Le mois dernier, le roi Juan Carlos d’Espagne âgé de 84 ans, était revenu au pays après presque deux années d’exil volontaire aux Emirats arabes unis en raison des poursuites fiscales qui étaient alors en cours à son encontre. L’ancien monarque a entre temps bénéficié d’un non-lieu en plus d’avoir régler une amende à hauteur de 5 millions d’euros.

Juan Carlos a donc décidé de revenir quelques jours dans le cadre de régates à Sanxenxo en Galice, localité d’où il avait quitté l’Espagne en août 2020. Tout un symbole. Juan Carlos savait en plus que l’accueil qui lui serait réservé, ne serait point hostile bien au contraire. La population locale a toujours été très fière de le voir séjourner en Galice et de faire halte dans les meilleures maisons de bouche. A se descente d’un jet privé, il avait été accueilli par sa fille aînée l’infante Elena et son cercle d’amis fidèles chez qui il logea au cours de cette villégiature. Le souverain remporta même les régates et en profita pour aller applaudir son petit-fils Pablo Urdangarin à Pontevedra où il disputait un match de handball sous les couleurs du FC Barcelone.

Chaque sortie du roi Juan Carlos était très attendue par le public qui ovationna même l’ancien souverain, ému aux larmes et présentant des difficultés motrices. Il pouvait ainsi se rendre compte qu’il jouissait - du moins chez certains- encore de cette popularité qui fut sienne pendant de très longues années.

Blanchi une première fois par la justice, Juan Carlos avait cependant bien compris que sa marge de manœuvre n’était pas très large. Le gouvernement de Pedro Sanchez lui est toujours aussi hostile et son fils le roi Felipe doit composer entre raison d’Etat, avenir de la Couronne et sentiment filial. Le roi Juan Carlos avait donc émis un communiqué indiquant qu’il resterait vivre à Abu Dhabi mais effectuerait des retours réguliers en Espagne, ne logeant pas dans les demeures de la famille royale.

A la fin de son séjour, il retrouva une partie de sa famille au Palais de la Zarzuela pour un déjeuner. Felipe et Letizia d’Espagne, l’infante Sofia, l’infante Elena et ses enfants, l’infante Margarita (sa sœur) et la reine Sophie qui ne participa pas au repas car testée positive au coronavirus, étaient présents. Le roi resta onze heures précisément dans ce qui fut sa demeure depuis son mariage en 1962. Il eut aussi un entretien avec son fils Felipe.

Ce n’est qu’à présent que cette conversation en tête à tête est évoquée par l’entourage de Juan Carlos. Le quotidien "El Pais" s’en faisait d’ailleurs écho. L’entrevue ne s’est pas déroulée comme espérée par Juan Carlos. Felipe a gardé ses distances. Il avait effectué quelques jours auparavant une visite éclair aux Emirats suite au décès de l’émir d’Abu Dhabi mais n’avait pas été saluer son père sur son île privée, se contentant d’un bref coup de fils à son départ de l’aéroport.

Felipe d’Espagne aurait peu goûté au retour très médiatique et enthousiaste (en Galice) de son père. Il lui aurait asséné que ce "cirque ne devait plus jamais se reproduire".

Juan Carlos était annoncé à nouveau à Sanxenso pour ce week-end. Le déplacement a été annulé. Officiellement car le roi ne prend jamais part à des régates en parallèle d’un scrutin électoral, on vote en effet en Andalousie pour des élections régionales.

Mais cette annulation est en fait la conséquence d’un veto royal. La pilule est dure à encaisser pour Juan Carlos, lui qui conduisit son pays vers la transition démocratique. Certes, il a commis de graves erreurs de jugement et des errements de vie privée qui ont eu des conséquences sur sa vie publique mais le roi a été blanchi et il espérait tourner la page.

Cela ne sembla pas au goût du gouvernement espagnol -qui aurait souhaité des excuses publiques- et par la force des choses de Felipe d’Espagne. Entre temps, le quotidien "El Mundo" publiait l’information selon laquelle Juan Carlos était visé par une nouvelle enquête de l’administration fiscale. Il devra justifier des dépenses pour des parties de chasse et des vols privés de 2014 (date de son abdication) à 2018. On parlerait d’un montant de 120.000 euros, soit un seuil inférieur à ce qui pourrait être constitutif d’un délit fiscal avec peine de prison.

Il semble bien que ce nouvel épisode fiscal n’ait pas modifié non plus les plans de retour en Espagne. Pour Juan Carlos, vieillissant loin des siens, ce dernier chapitre vie semble bien difficile à s’écrire dans la sérénité.