La baronne Beatrice de Rothschild (1864-1934) est la fille du baron Alphonse, de la branche française de la famille, et de la baronne Leonora, quant à elle issue de la branche anglaise des Rothschild. Son enfance se passe dans les châteaux et hôtels de maître comme l’Hôtel Talleyrand à Paris ou l’imposant château de Ferrières.

En âge de se marier, le choix de ses parents se tourne vers le richissime marchand de blé et propriétaire de chevaux de courses Maurice Ephrussi, de 15 ans l’aîné de Béatrice. L’étendue de la fortune du couple est pour ainsi dire sans limite. Bien que leur union n’ait pas été une réussite et qu’ils n’eurent pas de descendance, le couple partageait la passion de collectionner.

Après un séjour sur la Côte d’Azur, la baronne Béatrice s’enticha de l’endroit et se décida à faire construire une villa avec un parc pour installer les plus de 5 000 objets de sa collection d’œuvres d’art. Le choix fut méticuleux : elle avait en tête un style Renaissance, un vaste parc pour y créer différents jardins, être à proximité d’une ville desservie par le train et avec vue sur la mer.

Le choix de l’architecte s’avéra rude

Le roi Léopold II avait acquis plusieurs terrains dans la région où il avait notamment érigé la Villa des Cèdres. Tous deux entrèrent en compétition pour l’achat de ce terrain à Saint-Jean-Cap-Ferrat mais la baronne eut le dernier mot en mettant la main au portefeuille et en proposant au vendeur presque 100 fois le prix demandé…

Le choix de l’architecte s’avéra rude car la baronne avait des idées très arrêtées. Finalement, c’est l’architecte Messiah qui l’emporta. Les travaux débutèrent en 1905. Il fallut assez rapidement arrêter le chantier afin de tasser la colline sur laquelle la demeure allait être bâtie. On utilisa de la dynamite.

Pour finaliser la façade de cette villa de 50 pièces, ses hésitations menèrent à la création d’une bâche en trompe-l’œil afin de lui permettre de trancher. La couleur prédominante est le rose.

Un ascenseur fut installé, des salles de bain dans chaque chambre, du chauffage à air pulsé, une fresque de Tiepolo dans le Grand Salon et un soin tout particulier pour son patio. Toiles, sculptures, porcelaine de Meissen avec des figures animalières, très en vogue à l’époque, meuble Louis XV et Louis XVI, les plus beaux tissus pour les fauteuils et tentures : la Villa Ephrussi de Rothschild est un somptueux écrin. Il fallut 10 années de travaux.

Le parc qui l’entoure, d’une superficie de 7 hectares et jalonné de pièces d’eau, se compose de 9 jardins thématiques : à la française, espagnol, japonais, lapidaire, une roseraie et un petit zoo qui n’existe plus. À sa mort, d’autres jardins seront créés : provençal, exotique et florentin.

Paradoxalement à tout son investissement dans la réalisation de cette résidence-musée, la baronne ne va quasiment pas y habiter, se lançant dans de nouveaux projets immobiliers à Monaco. Elle décède à l’âge de 69 ans à Davos, en Suisse, des suites de la tuberculose. Sans héritier direct, elle lègue le tout, y compris les collections, à l’Institut de France.

La Villa Ephrussi de Rothschild a été réaménagée au niveau de la décoration il y a quelques années. Elle accueille toujours le public pour des visites et propose aussi des soirées thématiques avec du ballet, des concerts et des soirées gastronomiques.

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