C'est Gérard Louvin qui a lancé sa carrière, via sa société Glem (Gérard Louvin éditions musicales). Pour autant, cela n'a pas empêché Florent Pagny de commenter, en quelques mots, dans un dossier réalisé par l'Obs, ce qu'il pensait des relations de son ancien producteur et de son compagnon, Daniel Moyne, avec de jeunes garçons. 
" Evidemment qu'ils aimaient les jeunes" dit-il dans les colonnes de l'hebdomadaire français. " Mais je n'imaginais pas qu'ils iraient jusqu'à tripoter des jeunes si jeunes, et leur neveu! Moi, j'ai toujours su me défendre, je me suis éloigné volontairement de tout ça."
 
Ce ne sont que quelques phrases, sur six pages d'enquête, mais elles sont d'autant plus percutantes qu'elles émanent d'un des rares artistes qui a accepté de parler à "L'Obs". Car, pour le reste, ça se tait dans toutes les langues. D'autres ont oublié, certains n'ont rien remarqué. Aujourd'hui, pourtant, cinq plaintes ont été réunies par l'avocat Pierre Dubuisson qui se dit persuadé que " les révélations vont tomber". "Ce dossier s'apparente à l'affaire Weinstein. L'omerta doit cesser", martèle-t-il. 

Parmi les témoins à charge, rencontrés par le magazine, il y a bien entendu Olivier A., le neveu de Gérard Louvin, par qui l'affaire est arrivée. "Agression sexuelle", "Viol" et "complicité de viol" sont les raisons qui ont poussé la justice à ouvrir une enquête préliminaire. Un ancien régisseur de chez Glem - à l'époque, la société produit les plus grosses émissions de TF1 comme "Sacrée soirée", "Intervilles" et bien d'autres - qui a quitté la boîte, parle, lui, d'une ambiance " de vautours". " J'avais fait venir en stage un neveu", explique Louis-François Bertin-Hugault. " Je lui ai dit "Si Moyne t'embête, envoie-le péter gentiment". A la fin du stage, il m'a dit que j'avais bien fait de le prévenir."
© THIERRY GROMIK/D8


Un autre homme, Grégory C., a lui aussi porté plainte. Il avait 13 ans et on le faisait passer pour le neveu de Moyne, ce qu'il n'était pas. "J'étais sous son emprise. Après avoir abusé de moi, Daniel me disait "Va faire un petit câlin à Gérard, il en a besoin, il a beaucoup travaillé." J'y allais." Des mots qui sont presque identiques à ceux d'Olivier A., qui explique comment le compagnon de son oncle lui a appris la masturbation et la fellation en regardant des films pornos. Il n'avait pas 12 ans. Jusqu'à ce qu'à la sodomie, "une fois" et quelques années plus tard. C'est ensuite que " Daniel m'envoie dans la chambre voisine pour dire bonsoir à mon oncle qui ne posait aucune question". Et d'ajouter : " Vers 12 ans, ils m'ont demandé de venir avec un copain. Je n'en avais pas conscience, mais j'ai servi de rabatteur".

Une première enquête visant le couple avait déjà été ouverte, après qu'une lettre anonyme avait atterri, en 2000, à la brigade de protection des mineurs de Paris. Le couple Louvin-Moyne y était accusé d'abuser de leur fils adoptif. Le dossier est resté ouvert durant des années, les deux hommes ont été surveillés de près mais en 2015, un non-lieu fut prononcé. 

Pourtant, au cours de l'enquête, les policiers ont entendu Olivier A., qui a tout déballé. Idem pour un autre garçon, qui, explique "L'Obs", pleure comme un enfant de 10 ans" quand il raconte son histoire. Changement de tactique, alors, pour le duo Louvin-Moyen qui reconnaît des actes sexuels consentis. "Il se peut qu'il y ait eu des attouchements, y a plus de trente ans", concède le directeur artisitique de Glem. Les faits sont prescrits. L'affaire est classée.

Cinq ans se sont écoulés, depuis. Olivier a essayé d'obtenir réparation, a demandé de l'argent à son oncle, qui a crié au chantage. Alors, quand l'affaire Kouchner a éclaté, Olivier a décidé de porter plainte. Quatre autres hommes l'ont suivi. Gérard Louvin clame son innocence, Jean-Pierre Foucault le soutient, rappelle le principe de la présomption d'innocence. La justice, elle, poursuit son travail...