Flaine : Musée blanc et piège à neige

Face au mont Blanc, la station, bijou d’architecture Bauhaus, bénéficie d’un enneigement avantageux.

Arnaud Goenen
Flaine : Musée blanc et piège à neige

À Flaine, on aime conter des histoires. À commencer par celle de son nom que la station devrait à un géant. Exténué de franchir monts et vallées, le colosse serait venu se reposer dans ces montagnes de Haute-Savoie, nichant sa tête au creux de ce vallon que les anciennes cartes dénomment Flainoz, "oreiller" en patois savoyard…

Mais l’histoire dont la station s’enorgueillit est celle de sa naissance. Au cours d’une randonnée entre amis, à la fin des années 50, le Suisse Gérard Chervaz découvre un cirque naturel sur le plus grand plateau calcaire d’Europe. Il convainc alors ses amis Eric et Sylvie Boissonnas, grands mécènes du XXe siècle et richissimes investisseurs, de faire pousser une station au milieu de ces pâturages d’alpage. Ça tombe bien : la France des Trente Glorieuses voit se développer la société des loisirs et, dans le cadre de ses" plans neige" (1964-1977), cherche des promoteurs privés pour construire en haute montagne (1 800 mètres) de nouvelles stations fonctionnelles" au service du ski".

Notre couple qui avait d’abord fait appel aux architectes français de Courchevel renonce aux chalets en bois initialement dessinés. Férus de design architectural alors en plein essor à New York où ils séjournent au milieu des gratte-ciel, les Boissonnas souhaitent une architecture de rupture, qui rencontre les besoins de la consommation de masse. Ils donnent carte blanche à l’architecte hongrois Marcel Breuer, un des pères du modernisme et figure du courant Bauhaus, très en vogue à l’époque. On lui doit notamment la Maison de l’Unesco à Paris et, plus tard, le Whitney Museum of American Art à New York. Sa mission : imaginer "un prototype d’urbanisme, d’architecture et de design pour lequel la rentabilité immédiate serait subordonnée aux choix esthétiques et au respect de l’environnement". La station doit épouser la montagne, elle ne peut s’en détacher.

Breuer imagine alors des bâtiments rectilignes en béton brut dont le ton gris-jaune se confond avec la pierre calcaire de la falaise qui lui sert d’écrin. L’ensemble autorise un maximum de vie sur un minimum d’empreinte au sol. Inédite, cette aventure urbanistique nécessite par contre de créer une usine de béton dans la vallée, à Magland, d’en acheminer les matériaux par téléphérique jusqu’au col de Pierre Carrée, à 1 900 mètres d’altitude, puis de redescendre le tout dans la station par camion. Rien que ça.

Mais le résultat est là : trois bâtiments figurent désormais sur la liste des monuments historiques de France. L’immeuble Bételgeuse, avec ses façades taillées en "pointe de diamant" sur lesquelles la lumière du soleil vient finir sa course, se réfractant dans un jeu d’ombres et de reflets. L’hôtel Le Flaine, qui défie la gravité : la proue de ce paquebot s’aventure en porte-à-faux en surplomb d’un précipice. Vertigineux, même d’en bas ! Et la chapelle œcuménique, où l’art se fait divin.

Pour émailler le tout, Sylvie Boissonnas a convié les designers les plus en vue des sixties pour faire de cette station un musée à ciel ouvert : sur le chemin des pistes, le skieur peut admirer une dizaine d’œuvres d’art monumentales dont "Le Boqueteau des 7 arbres" de Dubuffet, "Tête de femme" de Picasso ou encore "Trois hexagones" de Vasarely.

D’art, il est aussi presque question s’agissant du tracé des pistes, imaginé par Emile Allais, l’inventeur de la méthode de ski française, skis parallèles, rivale de la méthode autrichienne de Hannes Schneider, basée sur le chasse-neige, jusqu’alors la seule. Le pionnier français a calqué les quelque 140 kilomètres qu’offre le domaine alpin sur les reliefs naturels de la montagne.

Flaine : Musée blanc et piège à neige

Le novice pourra emprunter les 4 remontées mécaniques gratuites puis opter pour la carte à points de 22,5 € : elle donne accès à 7 remontées mécaniques desservant des pistes bleues.

Le débutant préférera rejoindre le sommet du domaine, à 2 500 mètres : au sortir de la télécabine des Grandes Platières, il admirera, au bout de ses spatules, la vue panoramique sur les massifs du mont Blanc, des Aravis, de Belledonne et du Jura. Avant d’emprunter la plus emblématique des 26 bleues : l’immanquable piste des Cascades, en référence aux nombreuses chutes d’eau (gelées en hiver) qui jalonnent ses 14 kilomètres de descente non-stop, au cœur de la réserve naturelle de Sixt-Fer-à Cheval, loin de la musique des remontées mécaniques et des canons à neige. Assurément dépaysant. Certains racontent même qu’elle est la bleue la plus longue et la plus sauvage des Alpes françaises.

Le confirmé se lassera en tout cas de son interminable paisibilité et préférera, pour 33€, accompagner l’ESF pour une descente aux flambeaux à la nuit tombée.

