La perte d’un enfant en devenir est une épreuve douloureuse, souvent relativisée par l’entourage. Conseils de Mme le Polain, psychologue.

Une femme sur cinq subira une fausse couche dans sa vie. Bien que fréquente, cette expérience traumatique est loin d’être anodine. Malheureusement, elle est souvent banalisée par la société, au détriment du ressenti de celles l’ayant subie. Peu d’entre elles parlent ouvertement de leur vécu. « Chacun a sa façon personnelle de réagir aux évènements marquants de la vie et une fausse couche en fait partie. Certains individus ont alors besoin de solitude, de pouvoir vivre cet évènement en silence, dans leur intériorité. Des personnes plus extraverties préféreront partager leurs émotions avec leur entourage, d’autres encore ont besoin de ne plus y penser, de se distraire et d’investir leur énergie ailleurs », explique Anne-Chantal le Polain, psychologue et consultante à l’Espace Parentalité de l’Association Françoise Dolto.

Après cette épreuve douloureuse, de nombreuses femmes se sentent coupables, en colère et surtout impuissantes. Bien que soutenues par leurs familles et relations, elles doivent souvent composer avec des personnes bienveillantes mais maladroites. Celles-ci peuvent minimiser la fausse couche et ses conséquence, en prononçant des phrases toutes faites telles que « la nature est bien faite », « ce n’était pas un vrai bébé mais un essai », « tu réessayeras et ça marchera », etc. Énoncées dans le but de réconforter la personne, ces dernières font malheureusement souvent plus de mal que de bien.

Selon la psychologue, l’essentiel est d’être présent, attentif et réceptif. « Il faut laisser à l’autre la possibilité d’exprimer des pensées contradictoires, confuses, irrationnelles. Ne pas s’empresser de relativiser l’importance de cette fausse couche en évoquant les statistiques. Même s’il est vrai que 20% des femmes seront amenées à vivre une fausse couche, cela reste un événement exceptionnel dans une vie. Attention aussi à ne pas trop vite pousser la personne qui a subi une fausse couche à oublier cet évènement, à le reléguer dans le passé. Le temps du deuil pour la perte d’un fœtus varie de quelques mois à quelques années ! Et précipiter les choses en encourageant à redémarrer rapidement une nouvelle grossesse risque de provoquer un déplacement massif d’affects sur le nouvel enfant à naître. Cet enfant pourrait être attendu comme le consolateur de ses parents, celui qui va restaurer leur narcissisme, leur permettre de devenir enfin parent », conseille-t-elle.

Soutenues et entendues, ces femmes pourront plus facilement se remettre d’un tel traumatisme tant physiologique que psychique. Certaines souhaiteront rapidement retomber enceintes, d’autres préféreront attendre avant de se lancer dans cette magnifique aventure de la vie. L'important est de respecter son propre rythme et ses aspirations les plus profondes...