"J'étais une mère lesbienne : impensable dans l'Amérique puritaine"


BRUXELLES Lorsque le nom de BJ Scott a été cité il y a un an pour rejoindre le jury de The Voice, la première réaction de bon nombre d’internautes a été : “BJ qui ?” Et c’est vrai que si les plus anciens se souvenaient de ses prestations dans 10 qu’on aime à la fin des années 80 avec sa reprise de C’est extra, la chanteuse avait été depuis oubliée et passait pour une illustre inconnue auprès de la nouvelle génération.

Aujourd’hui, tous les jeunes savent qui est BJ et ont pu apprécier son franc-parler. Mais la connaissent-ils vraiment pour autant ? Ont-ils la moindre idée de son parcours mais aussi de son univers musical ? C’est ce qui a intéressé Stéphane Pauwels pour ses Orages de la vie. D’autant que des orages, BJ en a connu. Et pas des moindres. On peut parler de véritables ouragans qui ont balayé son existence, à commencer par sa jeunesse en Alabama, un des États du sud les plus puritains des USA.

Née en 1959, bercée au son du blues et du gospel, Beverly Jo n’a pas une enfance des plus heureuses. “Mon beau-père, ce n’était pas un bon gars”, confie-t-elle avec pudeur. “C’est la partie la plus sombre de ma jeunesse. Il n’était vraiment pas bien.” Elle n’en dira pas plus, mais on devine entre les mots ce qu’elle a dû subir. Il ne faut pas faire un dessin. À 17 ans, elle quitte la maison. C’est là qu’elle tombe enceinte. Mais voilà, elle veut mener sa carrière de chanteuse en même temps et, en plus, elle est bisexuelle. “Déjà, le simple fait d’être enceinte sans être mariée était scandaleux. Alors, vous imaginez : j’étais en plus lesbienne et je prenais ma fille partout avec moi lorsque je chantais. On voulait que je la mette en adoption, mais je refusais. Finalement, ma famille m’a collé un procès pour mère indigne. J’ai perdu ma fille, avec aucun moyen de la récupérer. C’est pour ça que je suis partie en Belgique avec une amie.”

La fille de BJ, Jo Anna, sera finalement élevée par la tante de notre chanteuse. Elles ne se reverront que 15 ans plus tard. L’équipe des Orages de la vie a retrouvé la jeune femme aujourd’hui, aux États-Unis, qui affirme ne pas en vouloir à sa mère. “Elle n’a pas été indigne avec moi. Elle voulait chanter et accomplir son rêve.” Et de passer un message à sa maman : “J e suis très fière de toi. Je réalise le combat que tu as dû mener. Je t’aime.” BJ, émue, confie alors à son tour : “M a fille est devenue quelqu’un de bien et une mère exemplaire.” Des mots pudiques mais derrière lesquels on devine malgré tout des années de souffrance. “Mon regret, c’est de ne pas avoir été plus ouverte avec ma famille. Mais j’ai fait le meilleur que je pouvais pour ma fille et je suis droite dans mes bottes.”

Ravie d’être devenue grand-mère, BJ vit heureuse avec son mari à Wezembeek-Oppem. Mais elle joue de la musique pour les enfants malades de l’hôpital de Leuven, accompagnée d’une musicothérapeute. “À travers la musique, on aide un peu à la guérison.” Mais ne lui dites pas qu’elle fait ça pour compenser le manque de contact qu’elle a eu avec sa propre fille. Pour elle, ça n’a rien à voir. Même si dans son regard, on sent qu’il doit quand même y avoir un peu de ça…


© La Dernière Heure 2012