Les primevères combattent la tristesse hivernale et annoncent l’arrivée des beaux jours. Leurs fleurs énormes et colorées à la suite de nombreuses hybridations ne laissent personne indifférent. Typiques des jardins de campagne traditionnels, on aime ou on n’aime pas leur charme suranné. Les esprits grincheux leur reprochent d’être peu rustiques et difficiles à conserver d’une année à l’autre. Ils n’apprécient pas leurs coloris qui dégénèrent avec l’âge. Mais même si le raffinement n’est pas sa qualité première, il faut bien reconnaître que cette tribu bigarrée, continuellement améliorée par des spécialistes, égaie depuis des générations les jardins et terrasses en toute simplicité. Cela dit, il y en a bien d’autres.

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De la grande famille des Primulacées, environ 500 espèces de primevères vivent principalement dans l’hémisphère nord tempéré. Plantes vivaces reconnaissables à leurs feuilles en rosettes basales, leurs fleurs solitaires ou en ombelles, elles font débuter le premier printemps, prima vera en italien. Certaines sont indigènes.

Primula vulgaris ou acaulis, ultra-compacte. Dès le mois de mars, elle éclaire et embaume les sous-bois, talus, fossés et lieux humides avec ses petites fleurs solitaires jaune clair, maculées d’orange au centre. Au ras des pâquerettes, poilues, émergeant d’une rosette de feuilles gaufrées caractéristiques de cette espèce, elles apparaissent au-dessus d’une minitige centrale de 1 ou 2 cm de haut, ce qui lui vaut l’adjectif botanique d’acaule, sans tige apparente. Cultivée dans les jardins dans les versions blanches ou roses, Primula vulgaris se mélange à d’autres et se naturalise.

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Primula veris ou officinalis, surnommée le coucou des prés, fleurit quand l’oiseau éponyme lance son premier appel. Dans les fossés, les prairies et les sous-bois, on la reconnaît en avril à ses ombelles penchées d’un côté et sa robe jaune vif avec au centre des lignes orange. Poilue et parfumée, elle n’est pas vraiment spectaculaire mais robuste, solide et prolifique, elle colonise efficacement les coins sauvages. S’hybridant naturellement, elle est souvent utilisée par les pépiniéristes dans leurs travaux de croisement.

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Primula elatior, la primevère élevée est plutôt élégante en avril avec ses bouquets de fleurs jaune pâle, sans odeur, réunies en ombelles au bout d’un long pédoncule. Toutes penchées du même côté, mellifères, elles attirent papillons et abeilles pendant presqu’un mois. Souvent confondue avec Primula veris, on la repère dans les lieux humides voire marécageux, au bord des ruisseaux dans une terre généralement assez lourde. S’hybridant facilement avec les autres notamment avec P. vulgaris, elles font le bonheur des amateurs.

En cuisine

Avec les feuilles séchées de P. veris, un zeste de citron et une cuillère de miel, on peut concocter une infusion au goût délicat qui aurait paraît-il des vertus calmantes et sédatives. François Couplan, fin cuisinier réputé des plantes sauvages, ajoute ses petites fleurs jaunes pour parfumer les desserts, réaliser une mousse ou décorer les plats. Quant aux jeunes feuilles, il les ajoute dans la soupe ou la salade pour leur saveur d’anis. www.couplan.com

Nombreux croisements

Dès le XIXe siècle, beaucoup de passionnés se mettent à hybrider les espèces P. veris, vulgaris et elatior. Florence Bellis et sa pépinière Barnhaven dans l’Oregon sont devenues incontournables. Dès 1936, elle commence un véritable programme d’hybridation en effectuant des croisements manuels. Elle sélectionne des primevères plus robustes et florifères qui feront le tour du monde. Notamment les variétés “anciennes à tête double” comme des boutons de rose. Aujourd’hui basée en Bretagne, la pépinière Barnhaven continue toujours ce patient travail de sélection. www.barnhaven.com

Soins

Pour éviter la disparition précoce des primevères de jardin, il est nécessaire de diviser les touffes tous les 3 ans avant qu’elles ne s’épuisent. Quand ? Dès qu’elles se déchaussent et sont accompagnées tout autour de rosettes miniatures. Au printemps, après la floraison, il suffit de séparer les rosettes et les planter plus loin à mi-ombre dans une terre fraîche, humifère et drainée.

Oreille d’ours. Primula auricula, dite oreille d’ours, originaire de l’est de la France et du sud de l’Allemagne joue dans une autre cour. Sophistiquée, elle est une véritable bête de concours. Elle exhibe des feuilles charnues poudrées de blanc et des ombelles de fleurs de velours à l’origine jaunes au cœur blanc. Dès le XVIe siècle, elle a ses heures de gloire en Belgique dans la région de Liège et fait l’objet de collections mises religieusement en scène dans des pots protégés de la pluie à l’intérieur de petits théâtres mobiles. C’est sans doute pour ces primevères bicolores poudrées aux teintes contrastées qu’outre-Manche sont nés les premiers Flower shows.

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D’autres asiatiques. Originaires de Chine, les primevères des fleuristes qui en hiver égaient nos intérieurs, ne sont pas rustiques chez nous. En revanche, d’autres appelées candélabres le sont. Plus tardives, ces délicates chinoises ou japonaises fleurissent dans les lieux humides et acides dès avril, mai jusqu’au cœur de l’été. Avec leur floraison pastel acidulé, à étages, elles forment d’élégantes couronnes. Mais cela, c’est une autre histoire.

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