La championne est retirée des circuits depuis 2011 et se consacre à sa vie en famille. Un vrai bonheur pour Vanina Ickx qui n'a cependant pas tout à fait quitté le secteur puisqu'elle fait partie du Conseil d'administration du Racing Automobile Club Belgium. Rencontre.


Vanina Ickx a complètement arrêté le sport automobile. Pilote à succès, elle en a dompté des monstres et signé de belles victoires durant des Grands Prix importants (Le Mans, Monza, Ferrari Challenge...) Sa « retraite » du milieu, elle l'a prise en 2011 après une 7e place au Mans en LMP1 (Le Mans Prototype). « J'avais bouclé la boucle... C'était déjà extraordinaire d'avoir eu ce parcours », estime la jeune femme.

En avait-elle fait le tour ? « Non, on n'en a jamais fini avec ces frissons-là, mais j'avais fait ce que je pouvais faire de mieux alors j'ai préféré lever le pied ». Les choses se sont bien mises : à la même période, elle rencontrait celui qui est devenu son mari il y a un an et le père de son petit Ado, âgé de 2 ans et demi. De pilote, elle est passée à maman et dans cette douceur (mais pas de tout repos!) retrouvée, elle s'épanouit pleinement. « Le temps passe tellement vite, il grandit à vitesse grand V, je suis contente d'être là, d'avoir le temps et le privilège de pouvoir regarder mon fils grandir. Je n'arrivais pas à mettre de mots sur ma vie actuelle et on m'a dit récemment qu'être mère à plein temps, c'était du haut management... C'est tout à fait ça ! », sourit-elle.


Les frissons du démarrage

© E.M./Decancq
Une des voitures pilotée par Vanina Ickx

La jeune femme n'a pourtant pas complètement délaissé l'automobile puisqu'elle fait partie du conseil d'administration du RACB. « J'apprends beaucoup sur la gestion d'une asbl. Je fais partie d'un CA très sérieux avec des personnes connues et reconnues, c'est intéressant. Cela me permet aussi de rester connectée au monde de l'automobile et d'être encore proche des instances dirigeantes du sport auto belge ».

Car on ne l'oublie pas Vanina Ickx ! Elle fait partie des rares femmes pilotes belges et de de fait, elle a été mise dans la lumière dès son apparition sur un circuit en 2000. « Moi je suis plutôt timide et introvertie... Mais le fait d'être une femme dans ce milieu a intéressé les marques et les écuries et j'ai vraiment été mise en avant, mise au centre de la com' de pas mal de sociétés pendant quelques années. Après avoir raccroché, je n'avais pas envie de continuer sur ce chemin-là, ni de travailler pour une marque. Je ne suis pas très moteur, marque, avancées techniques », explique-t-elle. Car ce qui a fait « kiffer » Vanina Ickx pendant 15 ans, c'est vraiment la course, l'exercice physique et mental que cela impose, « J'adorais rouler vite, très vite et me dépasser ! ».

Des sensations qu'elle ressent encore de temps à autre quand on fait appel à elle pour essayer une nouvelle motorisation. Comme la GT3 RS de Porsche qu'elle a piloté récemment sur circuit, un bonheur fort « quand on démarre le moteur ».

Elle peut bien sûr encore partager tout cela avec son père, l'ancien pilote Jacky Ickx qui est désormais ambassadeur du groupe Volkswagen à l'étranger. Quoique... « Mais franchement, quand on se voit, on parle de tout autre chose que d'automobile » dans 99 % des conversations !


Un secteur très masculin, entre paternalisme et sexisme

© Reporters
En 2007, lors du rallye Paris-Dakar

De son passé de pilote, la jolie brune garde des souvenirs d'absolu... et quelques mésaventures d'un sexisme « ordinaire » mais bien ancré dans un monde très majoritairement masculin. « Au début, j'ai été bien accueillie, les hommes avaient plutôt un élan paternaliste, à vouloir me prendre sous leur aile. Mais au fur et à mesure que l'on gagne, que l'on montre que l'on sait ce que l'on veut, leur comportement n'est plus tout à fait le même... », se souvient-elle.

Son père l'avait prévenue : « Il m'a toujours dit que le pire pour un homme sur un circuit c'est de se faire dépasser par une femme. Mais une fois qu'on a un casque sur la tête, on est dans sa bulle et j'aimais tellement ce que je faisais que rien ne pouvaitme toucher ».

Elle se souvient cependant d'une anecdote assez représentative... « En 2000, j'ai participé au Ferrari Challenge, un championnat auquel participaient pas mal de Gentlemen Drivers, venus avec leurs épouses sur le circuit. Cela a été ma première victoire. Eh bien, certains ont revendu leur voiture par la suite, n'ayant pas supporté d'avoir été dépassés par une femme, devant les épouses qui plus est ! », rigole-t-elle encore.


En faire deux fois plus...

Mais à la longue, les petites piques, les remarques et surtout le fait de devoir prouver deux fois plus qu'un homme qu'on est bien à sa place a certainement créé une certaine lassitude, Vanina Ickx le reconnaît. « Par exemple, si un pilote homme rentre plus tôt au paddock car il a trop chaud, que les conditions sont éprouvantes pendant les essais ; c'est considéré comme normal. Si c'est une femme qui le fait, on va se dire qu'elle n'a pas assez de « physique » ». Et son salaire n'était pas non plus égal à ceux des pilotes masculins...

« Et c'est vrai qu'à un moment, il m'aurait fallu encore plus de force pour continuer. Parfois, je ne voyais plus trop le sens de tout ça. C'est aussi ce qui m'a conduit à prendre une décision. »

Et rien de tout ça ne lui manque. Elle s'épanouit aux côtés de son mari et de son fils. Avec dans son garage... une UP de Volkswagen ! « Avant j'habitais en ville et c'était très pratique d'avoir un tout petit modèle et maintenant, pour l'utilisation que j'en ai, c'est toujours très bien. Et puis vous savez, même la plus sportive des voitures du marché ne ressemble à rien comparé à ce que j'ai pu piloter, alors... c'est très bien comme ça ! »


© Valérie Nagant
Vanina Ickx, aujourd'hui, un beau portrait signé par la photographe Valérie Nagant (www.valerienagant.com)