La Touraine, un concentré d’histoire

Longtemps préféré à Paris par la Cour de France, le sud de la Touraine a conservé une multitude de témoignages prestigieux : châteaux, abbayes, villes d’art, comme Loches ou Amboise.

La Touraine, un concentré d’histoire
©JEAN BERNARD

Lorsqu’on arrive en TGV, la première vision que nous avons de la Touraine n’est pas des plus avenantes, la gare de Saint-Pierre-des-Corps étant plantée dans un zoning industriel. Mais rapidement, les merveilles s’accumuleront au fil de notre séjour. On commence d’ailleurs par une balade dans le village de Chédigny, labellisé plus belle roseraie d’Europe. En 1998, le maire de l’époque, inspiré par le village de Grignan, décidait d’apporter une touche de bien-être à ses habitants en transformant ce village en un véritable jardin planté notamment de 1000 rosiers dont deux variétés ont été créées par les jardiniers locaux, le Jeanne de Chédigny et le Blanche de Chédigny, tandis qu’une 3e, la Petite coquine de Chédigny est apparue spontanément sur les trottoirs du village que diverses associations animent tout au long de l’année : festival des roses, café de village… Pour Chédigny (et ses hameaux), l’équilibre a été trouvé entre tourisme et vie locale, le côté paisible étant conservé malgré les nombreux visiteurs. Deux jardiniers (et demi) se chargent des plantations mais aussi de conseiller les habitants dans leur entretien. Le jardin du curé, dans l’enceinte du presbytère ouvert au public, rassemble les différentes plantes médicinales et culinaires, et tout à côté, ont été replantées des vignes. L’Indrois, affluent de l’Indre, qui traverse le village, le rend encore plus charmant.

Une bonne manière de découvrir le village, et même l’ensemble du département d’Indre et Loire, est le vélo, au travers de paysages vallonnés, parfois forestiers. Comme ce qui s’est fait avec le Ravel en Belgique, plusieurs anciennes voies de chemin de fer sont remembrées pour accueillir piétons et cyclistes et des bornes ressemblant aux points-nœuds y sont également aménagées. C’est ainsi qu’au fil de vos pérégrinations, vous pourrez rencontrer Mme Truk et Mr Machin, un jeune couple de designers ayant investi en 2014 la gare du Grand-Pressigny pout créer G’art, le royaume de la récup’et de l’objet unique, à la fois original et beau.

Se rendre au Grand-Pressigny, c’est aussi découvrir le château médiéval, qui abrite désormais le musée départemental de la Préhistoire. De nombreuses fouilles archéologiques menées dans la région ont mis au jour des collections étonnantes d’objets en silex. Il a pu être déterminé que ceux-ci ont été taillés sur place mais qu’ils ont fait l’objet d’exportations vers nos régions notamment.

La vie de château

Se rendre en Touraine, c’est se rendre dans le coin de France comptant le plus grand nombre de châteaux au kilomètre carré. Il est vrai que longtemps, la Cour de France était itinérante, le roi voulant éviter de se frotter au peuple parisien volontiers frondeur. Et puis, il s’agissait pour lui d’être au plus près de ses frontières afin de les défendre des Anglais dont les possessions – Aquitaine ou Poitou. Loche, installée sur un promontoire dominant l’Indre, sera donc choisie comme résidence par plusieurs rois, le premier étant Philippe Auguste, vainqueur de Richard Cœur de Lion au terme d’un siège d’un an. Des vestiges comme le formidable donjon dominant la ville ou, plus tard le château qui verra Agnès Sorel, l’amante de Charles VII, s’y réfugier longuement. Dans la cathédrale, leurs gisants sont toujours visibles. Vers 1550, la ville sera à son apogée, François Ier en faisant un bourg à l’égal de Tours ou de Chinon en importance.

De châteaux, il en est de très célèbres mais aussi de plus discrets, remis souvent en état et entretenus par des passionnés : on en citera deux, le château de Montrésor et celui de Betz-le-Château.

Le premier des deux, situé à 15 bornes de Loches, est principalement composé d’un donjon médiéval et d’un corps de logis Renaissance installé sur un petit promontoire. Étonnamment, lorsqu’on y pénètre, on pénètre dans un château à l’âme slave prononcée. Et pour cause puisque depuis 1849, Montrésor est dans la famille du comte Xavier Branicki, ancien aide de camp du Tsar Nicolas Ier mais tombé en disgrâce et exilé politique polonais, qui restaurera le château dans le style Second Empire. Cet homme généreux, l’un des créateurs du Crédit Foncier de France, tout comme ses descendants, ont veillé à ce que les Polonais en exil puissent trouver à Montrésor le refuge nécessaire et, aujourd’hui, encore, Montrésor est un petit coin de Pologne en Touraine.

