"Dormir, ce n’est pas perdre son temps, loin de là, c’est le reflet de la vie”, explique le professeur Benny Mwenge, chef de clinique à Saint-Luc, somnologue pneumologue. Le sommeil, cela sert à récupérer physiquement grâce au sommeil profond durant lequel tous les muscles se détendent mais aussi à éliminer la fatigue nerveuse de la journée, pendant le sommeil paradoxal. Des cycles qui se suivent 4 à 5 fois sur une nuit. C’est donc… vital ! 

Pourtant, mal dormir, pas assez, tomber dans l'insomnie chronique est courant... 

Ce qu’il faut savoir, c’est que le sommeil, c’est une inhibition : en temps normal, je suis éveillé et pour dormir, je dois inhiber, je dois aller freiner avec des mécanismes et des hormones qui vont supprimer la veille. Cela aurait été très simple s’il n’y avait qu’un seul mécanisme de veille ! Mais il y a plusieurs hormones de l’éveil comme l’isthamine, l’adrénaline, la sérotonine, la noradrénaline, il y en a 6 ou 7 qui entrent en jeu dans l’inhibition de la veille. Et elles ont des activités corollaires en plus ! Par exemple, en cas de stress, le taux de noradrénaline est très haut et cela joue sur le sommeil. Entre aussi en jeu le rythme circadien qui dépend notamment de la lumière naturelle, “Elle est une grande inhibitrice d’inhibition qui dit au cerveau : ‘allez, maintenant, tout le monde se réveille’, d’où l’importance de l’exposition lumineuse surtout le matin.

Les Belges dorment-ils plutôt bien par rapport à leurs voisins ?

Pas vraiment. Le Covid a généré des troubles du sommeil chez 73 % des Belges et 12 % de la population utilise aujourd’hui des somnifères ou des sédatifs du groupe des benzodiazépines. 40 % des patients insomniaques ont entre 41 et 50 ans, on compte 63 % de femmes. 42 % des insomnies sont des insomnies psychophysiologiques. En gros, la personne ne s’endort pas… parce qu’elle voudrait dormir.

Cet été peu lumineux peut-il avoir un impact sur notre fatigue ou sur notre sommeil des mois prochains ?

Non parce que les journées des mois d’été n’ont pas diminué ; on a quand même eu un temps d’exposition suffisant au niveau physiologique. Et on n’emmagasine pas de la lumière pour plus tard. Ce qui compte c’est la durée d’exposition à la lumière au quotidien, c’est le cycle jour/nuit. Après, cela a eu un impact sur notre moral… Et quand on n’a pas le moral, on se sent plus fatigué.

La fatigue automnale, elle arrive quand ? Et pourquoi ?

Les jours plus courts entraînent une baisse de lumière, on va sécréter plus tôt de la mélatonine, qui régule les rythmes biologiques et cela bouleverse l’équilibre. Et on voit aussi une perturbation de la sérotonine, l’hormone chef d’orchestre de la structure du sommeil, impliquée aussi dans la régulation des comportements, l’humeur, l’anxiété ou encore l’apprentissage. On n’arrive pas à se réveiller, on se sent moins tonique, plus anxieux, plus fatigué, mais c’est un état qui ne fait pas mieux dormir pour autant. Cela se ressent vraiment à partir d’octobre jusqu’en décembre.

C’est bien d’avoir une appli sommeil sur son téléphone ?

Beaucoup de patients que je vois arriver ont installé des applis pour “contrôler” leur sommeil. Or, un des mécanismes de l’entretien de l’insomnie, ce sont les comportements et les pensées insomniaques et avoir une appli pet y contribuer parce qu’on ne pense qu’à ça.

Petits et grands dormeurs, c’est une réalité ?

C’est génétique ! Les petits dormeurs ont davantage de sommeil profond qui est très récupérateur, ils ont moins besoin de sommeil en quantité et ne subiront pas de conséquences néfastes par rapport aux gros dormeurs quand ils ne dorment pas assez.

Insomnie : vaut-il mieux se lever, boire de l’eau, lire ou respirer  plutôt que de tourner en rond dans le noir?

Si l’on n’arrive pas à s’endormir tout de suite, que l’on se réveille sans se rendormir après 1/4 d’h alors oui, il vaut mieux se lever, lire un peu, et ne pas tourner en boucle autour de ce non-endormissement. On s’aperçoit aussi en consultation que des patients estiment ne pas dormir alors qu’en fait, ils dorment : cela s’appelle le sommeil volé, il n’est pas “comptabilisé” et c’est un facteur perpétuant.

Rééduquer au sommeil (thérapie comportementaliste), ça consiste en quoi ?

Cela consiste à calculer la fenêtre de sommeil des patients. Certains s’évertuent à penser qu’ils manquent de sommeil parce qu’ils dorment 6h30 et sont réveillés à 5h mais ils sont peut-être programmés comme ça : il suffit d’aller au lit plus tard pour se réveiller plus tard. Ces thérapies sont très efficaces, parce qu’elles font comprendre son sommeil au patient et cela le tranquillise, il arrête d’y penser sans cesse.

Quelles solutions concrètes pour mieux envisager nos nuits et ne plus avoir “peur” d’aller au lit ?

Ce qu’il faut mettre en place, ce sont des habitudes, un petit rituel qui permet au cerveau de glisser vers le sommeil. On dit aussi ‘pas d’écran’ et je sais que c’est presque impossible de nos jours. Mais il y a les écrans qui excitent, qui stressent et les écrans qui détendent : un film tranquille à la TV, une petite conversation par message, ça va. Mais des jeux vidéo, des mails de boulot, c’est non.