L'abbé le plus populaire de France fêtera ce jeudi json 90e anniversaire avec ses "compagnons"

PARIS Il le fera dans la première communauté Emmaus qu'il a créée en 1949 à Neuilly-Plaisance dans la banlieue parisienne. Au cours des dix dernières années, l'abbé s'est retrouvé en tête de quatorze des vingt sondages IFOP, réalisés chaque année pour l'hebdomadaire 'Le Journal du Dimanche', à peine concurrencé par les sportifs David Douillet et Zinedine Zidane.

La décennie précédente, il s'était partagé ce trône avec le commandant Cousteau. Si les adolescents de 11-15 ans sont plus nombreux à connaître les héros de l'émission "Star Academy" que l'abbé, celui-ci les dépasse de loin en estime, selon une enquête récente du Credoc. "Il n'est pas le meilleur", affirme le scientifique Albert Jacquard, un de ses proches, "mais c'est justement parce qu'il ne cherche pas à l'être que les gens l'aiment".

"Les Français aiment bien qu'on dise ce qu'on pense. Lui l'a toujours fait, y compris quand il s'est complètement trompé, mais même là, il a plu parce qu'il ne s'est pas demandé si cela lui porterait tort", dit-il. "Il est, poursuit-il, à la fois humble et d'un orgueil formidable, insensible à ce que l'on peut dire de lui, parce qu'il est protégé par sa foi, il a façonné toute sa vie sur cette évidence, que le jour de sa mort, il va faire une rencontre formidable".

Mais même sa foi, souvent rappelée par le vieux prêtre et au coeur de ses derniers livres, ne dérange pas les non-croyants qui le portent aux nues au même titre que les catholiques pratiquants. L'abbé Pierre a d'ailleurs souvent "secoué" l'Eglise, en défendant notamment l'usage du préservatif, comme il a secoué les hommes politiques. Mais il a su s'arrêter à temps dans ses remontrances contre l'église sans se faire sanctionner, note Albert Jacquard.

L'abbé Pierre a d'ailleurs voulu qu'Emmaüs, dont les principes de vie sont éminemment chrétiens, soit un mouvement laïque, indépendant de l'Eglise. Fin politique, l'abbé a toujours visé juste lors de ses campagnes contre le mal-logement, mais c'était, et les Français l'ont bien compris, sans arrière-pensées politiques. Il a d'ailleurs à plusieurs reprises refusé de répondre à l'appel d'hommes politiques et répété avoir été un député "nul", après-guerre.

Cette indépendance d'esprit, ce caractère frondeur, ce mélange d'humilité et d'orgueil sont du goût des Français, qui aiment bien aussi que cet homme, qui les a maintes fois rappelé à leur devoir de solidarité, ait accordé les gestes à la parole, vivant comme un pauvre, manifestant aux côtés de squatters. L'abbé Pierre a fait bénéficier de cette popularité la cause des exclus, puisqu'aucun homme politique, de quelque bord que ce soit, n'a osé passer outre ses interpellations, mais "c'est dommage qu'on ait besoin, en France, de ces figures emblématiques", soutient Albert Jacquard, "car, lorsqu'elles ne sont plus là, il faut continuer à se battre".