Sait-on ce qui se cache réellement derrière une simple photo de famille ? C'est le travail d'une photographe belge.

Une famille doit-elle suivre absolument le schéma « papa-maman-enfants » ? Peut-elle être monoparentale ou recomposée ? Peut-on dire qu'avoir deux papas ou deux mamans, c'est vivre en famille ? Peut-on se considérer comme une famille lorsqu'on ne vit pas tous sous le même toit ? Un couple sans enfant peut-il s'envisager comme une famille ? En dehors de tout stéréotype, ce sont ces questions qui ont poussé Anne-Catherine Chevalier à se lancer dans un projet un peu fou, celui de photographier 42 familles de Belgique et d'en publier un ouvrage.

A travers « Family », la photographe a voulu montrer que la famille n'est plus, à l'heure actuelle, ancrée dans sa définition classique. D'ailleurs, elle-même a divorcé, d'où sa réflexion sur le sujet. Anne-Catherine a, pour commencé, fait appel à son cercle de connaissances. Et puis « via via », et au hasard des rencontres, elle a abordé toute sorte de compositions familiales, ce qui l'a menée vers ce projet photographique.

© Anne-Catherine Chevalier


Que se cache-t-il derrière ces photos ?

Sans la moindre légende, difficile de deviner ce qui se cache derrière ces familles. Lesquelles sont recomposées, lesquelles ne le sont pas ? Il n'y a qu'un parent, mais est-ce lié à un divorce, un décès ou par choix ? Y-a-t-il des enfants adoptés ? Mais au fond, quelle est la situation de chacune de ces « tribus » ? « Les clichés ne disent pas nécessairement la vérité. Tout dépend de la manière de les interpréter. Mais la vérité des spectateurs ne sera pas spécialement celle des personnes photographiées », commente la photographe. « Ce qui me touche dans la photographie, c'est qu'on ne sait pas ce qu'on regarde. On se doit donc de rester humble ».

© Anne-Catherine Chevalier


Le sourire, un masque derrière lequel se cacher

L'objectif d'Anne-Catherine Chevalier, c'est de capturer le moment sans artifices, sans tenue ou posture imposée. Chacun se tient comme il le souhaite et le lieu du cliché est choisi en fonction de la luminosité. Seule recommandation : ne pas sourire ! Alors qu'habituellement, on nous demande de prononcer le fameux « ouistiti » et d'exagérer notre faciès. « Cela ne veut pas dire non plus que je leur demande de tirer la tête. Mais, le sourire est un masque derrière lequel on se cache. Alors chacun interprète ce « non-sourire » comme il le souhaite évidemment. Ce qui me touche, c'est que cela oblige à l'intériorité, à se mettre à nu. On se sent plus fragile. Les personnes restent elles-mêmes. Si tout le monde utilisait le sourire forcé, les photos s'apparenteraient à des publicités. Ici, elles donnent justement ce caractère déstabilisant, mystérieux et interpellant. On a envie de s'y intéresser, de se projeter », explique-t-elle.

© Anne-Catherine Chevalier


Réunir des familles, pas si facile !

Réunir des familles, c'est un défi ! Entre les activités quotidiennes, les familles recomposées, les gens qui ne vivent pas tous sous le même toit, c'est parfois compliqué de bloquer un jour dans l'agenda. Encore plus difficile lorsqu'on doit faire face au refus de certains ados de poser aux côtés de leur belle-mère. « C'est plutôt touchant, c'est comme s'ils avaient besoin de montrer une certaine loyauté envers leur maman », explique Anne-Catherine. « J'ai pu me rendre compte qu'à une époque où tout le monde se photographie partout et l'affiche sur les réseaux sociaux, il reste compliqué justement de réunir les gens pour une photo, cela prête à réfléchir ». Un sujet bien dans l'air du temps qui peut également pousser chacun d'entre nous à se poser cette question : « c'est quoi au fond ma famille ? ».

© Anne-Catherine Chevalier


--> Family, 100 pages, 42 photos, prix : 29,90 €, Aparté Editions

--> Exposition des photos du 4 au 6 décembre au Hangar 18, place du Châtelain, 1050 Bruxelles. Le vendredi de 15 à 18h, le samedi de 12 à 18h, le dimanche de 10h30 à 16h et la Saint-Nicolas offerte aux enfants par Dandoy.