Le 30 mars prochain, il y aura 20 ans que la reine mère Elizabeth dite Queen Mum s’éteignait au château de Windsor à l’âge de 101 ans, veillée par sa fille la reine Elizabeth. Six semaines plus tôt, elle avait eu la douleur de vivre le décès de sa seconde fille la princesse Margaret. Un coup du destin dont elle ne s’était pas remise. Elle ne fut reine consort que pendant 15 ans mais fut un membre de la famille royale pendant 79 ans.

C’est le 4 août 1900 à Londres qu’Elizabeth Bowes-Lyon, fille de lord Glamis, futur comte de Strathmore et Kinghorne appartenant à la noblesse écossaise, et de lady Cecilia Cavendish Bentinck, voit le jour. Elizabeth est la neuvième d’une fratrie de dix.

Elle grandit à Londres et au château familial de Glamis en Ecosse qui lors de la Première Guerre mondiale est transformé en lieu d‘accueil pour soldats. Les Bowes-Lyon sont très mobilisés. L’un de ses frères meurt au combat en France et un autre est fait prisonnier.

En 1920, elle rencontre le prince Albert, duc d’York, second fils du roi George V et de la reine Mary. De nature timide, le prince se sent immédiatement à l’aise avec Elizabeth. Prenant son courage à deux mains, il lui demande de l’épouser en 1921 mais Elizabeth refuse. Elle ne se voit pas sacrifier sa liberté pour entrer au sein de la famille royale. Une deuxième demande est aussi repoussée. La reine Mary consciente du désarroi de son fils, se rend personnellement au château de Glamis pour faire plus amples connaissance avec Elizabeth Bowes-Lyon. Elle tombe sous le charme et en revient convaincue qu’elle est la femme qu’il faut à son fils.

En 1923, les fiançailles sont annoncées. Le mariage est célébré en l’abbaye de Westminster. À l’issue de la cérémonie, Elizabeth dépose son bouquet de fleurs sur la tombe du Soldat inconnu en hommage à son défunt frère Fergus. C’est devenu depuis une tradition pour les mariées de la famille royale.

Elizabeth porte désormais le titre de duchesse d’York. Elle forme un couple heureux et uni avec son époux. C’est à son initiative que le prince Albert entame une thérapie de lutte contre le bégaiement qui le handicape très fortement lors de ses allocutions publiques. Un film y sera consacré en 2010 "Le discours d’un roi ". Les York ont deux filles Elizabeth en 1926 et Margaret en 1930. Rien ne les destine alors à un rôle de premier plan puisque l’héritier du trône est David, prince de Galles.

Sur le trône à cause de Wallis Simpson

Ce dernier qui jouit d’une popularité certaine au sein de la population, mène la grande vie avec ses amis. Il s’est amouraché de Wallis Simpson, une Américaine roturière et divorcée. L’union est pour l’époque tout bonnement inenvisageable.

Après des mois de bras de fer avec le gouvernement, David devenue roi Edward VIII à la mort de son père en 1935, décide d’abdiquer avant son couronnement. La vie des York est bouleversée. Le duc d’York devient le roi George VI. Elizabeth vouera jusqu’à son dernier souffle une haine féroce à l’égard de Wallis Simpson que l’ex-roi Edward VIII épousa en 1937.

George VI leur octroya le titre de duc et de duchesse de Windsor mais sans prédicat d’Altesse royale pour Wallis, ce qui est considéré comme une vexation appuyée par Elizabeth. La reine consort sait que son époux n’a pas la force d’assumer une vie sous le feu des projecteurs. Elle fut son plus fidèle soutien.

La guerre 40-45 va donner une nouvelle dimension au couple royal. Malgré les bombardements qui frappent aussi le palais de Buckingham, le roi George VI et la reine Elizabeth restent au pays auprès de la population. Après des attaques, Elizabeth toujours impeccablement habillée (elle estimait que c’était une marque de respect) se rendait dans les quartiers sinistrés. L’attitude du couple royal fut exemplaire, au plus proche de leurs compatriotes alors que l’ex-roi Edward VIII rencontrait Hitler dans son nid d‘Aigle avec le secret espoir qu’en cas de victoire du Reich, il serait remis sur le trône.

Lorsqu’on lui demandait si elle allait s’exiler au Canada ou aux Etats-Unis avec les princesses, Elizabeth eut cette réponse : "Mes filles ne partiront pas sans moi, je ne partirai pas sans le roi et le roi ne quittera pas son pays".

La princesse héritière Elizabeth se marie en novembre 1947 avec le prince Philip de Grèce et donne deux premiers petits-enfants au couple royal : Charles et Anne en 1948 et en 1950. La santé de George VI décline progressivement mais nul n’imagine sa fin si proche lorsqu’il accompagne sa fille et son gendre à l’aéroport pour un long voyage dans différents pays du Commonwealth. Le souverain s’éteint le 6 février 1952 dans son sommeil au château de Sandringham. Il n’avait que 56 ans.

Comme en Belgique au moment de l’abdication du roi Albert II, le pays compte alors trois reines : Elizabeth II qui règne, la reine mère Elizabeth (pour la différencier de sa fille) et la reine Mary, veuve de George V.

Victime de nombreuses chutes

Veuve à l’âge de 51 ans, Elizabeth reprend dès 1953 le rythme de ses activités officielles avec des déplacements à l’étranger. Elle prend aussi plaisir à plusieurs déplacements semi-privés en France où elle visite châteaux et haras. La presse de cœur évoqua dans les années 60 un possible remariage avec le roi Olav de Norvège, veuf de la princesse Martha de Suède, sœur de la reine Astrid.

Début des années 80 avec son amie lady Fermoy, elle voit d’un bon œil le rapprochement de leurs deux petits-enfants lady Diana Spencer et le prince Charles. On connaît la suite. Grand-mère à six reprises, Queen Mum a connu neuf de ses douze arrière-petits-enfants.

Très coquette, elle avait pour habitude de s’habiller en long le soir pour dîner dans sa résidence de Clarence House. La reine mère n’était point une grande gestionnaire, dépensant plus que de besoin et contractant des dettes qui furent épongées à sa mort par sa fille.

Elle fut toujours très proche du prince Charles qui trouva enfant beaucoup d’affection auprès de sa grand-mère maternelle pendant que la reine et le duc d’Edimbourg partaient de longues semaines en voyage.

La fin de sa vie est faite de nombreuses chutes qui provoquèrent des fractures et immobilisation. Elle est vue la dernière fois en public le 22 novembre 2001. Comme pour tous les membres seniors de la famille royale, ses funérailles avaient été méticuleusement préparées. C’est sur cette base que l’on organisa ceux de la princesse de Galles sans la grande composante militaire.

200.000 personnes viennent se recueillir pendant trois jours à Westminster Hall où sa dépouille est exposée et veillée par ses quatre petits-fils le prince de Galles (qui a du mal à cacher sa grande émotion), le prince Andrew, le prince Edward et le vicomte Linley, fils de la défunte princesse Margaret. Le 9 avril 2002, on estime à un million de personnes qui se trouve sur le parcours funèbre entre Westminster et Windsor où elle est inhumée auprès de son époux.

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, Queen Mum bien que centenaire ne fut pas le membre le plus âgé de la famille royale. Le record est détenu par sa belle-sœur la princesse Alice, duchesse douairière de Gloucester qui s’est éteinte à 102 ans en 2004.

Après sa mort, le prince de Galles s’est installé dans sa résidence de Clarence House à Londres.