Beatrix des Pays-Bas aurait dû fêter ce 10 mars ses noces d’orchidée, à savoir 55 ans de mariage, si la vie ne lui avait déjà enlevé en 2002 son époux Claus von Amsberg. Une belle histoire d’amour pour laquelle la future reine dut se battre pour imposer son choix d’épouser un Allemand dans une période post Seconde Guerre mondiale encore très sensible aux Pays-Bas.

C’est lors d’une soirée de la Saint-Sylvestre en Allemagne en 1962 que la princesse héritière Beatrix des Pays-Bas, née en 1938, fait la connaissance d’un diplomate allemand issu de la petite noblesse, Claus van Amsberg, né en 1926. Ils se revoient à plusieurs reprises. Dans leur cercle d’amis se trouve aussi le prince Richard de Sayn-Wittgenstein-Berleburg (qui épousa plus tard la princesse Benedikte de Danemark), si bien que l’on se met à croire à une idylle entre eux.

En mai 1965, des photos volées montrent Beatrix et Claus dans le parc du château de Drakensteyn, résidence de la princesse. Lorsqu’on découvre que Claus a été membre des jeunesses hitlériennes, c’est l’émoi aux Pays-Bas.

Claus von Amberg vécut enfant en Tanzanie et garda une relation privilégiée avec le continent africain. En 1938, il rentre en Allemagne et est contraint d’intégrer comme les jeunes de son âge les jeunesses hitlériennes puis l’armée. Fait prisonnier par les troupes américaines en Italie, il leur sert de chauffeur et traducteur.

De retour en Allemagne et diplômé en droit, il travaille à la réhabilitation des droits des juifs allemands avant d’intégrer la carrière diplomatique en République dominicaine puis en Côte d’Ivoire.

Il faudra une enquête démontrant qu’il n’a pas commis de crime de guerre pour que le Parlement néerlandais donne son aval au mariage.

Ce 10 mars 1966, Beatrix rayonne et est tout à son bonheur. Peu importe les fumigènes lancés tout au long du parcours dans les rues d’Amsterdam. Coiffée d’un imposant diadème en perles et diamants, la princesse porte une création de Lien Bergé-Farwick de la maison de couture Linette à Den Bosch. Parmi les invités du Gotha, la Belgique est représentée par le roi Baudouin, la reine Fabiola, le prince Albert et la princesse Paola.

Le voyage de noces se déroula au Mexique. Le couple eut trois fils : Willem Alexander (1967), Friso (1968-2013) et Constantijn (1969).

La personnalité attachante du prince Claus ne tarda pas à conquérir ses nouveaux compatriotes. Beatrix devint reine en 1980, période à partir de laquelle il sombre dans des dépressions successives. Accablé par le poids de la charge royale et ne pouvant s’épanouir dans le domaine de la coopération et du développement comme il en rêvait, il passe plusieurs séjours en hôpital.

Pendant toutes ces années, il peut compter sur la réelle affection de son épouse et de ses fils. En 2001, lorsque son fils aîné Willem Alexander présente sa polémique fiancée Maxima Zorreguieta, fille d’un ministre du gouvernement dictatorial argentin de Videla, le prince est là pour dire quelques mots et demander à l’opinion publique d’ouvrir immédiatement ses bras à Maxima, comme elle fit rapidement pour lui. Le prince qui a surmonté un cancer mais qui est diminué et souffre de Parkinson, émeut par ses paroles affectueuses.

Très fragile, il n’assiste qu’à la cérémonie religieuse du mariage de Willem-Alexander et Maxima le 2 février 2002. En juin 2002, il devient grand-père pour la première fois avec la comtesse Eloïse.

Le 6 octobre 2002, il s’éteint à Amsterdam. Sa disparition est ressentie avec beaucoup de peine dans le pays. En femme de caractère, Beatrix régnera encore 10 ans seule.

Lors de son message télévisé à la nation en avril 2013, la veille de son abdication, Beatrix eut des mots pour son défunt époux, concluant que cela avait été la meilleure décision de sa vie que de l’épouser.

Aujourd’hui, grand-mère de huit petits-enfants dont un seul garçon prénommé Claus-Casimir, elle est revenue habiter le château de Drakensteyn où son histoire d’amour avec Claus avait commencé.