme au sourire franc et communicatif vit en Belgique depuis plus de trois ans. Après son arrivée, il crée We Exist, un projet mettant à l’honneur la Syrie et son savoir-faire notamment à travers sa gastronomie. “Tout le monde aime la cuisine, sourit-il, il n’y a rien de mieux pour réunir les gens et faire connaître un pays”.

Accompagné d’une équipe (presque) 100% syrienne, Obada propose des événements autour de la cuisine syrienne. Depuis ses débuts, il le remarque, la demande est souvent la même. “Du houmous (une purée de pois chiches) , du caviar d’aubergines ou des makloubas (des mets avec des aubergines frites cette fois-ci et du riz) ”.

Une partie de l'équipe du projet We Exist, porté par le souriant Obada Otabashi.
Une partie de l'équipe du projet We Exist, porté par le souriant Obada Otabashi. © D.R.

Des aubergines, des courgettes, des épinards ou encore des légumineuses comme les lentilles ou les fèves, la cuisine syrienne est saine. Une caractéristique attrayante constate Georges Baghdi Sar. “Manger mieux, c’est tendance. Cela tombe bien, c’est ce que propose la cuisine syrienne. Pour les végétariens, il n’y a pas d’efforts à faire, pas de plats à imaginer sans viande et poisson. Les clients sont intéressés par cette spécificité”. Ajoutons à cela le pain syrien cuit dans un four traditionnel appelé... "tannour".

L'impact du conflit syrien

De plus en plus de restaurants se revendiquent comme étant syriens. Cet engouement rend fier Georges Baghdi Sar. “La guerre en Syrie a joué un rôle important dans la reconnaissance de notre gastronomie. Après le début du conflit, le peuple syrien a enfin été mis en avant. Pour certains, cela a été une découverte. Un effet de curiosité s’est créé”. Même constat pour Obada Otabashi. Lors des premiers événements de WeExist, des personnes venaient justement par curiosité. “Certaines me touchaient à peine du doigt pour voir si j’existais bien, se souvient-il , j’ai justement choisi le nom WeExist, pour montrer, que oui, on existe !”.

Pour Georges Baghdi Sar, cette tendance doit se confirmer. “Il faut toujours imaginer de nouveaux concepts. Les mezzes, les tapas syriennes, c’est bien, mais ça commence à être déjà vu. C’est à nous, restaurateurs syriens de prouver que cette tendance ne va pas s’essoufler”.


Adresses :

My Tannour, Rue de la Brasserie 98, 1050 Ixelles

We Exist, Chaussée d'Ixelles 189, 1050 Bruxelles