La lutte contre le Covid-19, ce sont des milliards investis dans la recherche et des mesures très contraignantes pour la vie quotidienne. Mais elle passe aussi par un geste tout simple, et gratuit : ouvrir ses fenêtres.

Aérer les pièces fermées réduit le risque de transmission du coronavirus (et de la grippe) via les très fines gouttelettes expirées par une personne infectée, soulignent la plupart des spécialistes. Ces nuages de particules virales, appelés aérosols, sont suspectés de pouvoir flotter en suspension pendant de longues durées, jusqu'à plusieurs heures. D'où l'importance de renouveler l'air intérieur et de créer des courants d'air.

"On connaît tous très bien un autre aérosol, la fumée de cigarette. Lorsque vous avez un fumeur dans une pièce, que faites-vous? Vous ouvrez la fenêtre pour faire partir le nuage de fumée! Avec le nuage invisible d'aérosols de coronavirus, il convient de faire la même chose", explique l'épidémiologiste Antoine Flahault. "Evitez les espaces intérieurs très peuplés et assurez-vous que les espaces intérieurs sont correctement ventilés en y apportant autant d'air extérieur que possible", conseillent pour leur part les Centres américains de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), qui ont actualisé leurs recommandations lundi.

"L'une des mesures les moins chères et les plus efficaces"

Les CDC ont officiellement ajouté les aérosols à la liste des modes de propagation possibles du coronavirus, même si le principal reste selon eux les gouttelettes respiratoires type postillons projetées à proximité par une personne infectée. L'instance américaine s'est ainsi rangée à l'avis de nombreux scientifiques, qui plaident depuis des mois pour une meilleure prise en compte du risque des aérosols, négligé au début de la pandémie.

Contrairement à d'autres pays, la recommandation d'aérer souvent les pièces figure depuis plusieurs mois dans tous les messages du gouvernement allemand pour endiguer la pandémie de Covid-19. "Les gens sourient souvent à propos de l'aération, mais cela pourrait être l'une des mesures les moins chères et les plus efficaces pour arrêter la propagation de la pandémie", avait expliqué la chancelière Angela Merkel fin septembre, à l'issue d'une réunion virtuelle avec les ministres-présidents de région.

Covid ou pas, les Allemands sont habitués depuis longtemps à aérer leurs pièces, au travail ou à la maison, ce qui peut être bénéfique contre d'autres virus, comme celui de la grippe. Les médecins conseillent d'ailleurs de garder les fenêtres ouvertes, même en hiver. "Dans ce cas, on ne porte pas un T-shirt quand on est assis, mais un pull", selon le docteur Bernhard Junge-Hülsing.

Un conseil à garder en tête alors que le froid commence à gagner l'hémisphère nord et qu'on est donc moins enclin à aérer qu'en été...

Cumuler les mesures

Mais à quelle fréquence faut-il aérer si on ne peut pas laisser ouvert en permanence? "On recommande le renouvellement complet de l'air d'une pièce au moins six fois par heure. C'est très exigeant", répond le Pr Flahault, directeur de l'Institut de santé globale à l'université de Genève. Dans certains lieux spécialement équipés, ce renouvellement de l'air peut être assuré par des appareils de ventilation mécanique, dont les filtres doivent être bien entretenus.

"Six fois par heure, c'est ce que l'on retrouve dans les TGV ou les avions, où l'air est très sûr en termes de qualité microbienne. Dans la plupart des espaces clos habituels, on n'arrive pas à ce niveau de ventilation. Donc le mieux est d'aérer le plus souvent les pièces fermées", juge le Pr Flahault.

Pour autant, et comme c'est le cas des autres mesures, la ventilation seule ne suffit pas. Pour le Pr Flahault, il faut "cumuler les mesures de protection : minimiser le nombre de personnes dans la pièce, ne pas y rester trop longtemps, maintenir une distance physique, porter un masque en permanence, se laver les mains régulièrement et éviter de trop parler, chanter ou crier", pour projeter le moins possible de particules virales si on est infecté.