Magazine Il est difficile de comprendre qu'au sein d'un couple, même aimant une femme puisse être violée. Pourtant les chiffres (énormes) sont là et une jeune cinéaste a voulu dénoncer ce crime en le montrant.


La violence est partout, elle s'infiltre même au sein des couples, là même où elle est banalisée, moins dénoncée et parfois même non identifiée en tant que telle. Selon des chiffres du Conseil de l’Europe, la proportion de femmes ayant subi des violences entre partenaires (en ce compris le harcèlement) atteindrait les 45%. Selon les chiffres de l’enquête de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE publiée en 2014, 6% des femmes ont subi des violences physiques et/ou sexuelles de la part de leur partenaire ou ex-partenaire.

"Tu m'aimes plus c'est ça ?"

En apprenant que ce genre de crime représente 30% des cas de viols en France (peu ou prou comme dans tous les pays d'Europe),une jeune française scénariste, Chloé Fontaine, a décidé de s'attaquer à ce crime "banal" au travers d'un court métrage appelé "Je suis ordinaire".

"Ce thème fait partie d’un des nombreux thèmes que je souhaitais aborder depuis longtemps. J’attendais dans l’espoir que quelqu’un de plus talentueux que moi en parle, au travers d’une réalisation qu’elle soit cinématographique ou autre. Mais j’ai attendu, attendu, elle n’est jamais venue. Alors plutôt que de crier « zai zai zai zai », j’ai décidé de me retrousser les manches", a-t-elle expliqué.

Dans cette vidéo de 2 minutes un jeune couple paressant au lit se demande quel film regarder. L'homme propose celui de Gaspard Noé qui, avec sa scène de viol filmé dans le détail" a créé une polémique importante il y a deux ans. "Il me donne envie de vomir", commente la fille. Les deux s'embrassent mais la tendresse va vite virer à une sorte d'affrontement dont l'homme n'est pas conscient :lui montre clairement qu'il a envie de faire l'amour. La fille lui dit non à deux reprises de manière claire. On passe par la case chantage : "Tu m'aimes plus c'est ça ?" Elle veut le rassurer mais il n'écoute plus et la force alors que la jeune file, le regard dans le vide se laisse faire

La conclusion est d'une ironie cruelle. Sans se rendre compte de rien, après avoir "tiré son coup", l'homme reprend la conversation "Bon alors Irréversible?", fait-il en parlant du film. Effectivement, la violence invisible à ses yeux a marqué à jamais sa compagne qui se sent souillée.

"Moins on parle d’un problème, plus on se sent seul à en être victime"

© Extrait "je suis ordinaire"

Dans le texte d'introduction, Chloé Fontaine parle de ce tabou : "​J’ai l’impression que les femmes qui sont le plus touchées par le scénario sont reconnaissantes qu’enfin « on en parle ». Qu’on les déculpabilise aussi. Car je dis clairement que ce que je dépeins ici est un viol. Et surtout, elles se sentent moins seules. Moins on parle d’un problème, plus on se sent seul à en être victime. Et alors on doute de son statut de victime, car on ne sait même pas si c’est une agression. On n'a pas de comparatif. Un viol nous est toujours montré, dans les films, les campagnes de sensibilisation, les peintures, les livres, accompagné de violences physiques."

"Et je voudrais également que les hommes se rendent compte que parfois, sans le vouloir, ils brusquent la femme qu’ils aiment. Ils la forcent et souvent malgré eux ! Parce qu’ils n’écoutent pas. Ecoutez votre corps mais aussi celui de votre partenaire. Respectez vos désirs mutuels et je pense que cela peut influer très fortement sur l’épanouissement de chacun."