Ils sont six. Venant des contre-cultures pornographiques, du travail du sexe, du monde du cinéma ou de la performance. Et si les organisateurs de ce premier Brussels Porn Film Festival sont un peu anxieux, ils sont aussi heureux. Pour une première édition, ils ne s’attendaient pas à recevoir autant d’œuvres : une sélection drastique a été faite notamment par Thomas Lavergne et Miguel Soll, du Rubis Collectif, puisqu’ils ont reçu 1390 films provenant de 93 pays suite à leur appel concernant des films d’art explorant toutes les sexualités, avec des réponses nombreuses du milieu LGBTQI +.

Il leur aura fallu deux ans pour mettre sur pied ce festival, dont la programmation va traverser tout le cinéma dédié aux pornographies alternatives contemporaines, féministes ou queer avec 5 longs métrages et une centaine de courts (dont parfois de seulement quelques minutes). Mais ils l’ont fait ! "On s’est aussi rendu compte en en parlant au début autour de nous que l’existence de ce festival était autorisant : cela a débouché sur davantage de productions", souligne Thomas Lavergne, un des fondateurs.

Un enthousiasme qui montre à quel point "le cinéma porno fascine toujours autant qu’il avive des débats passionnés". Et qui rappelle aussi les débuts du premier festival du genre, à Berlin en 2006. Désormais établi et reconnu, il a réussi à faire parler du cinéma pornographique au travers d’un prisme artistique mais aussi très "sex-positive".

Mais pourquoi organiser un tel événement en Belgique ? "Parce que le contenu du cinéma pornographique n’est plus que très rarement mis en question". Le "porno", c’est un tout uniforme de films désormais gratuits, des minutes en streaming à mater sur son ordinateur depuis des plates-formes tentaculaires, c’est la représentation qu’en ont la majorité des citoyens, explique en substance Thomas Lavergne.

Et pourtant, les représentations du sexe filmé sont bien plus nombreuses qu’il n’y paraît. Et c’est bien là la vocation des organisateurs : "Ouvrir une fenêtre sur les différentes formes de productions tellement diverses, pour se débarrasser des clichés et susciter la discussion parmi le public et dans la société. Il y aura des présentations des films, des Q&A après, des workshops…". Tout pour élargir les représentations des corps et des pratiques représentées de ce qui est un réel sujet de société : la pornographie est le genre audiovisuel le plus regardé et produit dans le monde.

La progra a donc été établie sur trois critères pour faire du festival un creuset de débats et de découvertes oui mais aussi "un événement joyeux et bienveillant" qui se veut aussi "non stigmatisant entre le porno mainstream et le porno éthique". "On a, pour chaque candidature, jugé la qualité filmique parce que c’est un genre artistique à part entière, avec des angles poétiques, politiques,… Ensuite, on voulait qu’il y ait un discours derrière ce qui est représenté. Enfin, on a voulu aussi revaloriser le travail militant", explique Thomas.

Résultat : une centaine d’œuvres dont 16 films en compétition internationale et 9 films en compétition nationale. A voir au cinéma Nova et à L’Aventure. Un premier "ovni" donc qui aura lieu du jeudi 21 au dimanche 24 avril à Bruxelles.

Infos : https://brusselspornfilmfestival.com/