L'homme le plus détesté de France

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Envoyé spécial en France Eddy Przybylski

Publié le à - Mis à jour le à

Jacques Colin fut rédacteur en chef du magazine Voici. Il publie ses souvenirs

PARIS Le livre s'appelle Voilà! et le sujet, Voici. En l'occurrence, le magazine le plus controversé de France, dont l'auteur (du livre), Jacques Colin, fut, pendant deux ans, le rédacteur en chef.
`Le journalisme est un métier difficile. Celui-là l'était d'autant plus qu'on n'a aucun soutien. Un rédacteur en chef de Voici est un objet d'exécration pour tout le monde, à part le public. Et au bout d'un certain temps, ça finit par peser. Pendant deux ans, j'ai pris des coups de tous les côtés.´`A un certain moment, je voulais sortir de là. Pas pour une question de conscience. Pour une question de confort. Mais il reste, de cette expérience, des choses que j'ai aimées: découvrir les ficelles et les combines du show- business! Quand je suis arrivé, j'étais un puceau du journalisme . J'ai vraiment découvert comment tout cela fonctionne. Y compris dans la presse. Je sais que certains magazines achètent des photos compromettantes qu'ils ne publient pas mais qui servent à négocier des reportages par la suite.´

Le rédacteur en chef d'un magazine qui tire à un million d'exemplaires est un des journalistes les mieux payés de France?
`De la presse écrite! Je peux vous le dire: brut, je gagnais 6.000 € par mois. Avec, en plus, une énorme carotte liée au résultat: des primes qui pouvaient aller jusqu'à 40.000 € sur l'année. En gros, pendant deux ans, j'ai très bien gagné ma vie.´

Vous racontez que vous étiez très ami avec le top model Carla Bruni et qu'à un dîner elle vous a demandé de ne pas dire qui vous étiez.
`Elle en était un peu gênée. Mais je m'y attendais un peu et je n'ai pas vécu ça mal. Carla était une bonne camarade et je ne tenais pas non plus à lui gâcher sa soirée. A la limite, je l'ai pris comme un jeu. J'ai voulu raconter cette histoire dans le livre, parce qu'elle me paraît symbolique. C'est une attitude qui était parfois une obligation. A l'inverse, j'ai une fille de 11ans, qui a l'âge où on aime déjà les histoires de vedettes et je n'ai aucun problème à laisser traîner Voici à la maison. J'en aurais par contre à la voir feuilleter d'autres magazines plus explicites. Je l'ai dit, un jour, à l'avocate de Claire Chazal qui m'a répondu que les photos volées étaient illégales tandis que les photos pornographiques ne l'étaient pas. Je lui ai répondu que c'était dommage...´

Vous vous justifiez en affirmant que les journaux traditionnels sont inféodés aux maisons de disques et qu'un magazine comme Voici va plus loin. Mais est-ce aller plus loin que de se limiter aux histoires sentimentales des stars?
`Ce sont des métiers qui suscitent de tels fantasmes. Le jour où j'ai accepté ce poste à Voici , j'étais obligé de respecter ce qu'était ce journal. Au mieux, je pouvais y ajouter des choses. Mais il est vrai qu'il se pratique des choses plus graves que les divorces ou des adultères. Je songe à ces artistes qui sont payés cher pour paraître à une soirée de charité, qui font semblant d'y dépenser beaucoup d'argent et qui en retirent de la publicité.´

Quels artistes?
`Le problème est là! Je ne peux les dénoncer que si j'obtiens une trace de ces dessous de table. Or, ce sont des tractations qui se font en liquide.´

Vous expliquez aussi que, si vous rencontrez un artiste, il vous est plus difficile après de l'ennuyer dans vos colonnes.
`Après, c'est foutu! Dès lors, ou bien je prends le parti d'être l'homme le plus détesté de France et je m'en tiens à ça ou je rencontre les gens et je finis par passer un accord avec eux. Concrètement, j'ai toujours su qui j'acceptais de rencontrer. Je n'aurais jamais dîné avec Depardieu. Car là, je me serais mis dans une situation très embarrassante.´

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