Le plus célèbre des noctambules des nuits parisiennes s’est éteint à l’âge de 88 ans.

Depuis dimanche, les nuits parisiennes ne seront plus jamais ce qu’elles ont été. Michel Catty dit Michou s’en est allé à l’âge de 88 ans. Il s’est éteint à l’aube dans un hôpital parisien. Depuis plusieurs jours, son état de santé s’était considérablement dégradé.

Depuis le début des années 60, Chouchou comme l’appelaient ses intimes, était devenu le personnage le plus célèbre des nuits de la capitale française avec son éternel costume bleu, ses immenses lunettes excentriques et son brushing décoloré. Sa notoriété, il la doit aux spectacles donnés dans son cabaret ouvert en 1956 au 80 rue des Martyrs, à Montmartre, dans le XVIIIe arrondissement de Paris et une poignée d’articles publiés dans Jours de France et d’autres titres vantant l’originalité et l’ambiance proposée Chez Michou.

Parce que Chez Michou n’était pas un cabaret tout à fait comme les autres depuis que le maître des lieux et deux de ses comparses montaient sur scène travestis - ou en transformistes comme il convient désormais de les appeler - pour chanter en play-back les succès du moment ou d’antan : Édith Piaf, Sylvie Vartan, Brigitte Bardot ou France Gall. Il n’en fallait pas plus pour voir le Tout-Paris prendre la direction de la butte pour assister à ces représentations. Au fil du temps, les shows s’ouvriront à d’autres personnalités de la chanson, qu’il s’agisse de Céline Dion ou récemment de Nolwenn Leroy.

Des paillettes et un cœur

Devenue une destination des plus courue, Michou accueillera à sa table les plus grandes stars du showbiz et de la jet-set parisienne. Yves Mourousi était un habitué, dit-on. Même les politiques se poussaient au portillon. Il se chuchote que l’extravagant tenancier aurait contribué à en faire élire certains. Il est vrai qu’il n’a jamais caché le soutien qu’il a apporté à Nicolas Sarkozy, à Jacques Chirac qui lui a décerné la Légion d’honneur en 2005 ou à Alain Juppé qui fut élu à la mairie du XVIIIe sans pour autant revêtir l’écharpe mayorale.

Mais celui qui fut le grand ami de Dalida ne vivait pas que pour le burlesque, les paillettes et le bling-bling. Il avait aussi du cœur. Il est notoirement connu qu’il accueillait tous les mois dans son cabaret les pensionnaires de la maison de retraite La Providence, voisine de sa salle de spectacle. Michou n’a jamais oublié qu’avant d’être une vedette, il venait de nulle part.

Chez Michou va fermer

Le prince bleu de Montmartre l’a dit : son cabaret ne lui survivra pas.

Avec le décès de Michou, ce n’est pas uniquement le plus célèbre des noctambules parisiens qui disparaît, c’est aussi un temple du divertissement comme seule la capitale française en héberge qui va fermer ses portes. Car le prince bleu de Montmartre l’avait confié à France Dimanche en 2018 : son cabaret ne lui survivra pas. Son seul souhait est qu’une petite plaque à son nom soit placardée sur la devanture de ce qui aura été son établissement toute sa vie durant.

Pour ses funérailles, il a tout prévu depuis longtemps, a-t-il confié dans plusieurs interviews : une messe d’une heure et demie à l’église Saint-Jean et ensuite, direction le cimetière de Saint-Vincent, au cœur de Montmartre, où il a réservé sa place depuis plus d’une trentaine d’années. Il y côtoiera Denise qu’il appelait sa mère spirituelle. "Nous avons travaillé longtemps ensemble. Je lui dois une grande partie de ma réussite, confiait-il dans France Dimanche. C’est elle qui m’a aidé à démarrer."

Celui qui a vécu toute sa vie en bleu verra la mort de la même couleur. "Pour mes obsèques, je voudrais que tout le monde soit habillé en bleu, et mon cercueil sera lui aussi évidemment… bleu", En 2015, dans Paris Match, il allait encore plus loin, affirmant que sa "tombe aussi sera bleue". Michou ne craignait pas la mort. "Elle ne m’effraie pas du tout ! À tel point qu’il m’arrive de me rendre sur ma tombe avec quelques bons amis et une bonne bouteille de champagne", pouvait-on lire dans France Dimanche voici deux ans. Ceux qui redoutaient son décès, en revanche, c’était les vignerons de champagne. Le roi des nuits parisiennes n’a jamais caché que le secret de son éternelle jouvence, il le puisait dans les bulles dont il était un grand amateur et… consommateur. Au Monde, il avait reconnu en boire deux bouteilles et demie par jour. La Champagne elle aussi est en deuil depuis dimanche…