Magazine Nous avons testé une semaine de vacances en bateau sans permis, entre Le Somail et Agde…


C’est pas l’homme qui prend l’Canal, c’est l’Canal qui prend l’homme, tatatin.

Moi, l’Canal, il m’a pris

Je m’souviens un samedi… au Midi.

Au Somail, petit port d’un coquet village du sud de la France, au Nord-Ouest de Narbonne, déchiré par le Canal du Midi qu’il chevauche grâce à son joli petit pont de pierres, nous avons troqué notre voiture blanche pour un sympathique petit bateau tout aussi immaculé. Pour devenir son capitaine, une semaine durant, sur l’une des plus belles voies d’eau d’Europe, imaginée et construite au XVIIe siècle par Pierre-Paul Riquet, afin de relier l’Atlantique via la Garonne à la Méditerranée, et favoriser le transport des marchandises sans contourner l’Espagne. Depuis les années 70, la vocation du Canal du Midi est exclusivement touristique, et ils sont nombreux les vacanciers, comme nous, à choisir de passer quelques jours sur ses flots. Le Somail, c’est l’une des 19 bases de location en France de la société Nicols, constructeur-loueur de bateaux fluviaux installé à Cholet, en Maine-et-Loire.

Tonie, le sourire de l’accueil, nous confie à Arnaud qui aura la lourde de tâche de nous expliquer comment dompter le Primo, notre habitation flottante l’espace d’une semaine. À trois, et pour une première, l’un des plus petits des bateaux Nicols (8 m de long) nous semble être l’embarcation idéale, avec une cabine 2 personnes jouxtant une petite salle de douche-wc, et un séjour transformable en double-couchette supplémentaire. Son seul défaut, et on le regrettera lors du voyage, c’est l’absence de double pilotage, qui offre dès la gamme supérieure, un volant extérieur, idéal pour profiter du soleil, et prendre de la hauteur afin de bien manœuvrer l’engin.

Arnaud fait le tour du propriétaire. Rien ne manque dans ce mini-studio équipé d’une cuisine et d’une table qui sera toujours repliée car c’est sur la terrasse arrière que les repas seront plus agréablement dégustés. Passons aux conseils de pilotage. Nul besoin d’un permis ou d’avoir déjà navigué pour devenir le capitaine de ce petit navire. Quelques minutes d’explications, de règles à respecter, et le moteur se met en route pour un cours pratique, d’abord avec Arnaud aux commandes, puis en spectateur attentif à nos premières manœuvres, maladroites. Ayant le pied plus marrant que marin, et aussi téméraire qu’un jeune mousse un soir de tempête, Arnaud nous conseille avec raison de rester une journée au Somail, de naviguer dans les proches environs, de passer la nuit au port, avant de commencer notre grand voyage.

Parmi les nombreuses possibilités de destination, nous avons choisi de prendre la direction d’Agde, pour un aller-retour qui nous semblait abordable vu notre inexpérience : 130 km (soit moins de 24 h de navigation totale) mais, surtout, 22 écluses seulement. Car pour que son Canal traverse le territoire du sud minervois et ses nombreux dénivelés jusqu’à la mer, Pierre-Paul Riquet a dû multiplier ces ouvrages d’art qui nous faisaient un peu peur.

C’est parti, direction Béziers, via Argeliers, Capestang, Poilhes, Colombiers. Les seules difficultés ? Les ponts, toujours étroits, souvent magnifiques. Comme le tunnel pour franchir le Malpas. Mais quel joli sentiment de liberté que de pouvoir s’arrêter à tout moment, pour profiter de l’endroit, passer la nuit, ou déguster les produits locaux. 52 km paisibles, sans écluse…

On comprend pourquoi le Canal du Midi est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco : il se laisse dompter au rythme lent d’un été pas monotone. Car le Canal, qu’on voit danser le long des berges vertes, a lui aussi des reflets d’argent…

