Quand l’hiver s’étire et que les premières floraisons printanières débutent à peine, quelques branches et feuillages dénichés au fond du jardin suffisent à réaliser des bouquets qui font patienter les plus impatients. Prélude des joies à venir. Dire qu’il n’y a rien à cueillir à la mauvaise saison n’est pas tout à fait exact.

Dans un jardin pas trop récent ni trop nettoyé, il y a toujours à portée de main quelques branchages ou feuillages dont il est possible de tirer parti. Tel ce vieil aucuba, souvent méprisé. Ses larges feuilles vert pâle conviennent parfaitement comme fond à un bouquet composé avec des rameaux plus graphiques. Plusieurs arbustes à feuillage panaché sont parfaits dans cet usage. Le troène est une excellente recrue, ainsi Ligustrum ibota ‘Musli’, Ligustrum ovalifolium ‘Argentum’.

Dans une coupe, quelques hellébores soutenus par des branches de laurier-tin et de larges feuilles de bergénia forment à elles seules, un joli décor. Sans oublier, celles de l’Arum italicum bien présentes à cette saison. Pour qui se prend au jeu, il est rare de rentrer bredouille d’une expédition au cœur du jardin. De surcroît, c’est l’époque de certaines tailles. En principe, pas sur les arbustes à floraison printanière. Mais voilà, une petite exception ne fait pas de tort à la règle.

Le printemps à l’intérieur

Les arbres et arbustes qui fleurissent au printemps ont déjà leurs boutons à fleurs formés dès la fin de l’automne. Ils attendent patiemment le signal du départ. Ce sont les gelées qui le donnent. Ils commencent alors à gonfler, généralement quand février se termine.

Le forçage des rameaux est la pratique qui consiste à forcer un végétal à épanouir ses boutons floraux ou ses bourgeons à feuilles alors qu’ils sont encore au repos au jardin. Il est important qu’ils aient subi les froids hivernaux avant d’être coupés pour ce faire. C’est un peu la même idée que les bulbes de jacinthe que l’on met dans le bac du réfrigérateur pour les faire fleurir à Noël.

La technique est simple et convient aux arbres et arbustes qui fleurissent tôt au printemps. C’est avec eux qu’on obtient les meilleurs résultats. Saules, forsythias, cerisiers décoratifs, spirées printanières, azalées caduques, magnolias etc. Les boutons à fleurs se distinguent des boutons à feuilles par leur taille plus développée.

Plus vous prélevez à une date proche de la floraison naturelle, plus elle se produira rapidement à l’intérieur.

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En pratique.

Enlever une ou deux branches ne met pas la floraison printanière en péril. C’est une sorte de taille douce.

Les rameaux sont rentrés dans une pièce pas trop chaude, mis dans un vase loin des radiateurs qui font dessécher les boutons floraux. Les chatons de saule et de noisetier craignent moins la chaleur que les boutons de Prunus. Fendre au sécateur les branches dans la longueur ou en marteler l’extrémité est une façon de leur permettre de mieux absorber l’eau. Ne rien faire du tout fonctionne aussi. Si vous avez fait sécher quelques inflorescences de monnaie-Du-Pape, Lunaria annua, libérez-en les graines des silicules, ces capsules sont faites de deux carpelles qui se détachent facilement. Reste la partie la plus translucide. Elles complètent les bouquets improvisés.

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Bouquet de fin d’hiver

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Pour un résultat évolutif et surprenant, mélangez plusieurs types de branches. Composez votre bouquet avec des chatons (saule, aulne, noisetier), des feuillages persistants et des tiges de cerisiers décoratifs ou autres. Cette année, le froid a fait brunir les chatons des noisetiers mais ce n’est pas toujours le cas. Pensez aussi à ceux rosés des noisetiers pourpres. Ceux des saules peuvent avoir des aspects assez variés. Un des plus spectaculaires est le Salix chaenomeloides ‘Mount Aso’, une ravissante obtention japonaise aujourd’hui également disponible sur tige.
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Racines

Quelques branches mises en vase sont capables, dans ces conditions, de produire des racines. C’est le cas des saules mais aussi des Cornus à branches colorées. Une amusante expérience à tenter. À rempoter ensuite sans oublier d’arroser.

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Lors des séances de taille, il est aussi possible de repiquer directement les branches en terre en février ou mars avec un bon taux de reprise s’il ne fait pas trop sec. C’est le principe des cabanes en saule vivant.

Que planter ?

Les rameaux de Prunus ont une floraison exceptionnelle à l’intérieur comme à l’extérieur. Dans les deux cas, ils sont souvent éphémères. Le Prunus incisa ‘Kojo-no-Mai’y ajoute le graphisme de ses branches tortueuses. Des saules sont aussi intéressants pour le caractère de leur branchage, Salix udensis ‘Sekka’et Salix tortuosa ‘Orange’. Le saule marsault avec ses rameaux droits et ses chatons argentés est le plus fréquemment employé. Les noisetiers Corylus tortuosa ‘Contorta’et ‘Red Majestic’ont, eux aussi, des rameaux sinueux.

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Le cognassier du Japon se prête sans difficulté à cette utilisation. Le forsythia est le premier auquel on pense. C’est en effet un arbuste sans histoire tout comme le groseillier sauvage. Il existe pour chacun d’eux plusieurs variétés disponibles dans le commerce.

L’expérience est amusante à tenter. Ce sont les floraisons du jeune printemps qui donnent les résultats les plus réussis.