Écorché vif, Guillaume Depardieu était dégoûté de tout. Et de tout le monde. Sauf de sa sœur

Juliette & Guillaume Depardieu: Une lettre oubliée

Extrait de "Aime ton père"

Extrait de "Versailles"

Sa filmographie

PARIS Guillaume Depardieu faisait partie de ces personnalités impossibles à oublier. D'une timidité maladive qui le poussait à boire des chopes et fumer des cigarettes pendant une demi-heure de peur de se rendre à l'interview, il flinguait ensuite à tout va avec une virulence inouïe. Par phrases très courtes, la plupart du temps inachevées. Il balançait tout ce qui lui passait par la tête, sans souci de cohésion.

Être compris était d'ailleurs le cadet de ses soucis. "Je suis un génie et je vous emmerde" , avait-il lâché en tout début de rencontre lors de la promo de Célibataires, en mars 2006. Avant de préciser : "Je n'aime ni Rimbaud ni Balzac, mais Guillaume Depardieu, car il a une vraie poésie. Et là, c'est le drame. "

Agressif en dépit d'une voix très douce, il était en guerre contre tout. Et tout le monde. Y compris son père, qu'il traitait de "voyou" , "d'irresponsable qui ne fait que des conneries ".

Rien ne semblait échapper à sa colère. Nicolas Sarkozy ("J'ai le droit de dire qu'il sent la merde"), la télévision ("Je suis obligé d'en faire mais je déteste ça"), le cinéma en général ("Il y a plus de longs métrages ratés que de courts réussis") et son métier en particulier ("Je suis un cas désespéré en tant qu'acteur. Pas en tant que spectateur, puisque je ne vais pas voir de films en salle s"), rien n'échappait à son dégoût. Sauf sa sœur, Julie Depardieu. À qui il vouait une admiration sans bornes.

Lors de notre rencontre, il espérait tourner avec elle prochainement. "Peu m'importent les partenaires, c'est la rencontre qui compte. Je vais jouer pour la première fois avec ma sœur dans Les jours fragiles (sur la vie de Rimbaud, NdlR) et ce sera particulier, plus touchant. Mon personnage va devoir la brusquer. Pourtant, je n'ai qu'une envie, c'est qu'elle soit heureuse. Je suis son premier fan." Le projet ne s'est jamais concrétisé.

Des rêves de musique

Entre deux (très longs) silences, Guillaume Depardieu crachait son dégoût. De sa vie ("Je n'aime pas la mienne "), la société ("On s'élève contre quelque chose, pas pour quelque chose. Il faut se battre contre tout : les parents, la société "), la justice, la médecine.

Il ne rêvait finalement que de musique. Le titre de l'album qu'il voulait sortir et qui est finalement devenu le nom de sa maison de production : Post mortem... Un bon résumé de cet écorché vif pour qui l'existence ne fut qu'un long calvaire.



© La Dernière Heure 2008