Une jeune femme raconte comment elle a un jour sombré dans l'anorexie et l'hypersexualité par la même occasion. Une véritable descente en enfer, avant, heureusement, de se réveiller.

Bouleversantes ! Les confidences de Sarah Koskievic sur le site Vice font froid dans le dos. Presque dix ans plus tard, la jeune femme revient sur cette période noire qui l'a frappée de plein fouet. Guérie ? Elle ne peut encore répondre à cette question. Elle a en tout cas repris du poids. Sa vie est aujourd'hui équilibrée. Elle est amoureuse d'un homme génial et est épanouie au travail. "Surtout, je suis en vie. Et c'est bien mieux que la plupart des filles qui ont un jour souffert d'anorexie", constate-t-elle.

Sarah se rappelle très bien du jour où elle a sombré dans l'anorexie. "Je me rappelle précisément du regard méprisant de ce mec, dont j'étais follement amoureuse et qui me trouvait bien trop grosse pour entrer dans ses soi-disant standards de baise. Je me souviens avoir pensé: OK, si ça ne tient qu'à ça... Et j'ai sombré."

La jeune femme revient sur les reportages à propos des troubles alimentaires. Pour elle, rien à voir avec des maladies incontrôlables comme ils y sont décrits. "Détrompez-vous. Les anorexiques sont les malades les plus futées du monde. On sait parfaitement comment manger, juste assez pour survivre. Je ne sais pas où j'avais lu qu'on pouvait tenir avec 300 calories par jour. L'équivalent de trois pommes."

Les fameux coupe-faim... et la vodka !

Pour s'aider à maigrir, Sarah commandait aux États-Unis, via internet, des coupe-faim remplis d'amphétamines, car à l'époque, la FDA (la Food and Drug Administration, l'Agence américaine des produits alimentaires et médicamenteux) n'avait pas encore interdit l'éphédrine. "J'ai toujours été lucide sur les TCA, et c'est probablement ce qui m'a sauvé la vie. Je n'ai jamais voulu mourir mais Dieu sait que je faisais tout pour", explique-t-elle. Un jour, lors d'un shopping, elle a voulait attraper un cintre. Ses deux bras ne bougeaient plus. Une amie l'a récupérée à moitié paralysée. Sarah avait pris de la phentermine, un médicament qui réduit l'appétit de manière drastique.

Le soir, elle buvait de la vodka pure (les jus étant remplis de sucre), persuadée que l'alcool contenait les oligo-éléments et les minéraux dont elle avait besoin. "L'anorexie mentale est aussi fulgurante qu'un cancer. J'ai perdu 12 kilos le premier mois. Évidemment, ça ne suffisait pas. Ça ne suffit jamais. Jamais assez mince, jamais assez bonne, jamais digne d'être aimée."

Une surconsommation de sexe

Sarah explique combien la sexualité d'une anorexique peut s'inscrire dans une certaine dualité : soit, la personne rejette son corps et le sexe, soit, elle le surconsomme. "J'appartenais à la seconde catégorie. J'ai attendu d'avoir le corps que je voulais pour coucher avec mon premier mec (...) Je ne comprenais pas ce soudain attrait. Pourquoi tout le monde voulait. Dans ma tête, j'étais toujours la même. Dans mon miroir, j'étais toujours la petite grosse avec des kilos en trop", raconte-t-elle.

La jeune femme prend alors conscience du pouvoir de séduction sur les hommes. Elle poursuit dans sa perte de poids. "J'ai revu ce mec sur lequel je kiffais depuis 5 ans et qui m'a innocemment dit: Oh j'avais jamais vu que t'étais aussi bonne, et là j'ai compris le truc. Le pouvoir du corps. Je l'ai baisé et je l'ai jeté. Ce petit manège vouloir-pouvoir-prendre-jeter a duré des années."

Ensuite, la boulimie

Après l'anorexie, Sarah a trouvé plus confortable de sombrer dans la boulimie. "J'ai vomi jusqu'à en pleurer, littéralement. Jusqu'à en crever, presque. Pendant des mois, je n'ai fait que ça: avoir la tête dans les chiottes", raconte-t-elle. C'était pratique à ses yeux car elle pouvait enfin manger, aller au restaurant et rester mince.

La descente en enfer, puis le réveil

Un jour Sarah n'a plus eu ses règles. Aussi, ses hanches étaient tellement saillantes qu'elle se réveillait avec des ecchymoses si elle avait le malheur de dormir sur le ventre. Elle passait des nuits entières à pleurer sur son corps qu'elle ne trouvait jamais assez parfait, assez mince. Elle explique également le regard impuissant de ses proche.

L'image d'un homme sur elle-même, les médicaments, l'alcool, se faire vomir... C'était la descente en enfer, jusqu'au jour où Sarah s'est réveillée. Mais avec des séquelles psychologiques : " l'anorexique se demandera TOUJOURS, dès qu'on lui présentera une nouvelle fille : « Est-elle plus mince que moi ? » Elle sera toujours jalouse à en crever lorsque l'une de ses copines maigrit. A chaque rupture, elle se demandera si elle s'est faite plaquer parce qu'elle était trop grosse. Elle continuera à « ranger » son assiette par ordre de priorité d'ingestion. Et elle voudra, finalement, toujours être aimée."