Le trajet se mue en parcours plus sportif à l’approche de Béziers : avec ses neuf écluses, la pente d’eau de Fonserannes (dénivellation de 21,50 m) est aussi belle que besogneuse. Un baptême de feu ! On ne regrette pas que seuls sept sas soient aujourd’hui opérationnels. Le site est majestueux, et des centaines de touristes assistent, amusés, au spectacle de leurs confrères plus intrépides, parfois navigateurs du dimanche, qui s’époumonent à maintenir leur bateau dans chaque bassin. Un court répit, notamment sur le magnifique pont-canal, et une nouvelle écluse nous attend avant la plongée vers Villeneuve-lès-Béziers, où nous nous octroyons un répit bien mérité, conscient de nos limites, pas toujours capable de manœuvrer notre bateau de manière ad hoc, mon capitaine…

Avouons-le, nous n’atteignîmes pas Agde. Confrontés à un choix cornélien, et par un prompt réconfort (merci Pat et Valoche...), nous rebroussâmes chemin à Portiragnes, et nous nous vîmes apaisés mais fiers en arrivant au port.

Le retour au Somail fut moins malaisé, notre dextérité à la barre progressant au rythme des écluses effacées. Au point de se dire que si nous prolongions d’une semaine encore, le vrai plaisir de voguer sur ce magnifique Canal le serait aussi. Sur ce bateau, en fait, il ne fallait pas chercher Midi à quatorze heures. Nous voilà plus riche d’une expérience, accessible à tous. Car si nous avons réussi notre défi, les vacances en bateau sans permis, c’est à la portée des plus terriens d’entre vous…


5 choses à savoir avant de naviguer sur le Canal du Midi

À 3, c’est mieux

Surtout s’il s’agit d’une première fois, essayez de le faire à trois ! Car pour passer les écluses, outre la personne qui reste à la barre, il vaut mieux être à 2 sur la berge, pour maintenir le bateau en tenant les amarres. À la portée d’un jeune ado…

On se la coule douce

Sur le Canal du Midi, interdit d’aller vite. 8 km/h max (3 km/h dans les ports). Le moteur de votre bateau, bridé, ne pourra de toute façon pas monter dans les tours. S’il est parfois frustrant de se faire dépasser par les joggeurs ou les cyclistes amateurs qui flânent sur la Voie verte, aménagée sur les anciens chemins de halage, on peut ainsi mieux profiter du paysage bucolique. Si la vitesse est limitée, c’est pour protéger les berges du canal des trop nombreux remous.

Uniquement le jour

Interdiction aussi de naviguer après le coucher du soleil. Cela vous garantit une nuit paisible à bord, sans être réveillé par le bruit et les remous des bateaux de passage. Les écluses ne sont de toute façon ouvertes que de 9 à 19 h. Attention, elles ferment aussi certains jours fériés.

Touchez pas à leurs platanes !

Vous pouvez vous arrêter où bon vous semble sur le Canal du Midi (même s’il faut de temps en temps faire le plein d’eau douce ou d’électricité dans les ports), mais ne vous amarrez pas aux arbres de la berge, il faut utiliser les piquets fournis avec le bateau. Car les platanes centenaires du Canal du Midi sont attaqués par le chancre coloré, et ce champignon microscopique peut se propager via vos cordages. Les autorités tentent d’endiguer cette catastrophe environnementale qui continue à faire des ravages : l’abattage est malheureusement la seule solution. 22 000 arbres ont déjà dû être coupés sur les 42 000 plantés au milieu du XIXe siècle, et seules 8 000 autres essences (chênes chevelus, pins parasols, micocouliers, érables) ont été replantées.

Combien ça coûte ?

Chez Nicols, une semaine de location d’un Primo (2 à 4 personnes) coûte 1 682 € en été, mais moins de 1 000 € hors haute saison (location ouverte du 23 mars au 3 novembre en 2019). Il existe des bateaux pouvant accueillir jusqu’à 12 personnes (+/- 4 000€ en été). Et il y a des formules sur 2 ou 3 jours. Nicols propose aussi des locations de bateau sans permis dans toute la France, notamment en Alsace avec son premier bateau habitable à propulsion 100 % électrique, mais aussi en Allemagne et au Portugal.

Infos > Nicols