Le lierre n’a pas que des amis, sa présence prête parfois à controverse. Cette plante à la robustesse légendaire mérite néanmoins qu’on s’y attarde. En réalité, une grande diversité de plantes se cache derrière ce terme générique. En dehors de la forme courante, il existe une multitude de variétés aux feuilles, couleurs et silhouettes changeantes. Apprendre à les connaître permet de mieux les utiliser au jardin. Ils y jouent des rôles tout-à-fait formidables pourvu qu’on leur en donne l’occasion. La plus répandue de nos lianes est en fait une inconnue. Certains voient en elle une envahisseuse voire une étrangleuse. Il s’agit de dépasser ces appréhensions pour mettre en lumière cette plante bon enfant, merveilleuse alliée du jardinier.

Lierre à tout faire

Le jardinier, une fois qu’il s’est intéressé au sujet, reste sidéré par les possibilités qu’offrent ce végétal. Véritable couteau suisse du jardin, il se métamorphose et s’adapte à son poste sans rechigner. La liane sombre longtemps décriée, cache-misère des coins déshérités, apparaît alors sous un tout autre jour et revêt des apparences inattendues. Rustique et résistant, parfaitement adapté à notre climat, le lierre supporte les hivers les plus rudes. Il ne craint pas l’ombre et pousse vite. Très vite, il camoufle ce qui doit l’être. Il joue les clôtures. De grimpant, il devient sculptural et crée de fausses topiaires, guidé sur divers gabarits (cônes, sphères ou formes animalières). Il grandit tantôt à l’ombre tantôt au soleil, supporte le chaud et le froid, couvre le sol ou part à l’assaut des hauteurs. Il remplace le gazon là où ce dernier déclare forfait : sous les arbres et dans les cours sans soleil, il dissimule les poteaux disgracieux, cache le mur de parpaings. Taillé, il forme une bordure raffinée. Il étoffe de son feuillage persistant pots et jardinières. En toutes saisons, Il ourle avec élégance les marches d’un escalier. Il offre à d’autres végétaux, un support permanent sur lequel s’appuyer. Son exigence, un peu d’humidité.

En pratique
© MPV/MNC

La taille a lieu de préférence en fin d’hiver. Il est toujours possible de le rabattre sur le vieux bois, les jeunes pousses redonnent un habit vert frais à l’ensemble en plus ou moins deux mois. Doté d’une santé de fer, le lierre n’a besoin que d’une bonne terre de jardin. Un peu de corne torréfiée de temps en temps comme apport d’azote lui est bénéfique.

Feuillage à facettes

© MPV/MNC
Contrairement à sa réputation de plante triste et terne, le lierre judicieusement employé, apporte au jardin une grande fantaisie. On le dit envahissant. Tous ne le sont pas. Il y en a de particulièrement lent. Choisissez des espèces à petites feuilles si vous manquez de place. Des variétés, souvent les panachées, sont moins rustiques que d’autres, renseignez-vous auprès des pépiniéristes. Le mieux est d’installer vos lierres au jardin au printemps. Ils ont ainsi toute la belle saison pour faire leur nid.. Couvre-sol, grimpant, arbustif, compact, en boule, à feuillage coloré, panaché ou ondulé, veiné, impossible dans cette tribu de ne pas trouver son bonheur. Les feuilles, elles aussi, prennent des allures variées, dentelées, pointues en cœur, étroitement lobées ou arrondies.

Le feuillage du lierre commun change d’aspect lorsqu’il ne trouve plus de support pour s’étendre. Il devient arborescent et passe au stade adulte. Il perd alors ses crampons, les tiges grossissent. S’il est au soleil, il se met alors à fleurir et à fructifier.

Quelques pistes

Hedera helix ‘Buttercup’. Une variété un peu délicate qui aime les coins abrités des vents froids et le soleil mais pas trop brûlant pour que ses feuilles ne grillent pas. Il perd sa belle couleur or jaune à l’ombre. Il pousse lentement. Hedera helix ‘Erecta’ et Hedera helix ‘Congesta’ poussent en candélabres. Il ne s’agit pas d’une forme adulte mais bien d’un buisson érigé à associer à d’autres arbustes. Hedera helix ‘Arborescens’ est un arbustif bien ramifié rond à feuilles vert foncé non lobées produisant des fruits noirs. Il est obtenu par bouturage des rameaux fertiles de l’espèce. Il peut être planté en solitaire. Hedera helix ‘Sulphur Heart’ a un coloris vif qui éclaire les coins sombres mais il a besoin d’un peu de soleil pour le conserver.

Quand il fait le mur

© MPV/MNC
Pour ou contre le lierre sur les murs ? Si le mur est sain, lisse, bien jointoyé au ciment, le lierre peut y pousser sans souci. Il le protégera de la pluie et du froid. En revanche sur un vieux mur lézardé ou ayant des joints à la chaux, mieux vaut être prudent. Il ne doit pas non plus atteindre le toit. Rabattez chaque année les jeunes pousses de 2 m pour être tranquille.

Une plante accueillante

© MPV/MNC
Un mur ou un arbre colonisés par le lierre abritent tout un cortège de petits animaux et de petites vies essentielles à l’équilibre de la nature et de nos jardins. Il protège ou nourrit un grand nombre d’oiseaux, merles, grives et fauvettes mais aussi quelques petits mammifères dont l’écureuil. Le lierre est aussi apprécié des insectes. Il les attire par son nectar à une époque où la plupart des plantes à fleurs sont fanées. Bon nombre de pollinisateurs qui se préparent à passer l’hiver y trouvent refuge, papillons, paon du jour, vulcain et argus. Le papillon citron y réalise tout son cycle de vie. Une abeille sauvage, la collète du lierre lui est totalement inféodée. Quelques prédateurs de pucerons, tels syrphes et chrysopes s’y réfugient aussi.
© MPV/MNC