Magazine On lève le voile sur certains aspects des relations sexuelles qui suscitent le dégoût. Et dont le tabou finit par gâcher le plaisir…

Il est 18 h 27. Juliette et Damien sont allongés sur une nappe turquoise au milieu du bois qui borde leur ville. Ils profitent des derniers rayons de soleil. Leurs bras se touchent. Damien se relève sur un coude et embrasse Juliette. Impression de déjà-vu, que ce soit au cinéma, dans un livre, une série… S’en suit un rapport sexuel non protégé. Et dans les récits, la suite pourrait être : les corps de Juliette et Damien se séparent. Juliette remet la bretelle de sa robe et enfile sa culotte. Les amants se lèvent et rangent leurs affaires pour rentrer au centre-ville. Rien, bien sûr, sur le liquide qui coulera ensuite dans la culotte de Juliette.

Ce mélange de sperme et de sécrétions vaginales qui s’écoule du vagin après un rapport sexuel n’est que rarement évoqué. Il a bien un nom dans le milieu du porno où il est désigné par le terme de "creampie" (tarte à la crème). Mais en dehors de ça, le liquide visqueux n’interpelle que quand il dégouline entre les jambes de la jeune fille. Et il suscite pas mal de questions tant chez les hommes que chez les femmes.

Cet été, un homme a créé la polémique en demandant sur une chaîne de radio américaine si ce liquide était normal ou si les muscles du plancher pelvien de sa compagne étaient en cause. Sur Internet, c’est la question de la fertilité qui inquiète : si le sperme redescend, la fécondation est-elle possible ? Dans les deux cas, les médecins sont rassurants : suffisamment de spermatozoïdes parviennent à remonter jusqu’à l’ovule et quelle que soit la force des muscles du plancher pelvien de madame, le vagin reste une ouverture : le liquide en sort donc naturellement.

Rien d’anormal, donc. Pourtant, ce liquide suscite un malaise lié au dégoût qu’il suscite. Lors de l’émission radio, l’intervenant avait ajouté qu’il trouvait ce liquide "très sale". De leurs côtés les femmes imaginent mille astuces pour gérer le "désagrément". Certaines optent pour la boîte de mouchoirs à côté du lit, d’autres pour l’essuie posé sur les draps, certaines préfèrent même faire éjaculer leur homme hors d’elle.

Ce dégoût du sperme peut, en plus, être associé à un dégoût du sexe, voire du partenaire. Et le silence qui l’entoure renforce le processus. La sexologue Céline Janssens plaide donc pour que cet aspect des rapports fasse partie de l’éducation sexuelle.

Aujourd’hui, les risques sont prioritairement évoqués mais on parle peu des préliminaires, des odeurs, des sécrétions… et surtout des préférences de chacun pour celles-ci. Le désir et la libido ont une dimension chimique qui varie d’un individu à l’autre et influence ses pratiques sexuelles : certains peuvent ne pas aimer l’odeur du sperme et par extension les fellations pour cette raison. La sexologue explique : "Chacun doit donc faire son apprentissage et être respecté dans ses limites. La sexualité doit rester un plaisir pour que le désir prenne le pas sur le dégoût." C’est aussi ce que montre une étude hollandaise selon laquelle les réactions de dégoût face à la sueur, la morve ou le sperme sont plus faibles lorsqu’un désir sexuel les compense.

Pénis de table

Sept hommes, une rencontre par mois, un sujet tabou sur la sexualité. C’est le concept qu’a mis en place Cookie Kalkair, auteur français vivant à Montréal. Pour réaliser sa BD Pénis de table, il a organisé pendant neuf mois des tables rondes rassemblant des hommes d’âge et d’orientation sexuelle différents. De leur première masturbation à leurs fantasmes le plus "what the fuck" en passant par les fois où ils ont simulé, chaque séance aborde un sujet qui sera l’objet d’un chapitre de la BD. Les propos tenus sont de vraies confidences partagées par les participants et illustrées avec humour par le dessinateur. L’ouvrage remue de vieux clichés sur la sexualité masculine avec brio et explore une nouvelle image de l’homme et de son intimité. De quoi rassurer certains hommes et en inciter d’autres à découvrir de nouveaux horizons. Un accès privilégié à cette intimité pour les femmes également. À lire !

Recherche

Nouvelle découverte sur le VIH grâce à des testicules issus d’opération de changement de sexe. L’observation de ces organes fraîchement retirés a pu mettre en avant la manière dont le virus trouve refuge dans ces deux petites boules, sans être attaqué par le système immunitaire. Les chercheurs du centre universitaire de santé McGill au Québec ont étudié ce traitement de faveur et élaborent maintenant des moyens d’intervenir pour tuer les virus tapis dans les testicules. Ces études sont possibles grâce à une collaboration avec une clinique où, chaque semaine, près de cinq interventions chirurgicales sont effectuées sur des personnes désirant passer du statut anatomique masculin à celui de femme. L’équipe scientifique a ainsi pu bénéficier de 120 testicules, dont certains infectés par le VIH. Obtenir de tels organes est rare. Les laboratoires de recherche n’ont habituellement accès qu’aux testicules provenant de personnes en bonne santé décédées accidentellement qui ont fait don de tous leurs organes. Ici, les tissus acheminés plus rapidement, et encore très frais, permettent des analyses plus fines des cellules immunitaires et du virus.