Plusieurs villes belges ont décidé de mettre en valeur leurs souterrains, leurs égouts, éléments qui disent beaucoup de l’histoire de la ville et de ses habitants.

A priori, les entrailles d’une ville ne sont pas l’endroit qu’on visite le plus volontiers. Pourtant, les soubassements, égouts, souterrains, catacombes (si on extrapole à Paris) en disent beaucoup sur les habitudes passées et présentes de leurs habitants.

Il est assez significatif de constater que désormais, la plupart des cités belges mettent pourtant en valeur ces lieux cachés qui ont écrit une partie primordiale de leur histoire.

À Bruxelles, porte d’Anderlecht, le musée des égouts vous explique ainsi quels liens la ville a entretenus avec sa rivière principale, la Senne. Mais ce serait oublier un peu vite que le premier ruisseau à être "enterré", dès le XIIIe siècle, fut le remuant Rollebeek qui dévalait depuis le Sablon vers le Heergracht, dans l’actuelle rue des Alexiens.

Le réseau des égouts de Bruxelles compte désormais 1900 kilomètres de canalisations, permettant d’évacuer des milliers de mètres cubes d’eaux usées. Le réseau commence à se développer au XVIIe siècle mais reste très incomplet et les autorités communales conseillent de continuer à se débarrasser des eaux usées dans la Senne qui serpente dans la ville. Vers 1800, les odeurs sont pestilentielles et des maladies et épidémies frappent régulièrement les habitants du bas de la ville. Il ne faudra pas attendre celle de choléra de mai 1866 pour convaincre les autorités communales d’araser le centre-ville afin de le doter de grands boulevards, étant alors décidé que la Senne serait assainie et voûtée.

Mais en amont et en aval de la partie canalisée et voûtée, les problèmes demeurent et, bien vite, il est décidé de construire un autre pertuis, plus à l’ouest, le long du canal, sous les boulevards de la petite ceinture, passant notamment par la porte d’Anderlecht dont les pavillons d’octroi sont démolis et reconstruits. Ce deuxième pertuis sera inauguré en 1955, la Senne quittant donc le centre-ville.

Les égouts bruxellois courent sur 350 km et recueillent les eaux usées issues de l’activité humaine (environ 130 litres par jour et par personne), pluviales, de ruissellement mais aussi les eaux claires dites ‘’parasites’’ provenant de drainages ou d’infiltrations de la nappe phréatique.

Le musée présente aussi les activités humaines liées au réseau des égouts et le travail incessant, pénible et dangereux des égoutiers pour maintenir ce réseau, dont certaines portions ont plus de 200 ans, en bon état.

Et puis, rappelons que sous l’ancien double pertuis de la Senne, sous les grands boulevards donc, passent désormais les tramways, les guichets des stations étant au niveau du pertuis. En tout d’ailleurs, les 69 stations de métro et prémétro forment l’un des plus beaux musées d’art moderne qui soit, avec près de cent œuvres, souvent monumentales. Quant à la station Yser, proche du KANAL-Centre Pompidou, ses couloirs servent actuellement de lieu d’exposition.

ruien à anvers, STAM à Gand

Les deux grandes villes de Flandre revisitent aussi leur passé enfoui dans leurs entrailles.

L’Escaut et ses affluents ont permis l’essor de villes ô combien importantes dans l’histoire de Belgique, à commencer par Tournai, Gand et Anvers. Cette dernière, au déclin de Bruges pour cause d’ensablement du Zwin, vit son développement s’intensifier au point qu’elle devint la ville la plus importante d’Europe aux XVe et XVIe siècles. Inutile de préciser que ce riche passé se découvre encore sous nos pieds.

Depuis le Moyen Âge, canaux, cours d’eau et douves sillonnaient Anvers. Les Ruien - ce réseau de voies d’eau, naturelles ou artificielles - fournissaient à la ville de l’eau et un port intérieur. Lorsque les Ruien furent transformés en un réseau d’égouts souterrains, cette composante unique du patrimoine disparut du paysage urbain et ainsi des mémoires.

Ce patrimoine caché a été ouvert au public et permet donc une plongée dans le passé de la Métropole. Une visite des Ruien, avec leurs voûtes anciennes, leurs petits canaux, leurs ponts et leurs écluses, vous permet de retrouver sous terre le reflet du centre historique de la ville situé au-dessus de votre tête, avec autant de récits captivants et d’anecdotes mystérieuses évoquant un passé plus ou moins lointain. Les noms de rue et les bâtiments sous lesquels passe le circuit sont indiqués aux murs, afin de mieux vous permettre de vous situer. Après être parti du Suikerrui, vous filez vers l’est jusque sous l’église Saint-Charles Borromée avant de filer plein nord jusqu’au Stadsmagazijn. Pour des raisons techniques, la balade en bateau est impossible à effectuer pour le moment mais des promenades guidées de deux heures, ou, avec une tablette, d’une heure trente sont proposées tous les jours, sauf le lundi, dans la pénombre, à l’abri des voûtes médiévales.

"Sous terre en ville"

Grande rivale d’Anvers, Gand. Elle rend hommage à l’…underground au travers d’une exposition "Sous terre en ville" dans l’ancienne abbaye cistercienne De Bijloke, abritant le musée de la ville, le STAM. Si nous appréhendons assez facilement une ville en surface, que se passe-t-il sous les bâtiments et les rues ?

Si la Terre se compose d’une multitude de strates, c’est uniquement dans la mince couche supérieure de l’écorce terrestre que s’active le vivant. Le sol regorge de toutes sortes de plantes et d’animaux. L’être humain y est aussi très actif. Il creuse le sol et remue la terre pour toutes sortes de raisons…

Plus les bâtiments sont hauts, plus les fondations sont profondes. Les égouts, les bennes à déchets, les entrepôts et les parkings ? Qu’on les enterre ! Les tunnels permettent des déplacements rapides et sans obstacles. Des kilomètres de câbles et de canalisations alimentent la ville en eau, en énergie et en flux de données numériques. C’est grâce aux infrastructures souterraines que la ville en surface est vivable. Au sous-sol encore, nous confions nos trésors les plus précieux, nous trouvons parfois refuge et enterrons nos morts.