Le 1er janvier dernier en la cathédrale anglicane du Cap en Afrique du Sud, la princesse Mabel des Pays-Bas faisait partie de la petite centaine de personnes présente pour les obsèques de l’archevêque et Prix Nobel de la paix, Desmond Tutu décédé à l’âge de 90 ans. En raison des normes sanitaires actuelles, c’est un hommage intime qui a été rendu à cet artisan de la réconciliation nationale.

Les monarchies n’ont pas manqué de se souvenir de l’homme de paix qu’il fut, d’Elizabeth II à Rania de Jordanie en passant par la princesse Charlène de Monaco, les hommages ont été très nombreux. Mais à quel titre, la belle-sœur du roi Willem-Alexander des Pays-Bas occupait-elle une place au cinquième rang dans la cathédrale

Aujourd’hui âgée de 53 ans, Mabel Wisse-Smit est diplômée en sciences économiques et politiques de l’université d’Amsterdam. Très active dans le domaine des droits de l’homme, Mabel a tissé un important réseau international bien avant son mariage en 2003 avec le prince Friso, deuxième fils de Beatrix des Pays-Bas.

Lors de l’annonce des fiançailles, tout le monde est sourire mais au cours des semaines qui suivront, le Premier ministre Balkenende écrit au parlement qu’il ne présentera pas une motion devant l’assemblée pour approuver le mariage du prince et de Mabel Wisse-Smit car les fiancés lui ont caché des éléments importants du passé de la jeune femme. La relation qu’elle avait entretenue autrefois avec Klaas Bruinsma, baron de la drogue, décédé entre-temps, ayant été minimisée. Le prince Friso alors deuxième dans l’ordre de succession au trône, prit la décision catégorique de renoncer à ses droits dynastiques.

Le mariage fut célébré à Delft. Le couple eut deux filles Luana et Zaria, et s’installa à Londres. La princesse qui avait intégré l’Open Society Institute de Bruxelles, continua son chemin professionnel dans le domaine de la paix. Ainsi, en 2007, elle fit partie des membres fondateurs du Conseil européen des relations internationales.

L’année suivante, elle devint présidente de l’ONG The Elders (les sages) lancée par le président Mandela et où elle côtoya l’archevêque Desmond Tutu. Ensemble, ils effectuèrent différents déplacements dans le monde, dans des zones de conflits ou de post-guerre afin de mettre en place les mécanismes légaux en vue d’une cohabitation désormais pacifiée.

La vie de la famille royale néerlandaise va basculer en février 2012 lorsque le prince Friso qui faisait du hors-piste, est victime d’une avalanche près de la station autrichienne de Lech où la reine Beatrix a ses habitudes annuelles depuis de longues années. Réanimé avec difficulté, le prince restera plongé dans le coma jusqu’à sa mort le 12 août 2013, veille de l’anniversaire de la princesse Mabel.

Les médecins étaient unanimes, les séquelles cérébrales étaient très importantes. Pourtant la princesse toujours soutenue par sa belle-mère la reine Beatrix, fit tout son possible pour que le prince soit entouré des meilleurs soins dans une institution à Londres. Au cours de l’été 2013, il fut décidé de le transférer aux Pays-Bas pour qu’il passe quelques semaines en famille.

Pendant ces 18 mois entre l’accident et la mort du prince, l’archevêque Desmond Tutu téléphona chaque jour à la princesse Mabel. Comme elle l’a confié, il pouvait s’agir d’une conversation de quelques minutes en raison aussi de l’emploi du temps du prix Nobel ou d’un coup de fil de plus d’une heure.

A chaque appel, Desmond Tutu essayait de communiquer son optimisme à la princesse qui avait quitté The Elders pour s’occuper de son mari et de leurs deux filles.

Le 2 novembre 2013, un office religieux fut célébré en la cathédrale de Delft où Friso et Mabel s’étaient mariés. L’enterrement du prince avait été fait dans une relative intimité familiale, cette messe du souvenir devait permettre aux nombreux proches du couple d’être présents. Parmi eux, le chanteur Bono mais aussi Desmond Tutu.

10 ans plus tard, l’image était poignante lorsque la princesse Mabel, masquée de noir, s’avança à son tour pour effleurer du bout des doigts le simple cercueil en bois de son ami.