Le deuxième château, celui de Betz-le-Château, tel qu’il apparaît aujourd’hui, avec sa tour médiévale parfaitement restaurée et rénovée et avec un formidable souterrain où plus d’un assaillant a dû se perdre au cours de l’histoire mouvementée de la région, est le résultat d’un coup de cœur qu’ont eu Viviane et Jean-Michel Deckers, un couple de médecins de La Calamine désireux de s’installer dans la région en 2015. Désormais, outre les visites du lieu qu’ils organisent, ils y ont aussi aménagé plusieurs chambres d’hôtes. Notre médecin liégeois est intarissable sur l’histoire commencée en 1037 de ce magnifique château. L’enthousiasme du nouveau propriétaire a convaincu les différentes autorités locales pour l’aider à rendre au lieu tout son prestige. Coup de cœur général, justement récompensé du prix de la demeure historique !

La Touraine, un concentré d’histoire
©JEAN BERNARD

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Des châteaux, des châteaux…

On en a déjà évoqué quelques-uns mais comment ne pas citer également l’incroyable château-pont de Chenonceau, à Chenonceaux, château privé appartenant depuis 1913 à la famille Menier, intimement lié à Catherine de Médicis et à Diane de Poitiers (épouse et maîtresse d’Henri II, le fils de François Ier à qui avait été cédé le château). Fleuron de la Renaissance, ce château dresse ses deux étages sur le Cher, voulu par Catherine de Médicis et lui rappelant ainsi le Ponte Vecchio de son enfance florentine. D’autres jardins historiques y sont à découvrir au cours de balades découvertes, jusqu’au 25 septembre. Du 14 au 16 août seront également organisées des nocturnes.

… et encore des châteaux

Autre château royal, Amboise est lui intimement lié à François Ier, mais aussi à ses prédécesseurs Charles VIII et Louis XII. La chapelle Saint-Hubert, datant de l’époque de Charles VIII et ayant résisté aux affres de la Révolution française, conserve les restes présumés de Léonard de Vinci, qui passa les trois dernières années de sa vie au château du Clos Lucé, à quelques centaines de mètres de là, à l’invitation de François Ier.

Mais aussi des abbayes

Et plus précisément, dans ce cas-ci, une chartreuse, celle de Liget, ancien monastère fondé au XIIe siècle par le roi d’Angleterre et comte d’Anjou Henri II. Ce vaste complexe comprend les ruines de l’église médiévale et divers bâtiments réaménagés au XVIIe siècle. Le corroirie, elle, a conservé sa configuration médiévale.

Découvertes à vélo

Paysage verdoyant, avec ses collines aux pentes douces, la Touraine est idéale pour pratiquer le tourisme à vélo. De nombreuses anciennes lignes de chemin de fer sont souvent aménagées en voies cyclables, à l’image des Ravel de chez nous. À noter une chouette adresse : l’ancienne gare du Grand-Pressigny, transformé par Mr Machin et Mme Truk en G’Art, un jeune couple d’artisans qui ne manque pas d’originalité pour vous bidouiller un meuble ou un luminaire original au départ de morceaux de récupération.

En pratique

Pour sy rendre en voiture,  comptez 560 km entre Bruxelles et Loches, par l’A10.

En train : Bruxelles – Saint-Pierre-des-Corps (Tours). Un TGV direct tôt le matin sinon correspondances à Paris ou à Roissy-Charles-de-Gaulle.

Se renseigner: loches-valdeloire.com

Le site de l’office du tourisme vous donnera une foule de renseignements et de brochures concernant notamment Chédigny, premier village jardin remarquable ; Montrésor, un des plus beaux villages de France, le sud-Touraine à vélo, un petit guide des restaurants (les bonnes adresses ne manquent pas). On s’en voudrait de ne pas donner une mention spéciale à l’hôtel Le George, à Loches pour saluer la nouvelle et jeune direction, d’une gentillesse à toute épreuve, et pour le Clos d’Amboise, sublime hôtel avec un personnel irréprochable.

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