Siméon, le dernier roi de Bulgarie, fête ses 85 ans: retour sur un destin royal pas comme les autres

Roi pendant trois ans et Premier ministre quatre ans, son rêve fut toujours de finir ses jours dans sa patrie.

Siméon, le dernier roi de Bulgarie, fête ses 85 ans: retour sur un destin royal pas comme les autres
©AFP

Le roi Siméon de Bulgarie a fêté le 16 juin dernier ses 85 ans. Retour sur un destin royal pas comme les autres.

Siméon est né à Sofia, il est fils du roi Boris et de la reine Giovanna de Bulgarie, née princesse de Savoie. Il est la troisième génération de la jeune dynastie qui a vu le jour avec Ferdinand de Saxe-Cobourg.

La petite enfance de Siméon est marquée par la Seconde Guerre mondiale et la mort inopinée et encore inexpliquée de son père en 1943 à son retour d’un entretien avec Hitler. On a parlé d’empoisonnement. Le roi Boris n’avait que 49 ans. En plus d’être un drame familial, ce décès propulse Siméon sur le trône à l’âge de six ans. C’est son oncle le prince Kyril, frère cadet du roi Boris qui assure la régence avec deux autres personnes.

Bien que la Bulgarie ait proclamé sa neutralité, les troupes soviétiques franchissent la frontière et provoquent un coup d’État communiste le 9 septembre 1944. Les trois régents sont arrêtés et transférés à Moscou. Ce n’est qu’en janvier 1945 après avoir subi nombre d’interrogatoires sans issue qu’ils sont renvoyés en Bulgarie. Le prince Kiril et d’autres dignitaires sont déférés devant le tribunal populaire. On se croirait au temps de la révolution française comme lors du procès de la reine Marie Antoinette où peu importe ce que l’accusé pouvait dire, la salle ne scandait que "A mort !"

La sentence est la condamnation à mort. La reine Giovanna et ses enfants apprennent la nouvelle par la radio. La reine se voit interdire d’aller dire adieu à son beau-frère. Condamné pour haute trahison alors que le défunt roi Boris avait justement toujours résisté afin de ne pas envoyer de troupes contre les Russes, le prince fut fusillé à Sofia le 1er février 1945 près d’un cratère causé par une bombe de l’armée de l’air américaine.

Comprenant que sa vie et celle de ses enfants pouvaient basculer à tout moment, la reine Giovanna demanda à quitter la Bulgarie. On lui rétorqua qu’elle pouvait partir à sa guise mais pas l’enfant-roi. Il faudra attendre le référendum du 15 septembre 1946 abolissant la monarchie pour que la famille royale parte en exil saine et sauve.

La famille part pour l’Egypte puis l’Espagne. Polyglotte (il parle couramment le français), Siméon de Bulgarie étudie à Madrid le droit et l’administration d’entreprise. Il devient rapidement un homme d’affaires brillant.

En 1962, il épouse à Vevey en Suisse Margarita Gomez-Acebo y Cejuela dont les parents ont été tués en 1936 par les républicains lors de la guerre civile en Espagne. Le couple s’établit à Madrid où naissent cinq enfants : Kardam, prince de Tirnovo (1962-2015), Kiril, prince de Preslav (1964), Kubrat, prince de Panagiurishte (1965), Konstantin, prince de Vidin (1967) et la princesse Kaline (1972).

En 1996, le roi accompagné de la reine Margarita revient enfin en Bulgarie. En 2001, fort de l’enthousiasme populaire suscité par son retour au pays, il fonde un parti libéral pro-européen le Mouvement national Siméon II. Parcours pour le moins atypique pour un monarque qui n’a jamais abdiqué mais dans un pays qui est devenu une république. Il remporte largement les élections du 17 juin 20001 avec 42,7 %, faisant entrer au parlement 120 députés sur 240. Il devient Premier ministre.

Ses décisions dans le domaine économique ne tardent pas à faire grincer des dents. En 2005, son parti reste au pouvoir mais subit un sévère revers avec moins de 20 % des votes. En 2009, il n’a plus que 3 %. Siméon de Bulgarie se retire alors de la vie politique.

Siméon de Bulgarie et sa sœur la princesse Marie-Louise ont récupéré des propriétés privées familiales et des forêts. Depuis de nombreuses années, ils sont en bras de fer avec l’Etat qui ne leur permet pas de jouir librement de leurs biens, notamment de vendre du bois. Siméon a été critiqué par ses opposants pour avoir, selon eux, fait usage de sa position de Premier ministre pour récupérer ses avoirs.

Ses enfants ont tous fait de belles carrières : le prince héritier Kardam était à la tête d’un important groupe de téléphonie à Madrid, le prince Kiril est un analyste financier reconnu à la City à Londres, le prince Kubrat est chirurgien gastrique, le prince Konstantin travaille dans le monde des affaires et la princesse Kalina fait la promotion de la culture bulgare, s’étant installée avec son époux l’explorateur espagnol Kitin Munoz et leur fils Siméon Hassan à Sofia auprès de ses parents.

En 2008, la tragédie s’abat sur la famille. Au retour d’un week-end en province, le prince héritier Kardam perd le contrôle de son véhicule. Il est très grièvement blessé et reste pendant des semaines dans le coma. Malgré différents traitements pour améliorer ses conditions de mobilité, le prince n’a jamais récupéré. En avril 2015, le prince s’est éteint à l’âge de 52 ans.

Siméon II fut roi l’espace de trois ans et quatre ans Premier ministre. Il habite désormais la plus grande partie de l’année en Bulgarie entre la capitale et sa résidence d’hiver de Borovets. Dans sa très intéressante autobiographie publiée en 2014 et intitulée "Un destin singulier", on décèle chez le roi une très grande clairvoyance, un sens du devoir sans limite et tout simplement une personne humble et sincère, qui est restée fidèle à ses principes. Son rêve fut toujours de finir ses jours dans sa patrie. Le voilà exaucé.

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