L'exil suisse du chanteur prend une dimension nationale

PARIS Johnny Hallyday a confirmé, jeudi soir, sur Europe 1, qu'il a l'intention de se faire domicilier à Gstaad, en Suisse, une station huppée qu'il connaît bien. Il y a passé des vacances et il y possède déjà un chalet, le Concordia, qu'il est occupé à rénover. Son fils, David, habite lui-même à Genève mais sa belle-famille exploite, à Gstaad, un restaurant très fréquenté, le Chloesterl.

Johnny Hallyday n'a pas caché qu'il n'est pas guidé, ici, par des motivations familiales, mais par des préoccupations fiscales. Ce sont les droits de succession qui le motivent surtout : "Je suis d'accord pour payer des impôts, mais les droits de succession et tout ça, je ne suis pas d'accord. Moi, je veux que mes enfants soient protégés pour le reste de leur vie".

En Suisse, les étrangers bénéficient d'un forfait fiscal avantageux, à condition de ne pas avoir une activité rémunérée dans le pays mais d'y résider au moins six mois et un jour par an. Ce qui est difficile à contrôler. À Gstaad, 1.979 des 7.234 habitants de la commune sont des étrangers.

Le journal suisse Le Matin a déjà prévenu Johnny Hallyday qu'il risquait de "s'ennuyer à mourir" dans cette ville faite pour ceux qui aiment le ski, la randonnée et la solitude et où, de surcroît, la langue parlée est l'allemand.

En France, en pleine période préélectorale, cette histoire prend une allure d'affaire d'État. À gauche, on se gausse : "Sarkozy devrait se méfier de ses propres amis", dixit François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste. Mais Sarkozy, soutenu dans sa campagne par Johnny Hallyday, retombe sur ses pattes : "Le départ de Johnny prouve qu'il y a un problème. Dans un pays où tous les artistes, les sportifs, les créateurs et les chercheurs se disent qu'il faut partir, c'est qu'il y a un problème. Je voudrais que tout le monde considère qu'on peut vivre en France, même quand on y réussit. La France ne doit pas seulement être accueillante pour ceux qui n'ont ni papiers ni formation".

Même le président de la République a été interrogé sur la question : "J'apprécie énormément Johnny Hallyday sur le plan humain comme sur le plan artistique. Il n'en reste pas moins que je regrette un peu le comportement du citoyen", a commenté Jacques Chirac.
© La Dernière Heure 2006