Le bonheur des uns fait parfois le malheur des autres. Méfions-nous des cadeaux des voisins pas trop bien intentionnés. Leur plante ravissante aux qualités esthétiques indéniables se révèle parfois une envahisseuse de premier ordre bousculant voire étouffant tout sur son passage. Cela dit, pour occuper le terrain, tout dépend du sol, de l’ensoleillement, du climat et des conditions de culture. Il n’est pas rare de constater qu’une plante reste parfois sagement à sa place alors qu’ailleurs, elle s’étale en envoyant ses drageons tout autour d’elle. Vous l’aurez compris, selon les circonstances, certains arbustes semblent ne pas vouloir rester en place. Renseignez-vous auprès de spécialistes.

Drageon ou stolon ?

Le drageon est : « une tige née à partir d’un bourgeon apparu sur une racine souterraine », alors que le stolon « désigne une tige aérienne traçante ou rampante qui s’enracine … à son extrémité » (Dictionnaire visuel de botanique, Maurice Reille, Editions Ulmer 2014). A titre d’exemple, le prunellier ou la corète du Japon drageonnent alors que le fraisier se propage grâce à ses stolons porteurs de rosettes prometteuses.

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En fait, la plante mère multiplie ses points d’accroche racinaire en créant des clones, génétiquement identiques à celle-ci, eux-mêmes racinés. C’est un phénomène entièrement naturel, chaque plante cherchant toujours à se reproduire. Un arbuste drageonnant permet par exemple de retenir efficacement la terre d’un talus ou d’une berge. Cela dit, le drageonnement peut aussi découler d’une réaction à un stress à la suite d’une taille, après une période de sécheresse ou un bêchage du sol trop près des racines. Si les conditions de culture ne lui conviennent pas ou plus ou que le sol est épuisé, la plante arrive alors à se propager en envoyant ses clones un peu plus loin.

Que faire ?

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Plusieurs solutions. Soit, heureux de découvrir un bébé, on décide de lui donner une vie nouvelle en le détachant délicatement de la plante mère. Tout en veillant à ne pas abîmer les racines, on le replante en bonne place ou on l’offre comme cadeau. Soit, agacé de la prolifération, on décide de l’éliminer. En l’enlevant complètement comme expliqué ci-dessus ou dès que le drageon apparait en le coupant à la base quitte à creuser le sol. Tondre régulièrement la pelouse dans laquelle il émerge est aussi efficace. Cela dit, à titre préventif, pour éviter que la plante drageonne, plantez-la dans son pot, - comme on le fait souvent pour la menthe -, ou installez une barrière anti-rhizome, comme on le conseille pour contenir certains bambous.

Certains arbres...

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Quelques petites merveilles raisonnablement drageonnantes valent qu’on s’y attarde. Le sumac, notamment celui de Chine, Rhus chinensis, petit arbre ou grand arbuste au port large et arrondi figure parmi les champions. Il est aussi le roi de l’automne lorsque son feuillage l’embrase. Si son pied gèle lors d’hivers très froids, pas de souci, il repartira toujours de la base. Rhus typhina ‘Tiger Eyes’ est en principe plus sage et mérite qu’on se réconcilie avec le genre. 

L’angélique du Japon, Aralia elata à l’allure plutôt exotique ne peut s’empêcher de drageonner pour produire de nouvelles tiges vigoureuses et épineuses qui s’élèvent à 4,5 m de haut. Ses immenses feuilles découpées deviennent jaune rouge à l’automne juste après une jolie floraison vaporeuse en ombelles blanches. Quant au saule des coyotes, Salix exigua, reconnu par beaucoup comme étant un des plus beaux arbustes à feuillage gris, il a une silhouette légère, lumineuse et élancée voire fastigiée haute de 3 à 4 m. Son feuillage fin est recouvert d’un duvet argenté à reflets bleus qui attire tous les regards. Sachez que les peupliers et les lilas ont eux aussi, tendance à croître rapidement et à drageonner.

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... et arbustes

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Sans doute, avez-vous déjà eu l’expérience. Notamment parmi les rosiers botaniques. Un des plus performants est Rosa rugosa, le rosier des autoroutes, très vigoureux, qui s’adapte à tous les sols et résiste aux embruns, à la pollution et à la sécheresse. Ses grandes fleurs blanches, rouges ou roses se renouvellent tout au long de l’été. La famille des ronces est parfois t ingérable. Rubus cockburnianus ‘Golden Vale’ aux tiges blanc immaculé, est une véritable merveille en hiver, pour qui la connait. Les Sorbaria, fausses spirées, ne sont pas en reste. Sorbaria sorbifolia au feuillage élégant évoquant le sorbier est surtout réputé grâce à son cultivar ’Sem’ qui pour certains, remplacerait avantageusement un petit érable dans les terres calcaires. Sa propension naturelle à drageonner est moindre que celle du type mais il se laisse quand même aller. Clethra alnifolia et Itea virginiana, tous deux arbustes de près de 2m de haut, à la floraison estivale blanche en épis, s’étendent également en drageonnant. Pareil pour le Clerodendron bungei aux grappes roses en fin d’été suivies de petits fruits dans les tonalités bleu turquoise et le petit marronnier, Aesculus parviflora, aux épis dressés de fleurs blanches en juillet. Notez encore les corètes du Japon à la floraison printanière, les symphorines et argousiers aux perles blanches, roses ou orange, ainsi que certains Hydrangea dont H. aspera subsp. sargentiana, assez imposant, aux fleurs plates rose mauve.
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Sans oublier les vivaces ou les graminées

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Comme couvre-sol, le muguet, les anémones, l’aspérule odorante, Galium odoratum ou la pervenche, Vinca minor, sont franchement imbattables. Les lysimaques aux clochettes jaune criard, ne nous enchantent pas toujours ; on leur préfère généralement Lysimachia clethroides à fleurs blanches. Que dire des impressionnantes pétasites japonais aux feuilles arrondies et imposantes qui bordent les ruisseaux ou peuplent les zones humides. Sans oublier les anémones du Japon, Anemone x hupehensis, les épilobes, Epilobium angustifolium, quelques euphorbes dont Euphorbia cyparissias et bien entendu la famille des menthes assez prolifiques.
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Au rayon des graminées, méfiez-vous des Phalaris arundinacea, ces rubans de bergère au look de roseau, très difficiles à éradiquer et restez prudents avec les bambous, dont certains doivent être maintenus avec des barrières anti-rhizomes.