À l’époque des dinosaures, il y a 150 à 200 millions d’années, bien avant l’arrivée sur terre des conifères et des feuillus, le Ginkgo biloba figure parmi les arbres les plus anciens de la planète. Très répandu à cette époque en Europe et sur tout l’hémisphère nord, il disparaît peu à peu avant les âges glaciaires. L’espèce n’est pas éteinte pour autant, quelques-uns persistant en Chine. À la fin du XVIIe, on redécouvre au Japon “l’arbre des pagodes” à côté d’un temple, sans doute amené de Chine par un moine bouddhiste et, quelques années plus tard, il est réintroduit chez nous dans le jardin botanique d’Utrecht, par Engelbert Kaempfer, médecin naturaliste et chasseur de plantes.

Fossile vivant

De la famille des Ginkgoacées, le Ginkgo biloba est le seul survivant parmi de nombreuses espèces fossiles. Bien difficile à classer botaniquement parlant car différent des conifères et des feuillus, il est généralement décrit dans le premier chapitre des encyclopédies des arbres. Arbres sacrés en Extrême-Orient, certains auraient entre 1000 et 1500 ans ; le plus âgé serait un chinois de 4000 ans. À l’heure actuelle, il n’existerait plus aucun exemplaire subsistant à l’état sauvage. Cela dit, il pousse un peu partout dans le monde tempéré tant il est tolérant. Il accepte tout type de sol, calcaire ou acide, est parfaitement rustique, – jusqu’à 20°C -, supporte la sécheresse mais pas l’humidité stagnante. Il endure tout, bouleversements planétaires, maladies, gaz d’échappement, rues étroites bordées de gratte-ciel et même… la bombe atomique. Lorsque le 6 août 1945, la vie s’arrête à Hiroshima, la région est dévastée mais quelques arbres restent debout. Le premier prêt à bourgeonner le printemps suivant, comme si de rien n’était, est le Ginkgo biloba.

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Il suscite beaucoup de légendes ou de récits notamment celui des 40 écus, prix exorbitant qu’il fallait débourser au XVIIIe pour en obtenir un exemplaire. Il inspire non seulement le poète Goethe qui lui dédie un poème sous le signe de l’amour mais aussi de nombreux artistes, aux 4 coins de la planète. Bijoux, décors de porcelaine, peintures, dessins et même des étiquettes de produits pharmaceutiques représentent sa feuille si originale. Ses bienfaits seraient extraordinaires. Des analyses scientifiques disent de lui que contenant un puissant antioxydant, il booste la mémoire du 3e âge, améliore le débit sanguin, ralentit les maladies neuro-dégénératives comme Alzheimer, favorise l’irrigation et l’oxygénation du cerveau.

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Feuille en éventail

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En éventail ou en patte de canard ? C’est certain, la feuille du Ginkgo est des plus insolites. À partir d’un pétiole court, le limbe aux nervures bien parallèles s’élargit et laisse apparaître au centre une échancrure. Cependant la forme de la feuille est assez variable. Elle est généralement fortement bilobée sur les plantes jeunes alors que chez les adultes, elle ressemble à un éventail aux bords plus réguliers. À l’automne, elle revêt une robe de couleur jaune “beurre frais” qu’on n’oublie jamais.

Pseudo-fruit

L’espèce est dioïque, il existe donc des arbres mâles et femelles. Pour obtenir des graines fécondes qui vont donner naissance à un autre arbre, il est nécessaire que les deux sexes se retrouvent dans le même secteur.

La différence entre les deux n’est pas évidente. Certains invoquent l’allure générale. L’arbre femelle ayant des branches plus horizontales et des feuilles plus incisées. D’autres bien documentés constatent qu’il y a des distinctions dans la forme des bourgeons et dans la floraison. Les mâles exhibent des petits chatons verdâtres à l’aisselle des feuilles plus visibles que chez les femelles. Cela dit, la floraison tardive apparaissant en même temps que les feuilles, elle est terriblement discrète. Enfin, il semble constant qu’au printemps le feuillage des mâles éclôt 2 semaines plus tôt que celui des femelles et qu’à l’automne, il tombe 2 semaines avant.

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Le mode de reproduction du Ginkgo est compliqué et unique. Après de nombreuses années, les arbres femelles produisent un pseudo-fruit non comestible ressemblant à un petit abricot ou une prune argentée. En réalité, c’est une pseudo-graine ou plutôt un ovule muni d’une enveloppe charnue qui une fois fécondé (parfois bien longtemps après sa chute automnale sur le sol), commencera à germer. Le hic est que le pseudo-fruit une fois tombé, dégage une odeur pestilentielle assez repoussante qui incite les amateurs à ne planter que des sujets mâles. En Chine et au Japon, le noyau au centre est consommé. Appelée “ginkgo nut”, cette noix tendre et sucrée a autant de succès qu’une pistache.

Quelques sélections

Lente les premières années, la croissance s’accélère ensuite pour dessiner une silhouette élancée parfois presque monumentale de 20 à 30 m de haut. Le champion chinois s’élève à 43 m. Quelques sélections intéressantes à dénicher chez les bons pépiniéristes sont à épingler :

G.b. Pendula Group, greffé sur tige, 3 m de haut, très beau port étalé et retombant.

G.b. ‘Mariken’à la croissance compacte presque horizontale.

G.b. ‘Laciniata’aux feuilles découpées et aux bords ondulés.

G.b. ‘Fastigiata’à la forme élancée, en cône étroit d’1,50 m de diamètre.

G.b. ‘ Barabits’‘Nana’et ‘Tit’à la forme naine.

G.b. ‘Horizontalis’, au port rampant, 1 à 2 m de haut, pour 2 m de diamètre.

G.b. ‘Globosa’, au port en boule.

G.b. Variegata Group, aux feuilles irrégulièrement striées de blanc crème.

G.b. ‘Tubifolia’, de taille relativement réduite, aux feuilles enroulées en cornet