Quant à l’intrépide, il partira à la recherche de la discrète, non damée mais balisée, combe des Gers, avec ses 800 mètres de dénivelé et ses orientations nord idéales pour la poudreuse.

Enfin, l’insatiable reliera une des quatre autres stations du Grand Massif : Morillon l’authentique, Les Carroz la familiale, Samoëns la naturelle et Sixt-Fer-à-Cheval la confidentielle. Au total, le cinquième plus grand domaine skiable relié "ski aux pieds" de France propose 139 pistes cumulant 265 kilomètres de glisse chevronnée en forêt ou rassurante sur de larges boulevards.

Grâce à sa situation géographique assez unique au cœur d’un cirque naturel et à son altitude entre 1 600 et 2 500 mètres, Flaine bénéficie d’un bon enneigement, permettant une ouverture de mi-décembre à mi-avril. Histoire de contenter tout le monde.

L’hôtel Le Flaine défie la gravité : la proue de ce paquebot s’aventure en porte-à-faux en surplomb d’un précipice.
L’hôtel Le Flaine défie la gravité : la proue de ce paquebot s’aventure en porte-à-faux en surplomb d’un précipice. ©OT Flaine

5 bonnes raisons de… ne pas skier à Flaine

Faites le Fangio sur la glace

Accélérez, freinez, braquez, contre-braquez, dérapez, montez en épingle. Le tout, sur de la glace ! Flaine abrite le plus grand circuit de glace français (1000 à 1700 mètres) qui permet de découvrir, rapidement ou tranquillement, ses aptitudes, ses limites (surtout…) toute en s’amusant. Au final, même si vous commettrez beaucoup de fautes, vous serez par la suite plus à l’aise sur les routes enneigées.

Prix : baptême à partir de 60 € en Clio RS et de 70 € en Subaru. Infos : circuitglace.com

Skiez assis, sur un Snooc

De prime abord, le Snooc n’inspire pas confiance. Mais dès qu’on a compris qu’on stabilise l’engin avec les pieds et qu’on le dirige en tournant les épaules, on arrête vite de manger de la poudreuse. Léger et accessible dès 9 ans, cette "luge monopatin" permet de skier tout en étant assis au ras du sol, ce qui en fait une activité ludique et facile pour les non skieurs. Néanmoins, un pilotage précis et intuitif n’est pas interdit. Elle est autorisée sur les pistes de ski ! Après une rapide initiation, vous pourrez accéder aux remontées mécaniques et serpenter sur certaines bleues, au milieu des skieurs (ce qui n’est, au début, pas toujours rassurant…). Après un peu de pratique, vous pourrez vous aventurer sur des portions rouges, jusqu’à 30 cm de poudreuse.

Prix : 10 € pour 2 heures, sur le front de neige.

Conduisez une motoneige silencieuse

Équipé de chenillettes à l’arrière et d’un patin à l’avant pour la maniabilité, le Moonbike est une alternative 100 % électrique à la motoneige. Il permet d’explorer la nature dans un relatif silence. Après 10 à 15 minutes de prise en main (bien nécessaires…), vous disposerez de 30 minutes pour vous promener dans les forêts enneigées pour une pause en toute quiétude ou dévaler les pentes en quête de nouvelles sensations de glisse.

Prix : 70 € pour une session de 45 minutes. Infos : Blackside +33 (0) 4 50 90 83 06

Faites du yoga face aux Aravis

Les adeptes du yoga peuvent emprunter le parcours de 3 kilomètres qui leur est dédié. Facile, il propose 10 postures à réaliser seul(e) ou entre ami(e)s, en pleine nature. Situé au col de Pierre Carrée, le parcours est accessible par navettes gratuites ou à pied depuis le centre de la station pour les plus énergiques… Les plus assidus pourront terminer ce moment de bien-être par une méditation face à la chaîne des Aravis. Définitivement inspirant.

Randonnez en raquettes

Équipé de bonnes chaussures de randonnée, d’après-ski ou de raquettes, le promeneur peut quant à lui s’immerger en pleine nature grâce aux 6,5 km de sentiers entretenus et balisés du col de Pierre Carrée. Et pour celui qui préfère attendre la fin de journée pour combiner la randonnée sous les étoiles avec la découverte d’un alpage, d’un coucher de soleil ou d’un repas savoyard, l’ESF de Flaine, l’ESI Grand Massif et Flaine Mountain proposent des sorties encadrées à partir de 30€ ; et à partir de 55 € avec repas.

S’y rendre

En TGV :

A 30 minutes de la gare de Cluses. Puis ligne régulière de bus.

En voiture :

A 770 km de Bruxelles. À 30 minutes depuis l’A40 (sortie 19).

En avion :

vol quotidien Bruxelles- Genève. Puis une heure de route, en navette ou en voiture de location.

y loger

RockyPop Flaine :Pop, insolite et ludique, l’hôtel abrite un lobby bar XXL, une riche bibliothèque, une cheminée classée, un billard, deux salles de karaoké, des bornes Arcade, un spa Nuxe avec piscine, une épicerie, un ski shop et trois restaurants (savoyard, italien et japonais). Àpd 140 € la chambre double.

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