Le chapeau qui a failli être taxé

Le haut-de-forme à la fin du XIXe siècle en France était jugé "antidémocratique "par certains.

Guy Debisschop
Le chapeau qui a failli être taxé
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Londres, 15 janvier 1797. Mercier de son état, John Hetherington vient de créer un chapeau pour homme avec une calotte très haute en soie et des petits bords. Il le trouve original et décide de se balader dans la ville. Mieux même, il souhaite montrer son couvre-chef au maire de Londres… Surpris, les passants se massent rapidement autour de lui, provoquant un attroupement qui attire l’attention d’un policier présent dans le quartier. Pour avoir perturbé l’ordre public, le mercier-créateur reçoit une amende.

On estime que Hetherington est donc l’inventeur du haut-de-forme même si, au XVe siècle, les bourgeois hollandais et flamands portaient déjà un chapeau ressemblant avec, malgré tout, des bords nettement plus larges. Ajoutons que le premier brevet du haut-de-forme fut déposé nettement plus tard (1834) en France par le chapelier Antoine Gibus.

L’incident de Londres lança la mode. Très vite, plusieurs hommes se firent confectionner des chapeaux identiques. Et le succès fut foudroyant. Au début du XIXe siècle, principalement en Grande-Bretagne, le haut-de-forme s’imposa dans la mode masculine comme un véritable symbole de la condition sociale du bourgeois. Il faisait également partie de la tenue type du dandy. Certaines professions s’en emparèrent, les policiers et les facteurs anglais notamment. Bref, le chapeau haut de forme était au sommet de sa forme…

Pendant tout le XIXe siècle, le haut-de-forme est une référence de distinction mais, à la fin du siècle, il subit une série d’attaques qui auront raison de lui. En France notamment où il fut considéré par certains comme "antidémocratique". Un député proposa même à la Chambre de lui imposer une taxe de 2,90 francs… Proposition repoussée, mais le mal était fait. Des attaques en règle fusèrent de toutes parts : les artistes qui n’aimaient pas son aspect esthétique, les classes sociales les plus pauvres qui estimaient que les propriétaires du haut-de-forme les méprisaient en le portant fièrement. Même un médecin affirma qu’il était néfaste au cerveau et qu’il pouvait provoquer des névralgies…

Moribond peu avant la Première Guerre mondiale, le chapeau haut-de-forme disparut pratiquement peu après les derniers coups de canon de 1918.

Aujourd’hui, le haut-de-forme est un chapeau cérémonial porté notamment à l’occasion de certains mariages, dans la haute société, par exemple. Ainsi que lors de certaines courses hippiques à Ascot (Angleterre) où il est même imposé aux hommes. Des personnalités célèbres lui ont fait la part belle dans leur garde-robe. On pense à Abraham Lincoln, Arsène Lupin, Giuseppe Volpi (puissant homme politique italien), sans oublier le président John F. Kennedy et François Mitterrand dans les années 1950.

Chez les femmes, Marlène Dietrich n’hésita pas le mettre en évidence dans ses spectacles. Tout comme les danseuses du mythique cabaret parisien, le Crazy Horse.

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