Marc Coudron, ancien international belge de hockey est devenu président de la Fédération belge en 2005, quelques mois après avoir remisé ses sticks. Depuis, sous son impulsion et celle du staff qu’il a mis en place, le hockey belge a réalisé d’immenses progrès, les garçons s’installant même au sommet de la discipline.

Marc Coudron, comment expliquez-vous cette irrésistible ascension?

“Nous ne partions pas de nulle part. Nous avions, par exemple, raté notre qualification pour les Jeux olympiques d’Athènes de 2004, à deux secondes près. Nous savions que les bases étaient solides. Notre volonté a immédiatement été de nous éloigner d’une pure gestion et de faire progresser notre discipline à tous les échelons. À titre personnel, je n’ai jamais eu peur de m’entourer de techniciens plus compétents que moi. Le conseil d’administration de la Fédération (ARBH) était sur la même longueur d’onde. Nous sommes donc allés chercher les meilleurs coachs, préparateurs physiques, experts-comptables, etc. En cela, je crois que la Fédération a innové.”

Le niveau du hockey était convenable. Le budget équilibré mais, sur le terrain, les Belges souffraient face aux Allemands, aux Néerlandais, aux Australiens...

“Nous avons commencé par mettre au point un premier plan quinquennal (2005-2009) avec pour objectif de réduire l’écart sur les meilleures nations. À ce titre, notre participation aux JO de 2008, en Chine, a constitué une étape très importante dans notre progression. Le deuxième plan (2009-2013), visait à garder la flamme plus que jamais allumée. En 2004, les moins de 16 ans avaient été sacrés champions d’Europe, sous la conduite de Bert Wentink. Même exploit pour les moins de 18 ans en 2009. Nous avons capitalisé là-dessus, reproduit les mêmes schémas de jeu et de formation afin que nos jeunes ne quittent plus le top 3 européen. D’où de nouveaux titres continentaux chez les jeunes. Le train était lancé, tous les éléments étaient en place pour construire une équipe sénior des plus performantes.”

D’où votre troisième plan quinquennal...

“En effet, “Push to the podium” (2013-2017) devait permettre aux Red Lions de s’installer au sommet de l’échiquier mondial. En 2014, la Belgique a été vice-championne d’Europe chez les garçons et 4e chez les filles. En 2016, aux Jeux de Rio, ce fut la finale, hélas perdue. En demi, nos joueurs ont éliminé les Néerlandais lors d’un match d’anthologie. Nous avons aussitôt lancé le 4e plan, “Together au top”. Pendant cette période, non seulement les Red Lions sont devenus champions du monde (2018) puis d’Europe (2019) mais le Watducks a gagné l’OHL, l’équivalent de la Ligue des Champions en football, en 2019. Nos filles n’ont pas connu les mêmes triomphes mais elles progressent et nous avons les mêmes attentions et les mêmes attentes pour elles.”

La fédération a toujours été curieuse de ce qui se passait ailleurs, dit-on.

“Nous avons toujours cherché à apprendre des autres, des grandes Nations du hockey, comme les Pays-Bas, mais aussi des autres sports. Nos hockeyeurs profitent à plein des stages organisés par le COIB (Comité olympique interfédéral belge) et se nourrissent des conseils que peuvent leur donner les autres athlètes.”

Le hockey blege s'est largement développé ces quinze dernières années.

“C’est le mérite conjoint des clubs et de la fédération. En 2005, nous comptions 16.000 affiliés. Ils sont 53.000 aujourd’hui. Le sponsoring est passé de 60.000 euros à 1,5 million. Je n’étais pas partisan d’une communautarisation mais elle était inéluctable si nous voulions continuer à grandir. Et nous avons réussi à rendre l’organisation tripolaire (les deux ligues et l’ARBH) extrêmement harmonieuse. Chacun connaît sa place et surtout travaille en parfaite harmonie avec les autres entités. Le fait que les responsables travaillent au même endroit a facilité grandement la coordination.”

L’entente avec les Clubs n'a pas toujours été facile. Ils vous reprochaient parfois d'éloigner les internationaux trop souvent pour des stages trop longs.

“C’est de la vieille histoire. Ils savent depuis longtemps que les bons résultats internationaux leur sont bénéfiques. Le fait que le hockey ne soit plus vu comme un sport francophone par les néerlandophones et comme un sport bruxellois par les Wallons nous a également permis de progresser. Nous n’aurons jamais les mêmes moyens financiers que le football mais nous avons réussi à attirer les meilleurs techniciens. C’est un signe. Comme l’est la couverture médiatique, qui n’a cessé de progresser, notamment dans le nord du pays.”

On a souvent dépeint les joueurs de hockey comme des gentils amateurs.

“Ce n’est plus vrai depuis longtemps. Ce sont des athlètes de tout haut niveau, sur le plan physique mais aussi mental, qui en remontreraient à bien d’autres sportifs. Ils sont peut-être mieux armés que les footballeurs, par exemple, car ils savent qu’ils ne deviendront jamais riches et poursuivent pour la plupart de hautes études, ce qui exige un sens de l’organisation et un esprit de concentration hyper développé. Ce qui les aide sur les terrains de leurs exploits.”