Les réactions du jardinier confronté à la nature sont variables. La disparition nocturne d’un rang de jeunes laitues ou d’un petit trésor nouvellement acquis fâche. S’ensuit l’envie de maitriser cette nature franchement contrariante ainsi que le désir d’ « aseptiser » les lieux. Une façon courante de régler le problème et, dans la foulée, de tordre le cou à bon nombre de ses occupants qu’ils soient une menace ou pas. S’ajoutent au tableau, les peurs viscérales liées à certains insectes.

Néanmoins, il est incontestable que le souhait d’un jardin dans lequel nature et habitants vivent en harmonie existe bel et bien et qu’il ne cesse de croître.

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Disons-le, l’affaire est complexe et demande de la patience. Le chemin passe probablement par la compréhension et l’observation des interactions qui s’y déroulent. Quel qu’il soit, le jardin est l’endroit rêvé pour considérer avec attention la vie des plantes et la faune qui s’y intéresse. Hôtes de passage ou résidents, il y a là une foule de petites bêtes à accueillir, admirer et protéger.

Le jardin de tous

Un jardin en bonne santé est plein de vitalité et attire quantité de visiteurs. Il y a les habitués, ceux qu’on ne présente plus, la coccinelle, la mésange, le crapaud etc. D’autres sont devenus plus rares ainsi certains papillons.

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Faune et flore vivent en symbiose étroite. La survie de l’un dépend de la survie de l’autre. Les insectes sont à la base de nombreux cycles dans la nature. Les plantes hôtes servent de nourriture et de gîte à une foule de petites bêtes qui, à leur tour, assureront d’autres tâches dont la pollinisation. Les abeilles sauvages excellent dans la fonction. Charpentières, maçonnes, découpeuses de feuilles, elles sont très diversifiées.

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Conserver des communautés d’abeilles sauvages et de pollinisateurs variés est essentiel à la bonne santé du jardin en général. Cela nécessite la mise à disposition d’habitats spécifiques et d’une large gamme d’espèces florales en bonne quantité. Les moins frileuses se montrent dès fin février et ont besoin de floraisons précoces (Salix, Lonicera fragrantissima, Cornus mas). Les jardins bien pensés leur apportent cette aide précieuse.

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(Ponte de limace)

Incroyables araignées

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(Papillon aux prises avec araignée crabe)

Il n’y a pas que les insectes qui déclenchent une certaine méfiance. En matière de phobie, les araignées occupent une place de choix. Et pourtant, elles font partie de cette chaîne d’interactions. Elles mangent quantité de mouches et moustiques. Certaines tissent de magnifiques toiles où les proies sont prises au piège. Celle de l’épeire, probablement la plus connue, est principalement faite pour capturer les insectes volants. Quelques-unes se dissimulent au fond d’un tunnel auréolé d’un réseau de fils avertisseurs. La tégénaire fabrique, elle, une toile plate en forme d’étagère ou de hamac, capable de capturer les volants comme les rampants. Tandis que d’autres encore ne font pas de toile. Elles se déplacent sur la végétation pour se saisir des proies dans leur environnement. L’une d’elles peut être observée sur les fleurs. L’araignée crabe, Thomise variable, chasse à l’affût, immobile sur les inflorescences, elle capture les insectes en visite en les paralysant.

Les amis de la terre

Une publication des amis de la terre www.amisdelaterre.be peut être consultée librement: Insectes, monstres ou bienfaiteurs ?

https://www.amisdelaterre.be/73

Explications et conseils permettent de mieux les comprendre et les accueillir. Ainsi, lors des tailles, les tiges à moelle sont récupérées pour faire des abris à hyménoptères. Ils y creusent leur nid à la dimension qui leur convient. Les nichoirs préfabriqués n’offrent pas toujours le bon calibre. Les plantes à moelle les plus prisées sont la ronce, le rosier, le sureau, le framboisier, le fusain et l’arbre à papillons. Couper des morceaux d’environ trente centimètres de long. Rassemblez-en une petite vingtaine et liez l’ensemble en un petit fagot. Suspendez-les à cinquante centimètres de hauteur.

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(Carabe)

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(Trichie fascié)

Deux livres

Les carnets de nature ludiques et poétiques. Stéphane Hette, Marcello Pettineo. Editions Plume de carotte Octobre 2020. ISBN 978-2-36672-233-8

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Des pages remplies de nature telle qu’on peut la découvrir à nos pieds et sous nos fenêtres. Un ouvrage où science et émerveillement se côtoient, où l’interdépendance entre végétaux et animaux est joliment illustrée et mise à la portée de tous. Une approche qui démonte les peurs et les craintes et ne peut que susciter des vocations de naturalistes.

Le jardin jungle. Dave Goulson. Editions du Rouergue 2021. ISBN 978-2-8126-1962-5

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Dave Goulson enseigne la biologie à l’université du Sussex. Il traite dans ce nouvel ouvrage de la faune qui vit sous nos yeux, en célébrant les petites créatures qui peuplent nos jardins. A travers ces pages passionnantes, il donne au lecteur des clefs pour accroître la capacité d’accueil des jardins afin que faune, flore et hommes coexistent de manière adéquate plutôt que conflictuelle. Les pages sur le verger expliquent entre autres pourquoi il est impératif de préserver les abeilles solitaires si l’on souhaite avoir de beaux fruits sans traitements, et pourquoi certaines variétés sont plus résistantes que d’autres. Une lecture qui fait découvrir de grands méconnus comme les papillons de nuit et dont on sort farouche opposant à tout cocktail chimique.