En arrivant aux abords du musée de Mariemont, propriété de la Communauté Française et véritable poumon vert dans la région du Centre, la surprise est de taille. Magistrale, une drève longue de 900 m, plantée de 4 rangées de hêtres, accueille le visiteur devant les portes du domaine de 45 ha clos de murs, inscrit depuis 2009 sur la liste du Patrimoine exceptionnel de la Région wallonne. Là, on le devine, il y aura du spectacle.

Domaine royal
© MPV/MNC

L’histoire du lieu remonte au XVIe siècle avec Marie de Hongrie, sœur de Charles Quint et gouverneure des anciens Pays-Bas. Installée dans son palais de Binche, elle décide de construire plus loin, un pavillon de chasse agrémenté d’élégants jardins. Ce sera Mariemont près des bois de Morlanwez. Plus tard, les archiducs Albert et Isabelle ont un coup de foudre pour ce pavillon qu’ils transforment en résidence royale. Puis vient le tour de Charles de Lorraine qui décide de s’y construire un château tout neuf bordé de jardins à la française, tout en ponctuant le parc d’arbres et différentes fabriques ou décors de jardin. L’âge d’or de Mariemont jusqu’à la fin du XVIIIe où le château est incendié et vandalisé lors de la guerre d’annexion des Pays-Bas autrichiens par la France. Devenu bien national, il est alors livré à la convoitise d’industriels attirés par les gisements houillers qu’il cache.

En 1802, la Société minière du parc de Mariemont est constituée et Nicolas Warocqué, un de ses administrateurs, s’y installe pour enfin lui rendre ses lettres de noblesse. Avec lui, un nouveau château voit le jour au milieu d’un jardin à l’anglaise dessiné dès 1832 par les architectes paysagistes les plus en vue, Charles-Henri Petersen, Louis Fuchs et Edouard Keilig. Au fil du temps, Mariemont devient l’écrin de collections d’œuvres d’art dont celles de Constantin Meunier, Jef Lambeaux, Auguste Rodin, Victor Rousseau… Ainsi que d’antiquités classiques et extrêmes orientales et des pièces décoratives comme les porcelaines de Tournai. Raoul Warocqué, le dernier de la dynastie, décide en mai 1917 de léguer l’ensemble à l’Etat belge après son décès. En 1960, le château est détruit par les flammes et remplacé par un bâtiment contemporain de l’architecte Roger Bastin. Il abrite depuis lors les magnifiques œuvres rassemblées par Raoul Warocqué.

Collections dendrologiques

Le parc a gardé le style paysager de l’époque des Warocqué avec pelouses vallonnées, bois, un étang à l’aspect naturel et sauvage, une roseraie replantée en 1979 avec des espèces anciennes et nouvelles mariées à des plantes vivaces et des arbustes. Un potager d’1,5 ha bordé de hauts murs permettait la culture de plantes frileuses comme l’ananas et le palissage des arbres fruitiers.

Quelques vestiges ponctuent la balade : les ruines du château de Charles de Lorraine colonisées par la végétation, des terrasses cernées de balustrades, 2 rampes monumentales en arc de cercle, une arcade aux colonnes corinthiennes, la fontaine archiducale, le mausolée de la famille Warocqué… Sans oublier une orangerie du XIXe siècle abritant les végétaux exotiques à laquelle on accède par un escalier monumental encadré de 2 serres à orchidées et une impressionnante grille en fer forgé.

Dans cet écrin élégant, les végétaux sont mis à l’honneur. Environ 2 500 espèces sont répertoriées. Quelques-unes dateraient de l’ancien domaine royal, certaines sont très rares et d’autres remarquables voire “championnes” de Belgique vu leur taille. Beaucoup d’indigènes et quelques exotiques comme les araucarias du Chili plantés suivant la mode vers 1850. Tout ce patrimoine vivant est choyé par la Communauté Française qui pratique une politique de diversification, de replantation et de gestion différenciée. Soit une nouvelle approche de l’entretien plus respectueuse de l’environnement avec maintien des perspectives paysagères, du patrimoine historique et de l’esprit du lieu.

Focus sur quelques seigneurs
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Différents arbres attirent irrésistiblement les regards. Sur la grande pelouse d’honneur derrière le musée, un vénérable cèdre du Liban, Cedrus libani, en fin de vie, n’a pas encore tiré sa révérence. Soutenu par une béquille depuis 2007, il est toujours là chouchouté par les jardiniers. L’ambassade du Liban en Belgique lui accorde une attention particulière ; au pays, il a pratiquement disparu. Trois jeunes sujets provenant de semis de graines prélevées sur lui sont plantés à proximité en son honneur.

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Un érable sycomore, faux platane à feuillage pourpre, appelé Acer pseudoplatanus ‘Atropurpureum’est impressionnant. Un des plus imposants de Belgique. Il pousse exceptionnellement en cépée, – soit à troncs multiples -, conséquence de tailles récurrentes à une époque où il trônait au milieu d’une prairie régulièrement fauchée. Son feuillage au revers pourpre interpelle le visiteur au printemps mais aussi à l’automne lorsqu’il devient très foncé.

Impossible de passer à côté des 2 groupes spectaculaires de Sequoiadedron giganteum, situés de part et d’autre de la roseraie. Même s’ils ne sont pas champions de Belgique et loin de ressembler aux célèbres américains Général Grant et Général Sherman du Sequoia National Park, ils imposent le respect du haut de leurs 40 m. Sans doute ont-ils déjà 130 ans. À port pyramidal, leurs troncs à écorce épaisse et spongieuse exhibent une couleur caractéristique brun orangé.

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Last but not least, les hêtres sont omniprésents à Mariemont. Pourpres ou non, pleureurs ou non, fastigiés ou non, à feuilles découpées voire laciniées ou non, il y en a pour tous les goûts. Le superbe cultivar Fagus sylvatica ‘Roseomarginata’n’est pas courant. Son feuillage pourpre marginé de rose au printemps s’assombrit en été pour décolorer en rose à l’automne. À chaque saison, un vrai régal de dendrologue.

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En pratique

Parc ouvert tous les jours de 9h à 18h sauf dimanches et jours fériés à 19h

www.musee-mariemont.be