SNAP! Festival : les travailleurs du sexe se racontent autrement et ça explose les clichés stigmatisants

C'est à partir de ce soir au Beursschouwburg et au cinéma Nova à Bruxelles : trois jours d'informations, de films, de performances, de questionnements et de partage autour d'un secteur toujours aussi tabou

E.W.
SNAP! Festival : les travailleurs du sexe se racontent autrement et ça explose les clichés stigmatisants
©Maïa Izzo Foulquier

"Notre mission première, c'est d'informer les civils car tous les canaux d'infos comme les médias, le cinéma, les réseaux sociaux dépeignent les travailleurs du sexe à travers de nombreux clichés. Avec un festival comme SNAP! On veut montrer, se réapproprier le discours mais aussi soutenir tous ceux qui travaillent dans les secteurs du sexuel", explique l'une des organisatrices, Carmina, elle-même travailleuse du sexe qui a commencé comme Cam Girl. Elle en a fait un blog et travaille désormais sur la réalisation de films pornographiques alternatifs, avec sa boîte de prod, Carré Rose Films.

Les stéréotypes, le mépris ou la victimisation des travailleurs du sexe (TDS) sont partout et sont en plus associés à une stigmatisation. "Or, les représentations ont une place prépondérante dans la construction des imaginaires sociaux". Des exemples concrets : en France, les travailleurs du sexe indépendants ont toutes les peines du monde à trouver un comptable, Carmina ne peut pas emprunter à une banque, de par son métier alors qu'elle est "bankable". En Belgique, avec la nouvelle loi sur la décriminalisation du travail du sexe votée en mars 2022, ces écueils n'en seront plus.

C’est pour cela que depuis des années le SNAP festival tourne entre la France mais aussi Bruxelles, pour la 2e fois. D’une part pour montrer la réalité politique et sociale d’un secteur hétérogène en manque de droits. Et d’autre part, pour mettre le focus sur l’art et la créativité qui en émergent. Tout au long des trois jours, il y aura des conférences et tables rondes mais aussi des lectures, des écritures, des récits autobiographiques, des performances, des concerts, des films et des photos aussi : une grande exposition est en entrée libre au Beurschouwburg du vendredi 27 mai jusqu’au 15 juin.

> Le programme du festival (Beurschouwburg et cinéma Nova) est ici : snapfest.org. La soirée du vendredi 27 est sold-out !

Des artistes, des personnes engagées qui sont des travailleurs de rue ou dans les carrées, actifs dans le BDSM, le sexcam, le porno, le peep-show, le strip-tease, les aides sexuelles aux personnes handicapées, ... "Certains vont y faire carrière. D'autres vont entrer dans ce rapport de prestations sexuelles pour joindre les deux bouts, pour continuer à étudier, pour ne pas tomber dans la précarité et même pour s'élever socialement quand on vient d'un milieu socialement et familialement défavorisé. On peut le voir aussi comme un tremplin pour s'en sortir" C'est Marianne Chargois qui parle. Elle est travailleuse du sexe, artiste et performeuse. Militante aussi, elle travaille depuis des années à faire évoluer ces représentations, au travers d'événements artistiques, féministes et politiques sur les corps et les sexualités minorisées.

SNAP! Festival : les travailleurs du sexe se racontent autrement et ça explose les clichés stigmatisants
©Frédéric OSZCZAK

L'artiste engagée reconnaît un grand pas de la Belgique étant donné le contexte politique avec la décriminalisation du travail du sexe. "La Belgique est le premier pays européen à faire la différence entre gestion du travail du sexe et proxénétisme notamment et à ne plus criminaliser les tiers, ce qui permet aux TDS indépendants d'avoir les mêmes droits que les autres indépendants". Mais l'abolitionnisme est aussi très présent : c'est "le fait d'organisations et de personnes qui se disent féministes ou d'associations religieuses extrémistes et pour qui tous les travailleuses et travailleurs du sexe sont violentés et qu'il faut sauver de l'asservissement et du masculin. L'imaginaire social est presque par défaut abolitionniste parce qu'il est nourri de narrations qui tirent le fil de l'appétence pour le sordide, elles prennent le dessus sur tout !"

Le SNAP!, ce sera donc l'occasion de découvrir la diversité des profils des TDS à travers d'autres prismes que les faits divers. Mais aussi une façon de voir le travail d'artistes créatifs, aux univers forts émergeant des subcultures "sex work". Comme le disait Marianne Chargois à Manifesto XXI : "Quand les concernées s'auto-représentent, on arrive à des images et discours beaucoup plus complexes. On est dans l'auto-représentation comme auto-défense face aux clichés vecteurs et créateurs des violences, discriminations, stigmatisations que l'on peut subir."

Un festival comme celui-ci est donc important pour rendre visibles ces femmes et ces hommes qui ont un travail sexuel et artistique (et qui peuvent se permettre d'être artiste grâce à cet autre travail, à temps plein ou pas).

Mais il permet aussi de contribuer à déstigmatiser tous les profils TDS et de militer pour que la dignité et les droits de toutes et tous soient reconnus, "celles et ceux qui sont plus précarisés et moins informés", insiste Carmina.

Et tout ça, Carmina et Marianne le promettent, dans la bonne humeur, le partage, l'accueil d'un public le plus large possible (et des personnes du secteur isolées), dans l'humour et la bienveillance aussi, tiennent à rappeler les deux organisatrices : "On est des personnes comme vous ! Nous sommes vos frères, vos mères, vos amantes, vos profs !", sourit Marianne, "C'est une invitation joyeuse, complexe et militante aussi. Il y aura de la créativité, de la puissance et de la nuance".

Au programme des poèmes de Sonia Vestappen, les récits autobiographiques de maîtresse Diane ou encore de Kay Garnellen, un travailleur du sexe trans. “Pute et Peintre”, rendra hommage entre autres artistes étonnant.es à la célèbre “putain révolutionnaire”, Grisélidis Réal. Une programmation à la Cinematek suivra.

> Tout sur http://www.snapfest.org/

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